Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Pamphile », Les Caractères, La Bruyère, 1688.

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Oral Bac, Analyse linéaire, étude linéaire type bac de « Pamphile », Les Caractères, La Bruyère, 1688. (Analyse après le texte)

Pamphile ne s’entretient pas avec les gens qu’il rencontre dans les salles ou dans les cours : si l’on en croit sa gravité et l’élévation de sa voix, il les reçoit, leur donne audience, les congédie ; il a des termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté impérieuse et qu’il emploie sans discernement ; il a une fausse grandeur qui l’abaisse, et qui embarrasse fort ceux qui sont ses amis, et qui ne veulent pas le mépriser.

Un Pamphile est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l’idée de sa grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité ; il ramasse, pour ainsi dire, toutes ses pièces, s’en enveloppe pour se faire valoir ; il dit : Mon ordre, mon cordon bleu ; il l’étale ou il le cache par ostentation. Un Pamphile en un mot veut être grand, il croit l’être ; il ne l’est pas, il est d’après un grand. Si quelquefois il sourit à un homme du dernier ordre, à un homme d’esprit, il choisit son temps si juste, qu’il n’est jamais pris sur le fait : aussi la rougeur lui monterait-elle au visage s’il était malheureusement surpris dans la moindre familiarité avec quelqu’un qui n’est ni opulent, ni puissant, ni ami d’un ministre, ni son allié, ni son domestique. Il est sévère et inexorable à qui n’a point encore fait sa fortune. Il vous aperçoit un jour dans une galerie, et il vous fuit ; et le lendemain, s’il vous trouve en un endroit moins public, ou s’il est public, en la compagnie d’un grand, il prend courage, il vient à vous, et il vous dit : Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. Tantôt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis ; et tantôt s’il les trouve avec vous en conversation, il vous coupe et vous les enlève. Vous l’abordez une autre fois, et il ne s’arrête pas ; il se fait suivre, vous parle si haut que c’est une scène pour ceux qui passent. Aussi les Pamphiles sont-ils toujours comme sur un théâtre : gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d’être naturels ; vrais personnages de comédie, des Floridors, des Mondoris.

Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Pamphile », Les Caractères, La Bruyère, 1688.
(Ceci est un exemple, et non un modèle. Votre réflexion peut mener vers d’autres pistes de lecture.)

Introduction:

Le mouvement du classicisme à l’époque de Louis XIV possède un fort aspect moral. Les Fables de La Fontaine, les Maximes de La Rochefoucauld illustrent cet aspect. Les Caractères de La Bruyère font partie de cette catégorie de textes argumentatifs et instructifs. (accroche)
    Après dix-sept années de travail, La Bruyère publie Les Caractères en 1688. L’oeuvre se compose de maximes et surtout de plusieurs séries de portraits satiriques, de caricatures qui visent à dénoncer souvent grâce à une argumentation indirecte certains comportements de son époque, et plus généralement des travers humains universels. Ici, « Pamphile » se situe dans la section intitulée « Des Grands ». L’auteur dresse le portrait d’un courtisan imbu de lui-même qui pourtant se ridiculise par ses errements et son incohérence.(Présentation générale du texte et de l’oeuvre)
Comment à travers ce texte La Bruyère fait-il une satire des courtisans ?(Problématique)
     Le texte peut se décomposer en deux mouvements. Tout d’abord, la première partie du texte suit le premier paragraphe et nous présente un personnage ridicule, Pamphile . Le second mouvement correspond au second paragraphe; il élargit la description aux courtisans; La Bruyère passe de la caricature d’un personnage à la satire d’un groupe.(Annonce des mouvements). 

Premier mouvement: Pamphile, un fat, un personnage hautain et ridicule. (Premier paragraphe)

– Le premier mot du texte est « Pamphile ». La Bruyère nous livre le prénom, comme si le personnage était connu. Il le met dès lors au centre du premier paragraphe.
– L’étymologie grecque du prénom signifie « l’ami de tous » ( pan: tout, tous / philos: ami). Dès le début, La Bruyère se montre donc ironique.
– En effet, l’entame de la phrase qui constitue le paragraphe est négative « ne s’entretient pas avec les gens qu’il rencontre dans les salles où dans les cours ». Celui qui aime tout le monde ne par le donc pas avec les gens qu’il rencontre… De plus, nous apprenons que l’action se déroule à la cour et que Pamphile fait partie de cet environnement.
– Les deux points « : » annonce l’explication du constat de La Bruyère. Elle est fournie en deux temps avec une subordonnée de condition placée avant la principale (une protase donc) qui crée un effet d’attente : « si l’on en croit sa gravité et l’élévation de sa voix, ». L’expression « si l’on en croit » laisse supposer une fausseté chez Pamphile, une affectation d’apparence. Il semble se mettre en scène, tel un acteur dans le theatro mundi de la cour.
– La conclusion de la principale, qui vient après (donc l’apodose), possède un rythme ternaire rapide avec la parataxe (juxtaposition des propositions) des trois propositions : « il les reçoit, leur donne audience, les congédie ». Le champ lexical employé renvoie au manières des rois. Pamphile se pose comme un souverain, un être supérieur à ceux qu’il rencontre.
– la suite du portrait va nous dévoiler un être ridicule. L’antithèse « tout à la fois civils et hautains » montrent que Pamphile ne sait pas choisir ses mots, il paraît en même temps agréable et méprisant. De la même manière, « l’honnêteté » mise en avant n’est pas là pour rassurer, mais pour dominer, « impérieuse ».
– cet étrange mélange des tons s’explique pour La Bruyère par la bêtise de Pamphile : « qu’il emploie sans discernement ». Il est incapable de raisonner.
– La fin du paragraphe constitue la conclusion de La Bruyère. Après avoir décrit son personnage en situation, il en tire un constat: « il a une fausse grandeur qui l’abaisse ». L’antithèse « fausse grandeur qui l’abaisse » résume alors le comportement de Pamphile. Il ne possède pas une grandeur d’âme, une âme vertueuse (fausse) et finalement ne fait pas partie des « Grands » à la cour (abaisse).
– Encore plus, sans la bienveillance et/ou l’hypocrisie de « ses amis », il susciterait un mépris ouvert et affiché « qui ne veulent pas le mépriser ».
– La Bruyère effectue un blâme de ce personnage inconvenant, désagréable dont les manières hautaines ne font que renforcer sa suffisance mal placée.
– Ce premier paragraphe constitue une présentation d’un type de personnage qu’il va détailler ensuite.

Deuxième mouvement: Pamphile, un archétype mis en scène. (Deuxième paragraphe) 

– Le second paragraphe débute encore par le nom Pamphile, mais cette fois-ci il est accompagné de l’article indéfini « un ». Cette antonomase transforme le nom propre en une catégorie. « Un Pamphile » est un être qui correspond au portrait du premier paragraphe.
– Le moraliste délivre une sentence, un jugement : « est plein de lui-même ». La fatuité, la prétention, l’arrogance définissent les personnes ressemblant à Pamphile.
– Le rythme ternaire du début de phrase se poursuit par la négation de manière symétrique au début du premier paragraphe: « ne se perd pas de vue, ne sort point ». L’emploi de la négation montre bien que le portrait est péjoratif et insiste sur les limites de la personnalité de Pamphile.
– Suit une énumération de toutes les qualités qu’il imagine posséder : « de sa grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité ». Tout est lié à son statut et à son titre, comme rappelé plus loin: « Mon ordre, mon cordon bleu ». L’italique du texte souligne l’ironie de l’auteur. Le cordon bleu était une distinction datant des guerres de religion , de la fin du XVI ème siècle, très honorifique. Pamphile l’arbore avec suffisance et attachement pour montrer son importance.
– De plus, l’accumulation de déterminants possessifs montrent bien qu’il est obsédé juste par lui-même: « sa grandeur, de ses alliances, de sa charge, de sa dignité », « ses pièces », « Mon ordre, mon cordon bleu ».
– « il l’étale ou il le cache par ostentation » rappelle son idiotie par l’antithèse « caché par ostentation ». Il cherche à être remarqué, même en masquant. Il est le parfait courtisan.
– cette attitude d’acteur se remarque par l’emploi du verbe « s’en enveloppe » comme s’il revêtait un costume.
– La deuxième phrase du paragraphe est un jugement sans appel de La Bruyère sur Pamphile et les courtisans à qui il ressemble: «  Un Pamphile en un mot veut être grand, il croit l’être; il ne l’est pas ou il est d’après un grand. ». Le présent de vérité générale n’admet pas de contradictions.
– Le chiasme (grand/ croit l’être/ ne l’est pas/ un grand) insiste sur la différence, l’opposition entre la réalité ridicule de Pamphile et l’illusion qu’il a de lui-même. La conclusion de la phrase « il est d’après un grand » montre le statut subalterne, inférieur de Pamphile à la cour, et sa position de courtisan.

– Pamphile va être mis en scène dans trois situations, à l’aide de trois épisodes. La Bruyère, après avoir décrit l’apparence et le comportement de Pamphile, cherche à convaincre le lecteur de la véracité de ses observations grâce à trois exemples concrets.
– De « Si quelquefois » à « ni son domestique ». Pamphile est mis en situation de parler avec un roturier, un homme du Tiers-État « un homme du dernier ordre ». Ce n’est pas l’intérêt de la conversation ou la qualité de l’homme qui compte puisque c’est « un homme d’esprit ».
– ce qui compte pour Pamphile, c’est une nouvelle fois l’apparence. Comme l’homme est sans titre de noblesse, il doit absolument éviter qu’on ne le voit avec, car il trouve la situation dégradante. Alors, il prend toutes les précautions possibles pour ne pas être vu dans cette position: une telle rencontre est peu fréquente « quelquefois », il l’écourte quand elle advient « choisit son temps si juste », il évite d’afficher une proximité avec cet être indigne de lui « la moindre familiarité ».
– Pour Pamphile, cela constitue une faute sociale, une faute de goût qui est soulignée par le champ lexical de la honte: « pris sur le fait », « la rougeur ».
– Enfin, ce premier épisode se termine par une énumération des personnes avec qui il peut s’entretenir et être vu: « opulent, puissant, ami d’un ministre, son allié, son domestique ». Pamphile ne peut fréquenter que des personnes riches, puissantes, de sa famille et ,dans le cas de roturiers, des gens à son service.
– La phrase suivante: « Il est sévère et inexorable à qui n’a point encore fait sa fortune » expose l’égoïsme et l’hypocrisie de Pamphile qui n’agit que dans son intérêt, que pour favoriser sa « fortune ».
– Une deuxième mise en situation se dégage: «  Il vous aperçoit un jour dans une galerie, et il vous fuit ; et le lendemain, s’il vous trouve en un endroit moins public, ou s’il est public, en la compagnie d’un grand, il prend courage, il vient à vous, et il vous dit : Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. ».
– Le rythme rapide de la phrase avec la juxtaposition des propositions rend compte de la versatilité de Pamphile, de son comportement changeant: « en un endroit moins public, ou s’il est public, », « il vous fuit » ou « il vient à vous ». Son attitude semble incohérente.
– Il paraît incapable de prendre par lui-même une décision. Il a besoin d’être accompagné « d’un grand », d’un seigneur, d’une personne supérieure à lui. Ceci donne l’impression qu’il agit surtout pour ne pas déplaire ou pour plaire à ce grand.
– Enfin, cette scène avec le discours rapporté nous dévoile l’étendue de l’hypocrisie de Pamphile qui n’hésite pas à mentir pour se dédouaner de son manque de civilité, pour rejeter la faute sur l’autre: « Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. » À noter que le « nous » qui le désigne est les nous royal, il se met une nouvelle fois sur un piédestal …ridicule.
– La dernière mise en situation de Pamphile insiste une nouvelle fois sur l’incoherence de son comportement: « Tantôt », « et tantôt », « une autre fois ». Il est seulement guidé par l’apparence et sa volonté de se rapprocher des puissants : « seigneur ou premier commis ».
– Ce comportement en apparence erratique en devient grossier, contraire à l’étiquette du gentilhomme à la cour: « il vous quitte brusquement », « il vous coupe, vous les enlève ». Il ne respecte pas les convenances, des règles de politesse élémentaires comme ne pas couper la parole de quelqu’un, il s’impose.
– Son attitude nous rappelle le début du portrait (« qui embarrasse »). Pamphile est inconvenant, il provoque moquerie et suspicion par son comportement: « vous parle si haut que c’est une scène pour ceux qui passent ».
– La dernière phrase du texte revient au procédé de l’antonomase avec ici le pluriel qui donne l’impression d’une multitude de Pamphiles à la cour: « Aussi les Pamphiles ».
– Suit une comparaison avec le théâtre : « comme sur un théâtre ». Nous comprenons que le Pamphile est un type de personnage comme le barbon, le valet etc… et que La Bruyère en fait une satire.
– La cour est présentée comme une scène de théâtre sur laquelle les courtisans jouent tous un rôle, ne sont qu’apparence et hypocrisie: « gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d’être naturels ». C’est une conclusion péjorative et sans appel de La Bruyère. Il met une nouvelle fois en avant le concept du Theatrum Mundi, qui veut que nous jouions tous un rôle dans les relations sociales.
– Enfin, il cherche à apporter plus de force à son propos final en comparant les courtisans (les Pamphiles) à de réels acteurs: « vrais personnages de comédie, des Floridors, des Mondoris ». (Deux célèbres acteurs français du XVII ème siècle).

Conclusion:

Cette caricature de La Bruyère débute par le portrait d’un personnage bien identifié, Pamphile. On ressent l’ironie mordante de l’auteur qui dépeint un homme qui se trompe sur lui-même, qui se pense important alors qu’il est ridicule. Le deuxième paragraphe le met en diverses situations dans lesquelles il paraît incohérent, étrange, inconvenant bien éloigné de l’image du gentilhomme qu’il cherche à montrer. (Reprise des  conclusions des mouvements)
La Bruyère passe de la description d’un homme en particulier, Pamphile, à un type d’homme, le Pamphile. Il finit par multiplier les Pamphiles à la cour. Alors, nous comprenons qu’il effectue une satire de la cour, de ses mœurs et des courtisans. Il les dépeint comme des personnages vides, sans substance, qui a force de jouer se perdent dans leurs comportements hypocrites et intéressés. (Réponse à la problématique).
Si La Bruyère insista dans son œuvre sur l’hypocrisie et la fatuité des courtisans, il ne fut ni le premier, ni le seul. Du Bellay, dans son sonnet 150 tiré de son recueil Les Regrets publié en 1558 (« Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil… »)  dénonce sans fard le comportement des courtisans. (Ouverture)

👉Liens autres analyses sur des textes de La Bruyère: Remarque 74, Acis, Arrias:

Oral Bac Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, Remarque 74, Les Caractères, La Bruyère, 1688.
Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire « Acis », « De la société et de la conversation », de « Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas » à « peut-être alors croira-t-on que vous en avez. », Les Caractères, La Bruyère, 1688.
Analyse linéaire, étude linéaire « Arrias », Les Caractères, La Bruyère, 1688.

👉Lien analyse Sonnet 150 Du Bellay: Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil », Sonnet 150, Les Regrets, Du Bellay, 1558.

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