Prose poétique, épitaphe amoureux (10): une histoire d’anniversaires.

lescoursjulien.com

Prose poétique, épitaphe amoureux (10): une histoire d’anniversaires.

 

Chapitre IX: une histoire d’anniversaires.

Lui a-t-elle déjà fêté le sien, offert des cadeaux en buvant du vin pétillant, du prosecco ? Oui, non, certainement. A-t-il déjà fêté le sien? Avec des cadeaux, en buvant du vin pétillant, du prosecco?Question en suspension… Mais, nous, nous avons eu deux anniversaires particuliers, un chacun. Plongeons nous avec bonhommie, en sécurité dans ces deux soirées très sympathiques sans suspicions où les rires et la surprise prennent le pas sur l’ire et la méprise. 

Le premier fut pour ses vingt-deux ans de mémoire. Un déferlement, une vague, une submersion. Je n’y fis pas attention, bien que j’étais l’organisateur, mais moi et l’organisation, deux principes en opposition. Nous débutâmes la soirée dans un bar. Elle travaillait à l’époque tardivement dans un établissement de music-hall bien connu de Paris. Elle photographiait des provinciaux, des Russes, des Levantins, des gens inintéressants venus de partout pour épater leurs compagnes et passer un bon moment. Elle savait le faire à la perfection. Elle est mauvaise et distille du poison. Elle est formidable et sait jouer du coeur et de la raison. 

Nous sortîmes ce soir-là dans un bar déjà. Je ne me souviens plus du lieu, peut-être Pigalle ou Oberkampf. Les convives vinrent. Les amis, amies, du travail et de la vraie vie se donnèrent rendez-vous. Le monde grossissant montrait la valeur de ma femme, de cette jeune fille à bien des égards aimable. Passons la première partie de soirée dans ce bar, ce pub, à faire connaissance, à se flécher. Mon cousin était présent, mon second frère, ma dent de sagesse. Par un mouvement innocent, bien que calculé, j’invitai le monde entier chez lui. A Gare du Nord, dans une chambre de bonne, à la surface très réduite, nous nous retrouvâmes plus d’une vingtaine. Dans sa pièce principale, c’est à dire sa chambre, son salon et sa salle à manger en même temps, nous étions plus de vingt-cinq. Tous les murs étaient couverts par des personnes entassées, les unes à côté des autres. Nous fumions, nous discutions, nous buvions. Pendant plusieurs heures, le tout était rempli. A force de vider, et d’écluser, ce lieu retrouva son havre de paix. C’était son anniversaire. Il fut beau, sympathique, festif. Je garde en mémoire ce chaos gentil et stimulant. Des souvenirs du temps d’antan. Elle souriait, éberluée par tout ce foin, surprise par tout ce mouvement. J’aime toujours ce moment…

Des années plus tard, il y a quatre ou cinq ans. Mon père était déjà mort, pas que le mien, celui de mon frère et de ma sœur aussi. Avec gentillesse, avec tendresse, avec classe, sans le snobisme actuel, elle avait appelé mes amis pour enchanter un anniversaire qui faisait que je retrouvais l’amitié d’êtres chers. Elle avait tout organisé jusqu’à la surprise inaugurale, voir en un instant tous ces gens si aimés. Je l’ai remercié, et le ferai encore. Un plaisir sans contraste, un sourire sans difficulté, une joie sans iconoclasme ont bouleversé mon esprit, mon coeur, mes idées. Elle avait eu raison à mille pour cent. Elle avait eu raison pour tous les temps, le passé, le présent et maintenant. J’ai évidemment beaucoup parlé. Je l’ai peu écouté. Elle était contente, j’étais content. La simplicité, quand il n’y a pas d’amant…

Une histoire d’anniversaires. Je ne crois pas qu’elle en ait vécus d’aussi beaux que ceux décrits. Malheureusement, l’inconnu me fait douter. Elle a manqué le mien l’année dernière, elle ne m’a pas laissé l’occasion de fêter le sien. Ont-ils partagé des moments si proches? La vérité ne m’appartient pas, la maïeutique n’accouche toujours pas. Socrate reste un sphinx aux interrogations sans réponse, aux airs sibyllins que nos chats interprètent, sans utilité concrète. 

(A suivre…) 

Pour les épisodes précédents: Prose poétique, Épitaphe amoureux (1): Prologue. Prose poétique, épitaphe amoureux (2): La rencontre. Prose poétique, Épitaphe amoureux (3): chance ou destin. Prose poétique, Épitaphe amoureux (4): premiers émois. Prose poétique, Épitaphe amoureux (5): entre aujourd’hui et hier. Prose poétique, épitaphe amoureux (6): « une belle rencontre avec son amant ». Prose poétique, épitaphe amoureux (7): maintenant. Prose poétique, épitaphe amoureux (8): L’Espoir. Prose poétique, épitaphe amoureux (9): il y a neuf ans.

lescoursjulien.com

Pages Facebook: Les cours Julien, ou Bac de français

Twitter:@lescoursjulien

Contact: lescoursjulien@yahoo.fr

1 commentaire sur “Prose poétique, épitaphe amoureux (10): une histoire d’anniversaires.”

  1. Ping : Podcast audio, épitaphe amoureux, prose poétique (10): chapitre IX une histoire d’anniversaires. - Les Cours Julien

Laisser un commentaire