Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire « Acis », « De la société et de la conversation », de « Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas » à « peut-être alors croira-t-on que vous en avez. », Les Caractères, La Bruyère, 1688. 

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Analyse, étude, commentaire linéaire « Acis », « De la société et de la conversation », Les Caractères, La Bruyère, 1688. 
(Analyse après le texte).

Que dites-vous ? Comment ? Je n’y suis pas ; vous plairait-il de recommencer ? J’y suis encore moins. Je devine enfin : vous voulez, Acis, me dire qu’il fait froid : que ne disiez-vous : « Il fait froid » ? Vous voulez m’apprendre qu’il pleut ou qu’il neige ; dites : « Il pleut, il neige ». Vous me trouvez bon visage, et vous désirez de m’en féliciter ; dites : « Je vous trouve bon visage. »
— Mais répondez-vous cela est bien uni et bien clair ; et d’ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant ? Qu’importe, Acis ? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde ? Une chose vous manque, Acis, à vous et à vos semblables, les diseurs de phébus1 ; vous ne vous en défiez point, et je vais vous jeter dans l’étonnement : une chose vous manque, c’est l’esprit. Ce n’est pas tout : il y a en vous une chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien. Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ; je vous tire par votre habit et vous dis à l’oreille : « Ne songez point à avoir de l’esprit, n’en ayez point, c’est votre rôle ; ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l’ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit : peut-être alors croira-t-on que vous en avez. »

La Bruyère.

Analyse, étude, commentaire linéaire portrait d’Acis, Chapitre V, « De la société et de la conversation », Les Caractères, La Bruyère, 1688. 
(Ceci n’est pas un modèle, mais un exemple. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture)

Introduction:

Le mouvement du classicisme à l’époque de Louis XIV possède un fort aspect moral. Les Fables de La Fontaine, les Maximes de La Rochefoucauld illustrent cet aspect. Les Caractères de La Bruyère font partie de cette catégorie de textes argumentatifs et instructifs. (accroche)
    Après dix-sept années de travail, La Bruyère publie Les Caractères en 1688. L’oeuvre se compose de maximes et surtout de plusieurs séries de portraits satiriques, de caricatures qui visent à dénoncer souvent grâce à une argumentation indirecte certains comportements de son époque, et plus généralement des travers humains universels. Ici, le portrait d’Acis, qui se situe dans la section « De la Société et de la Conversation », expose un précieux prétentieux incapable de se faire comprendre, car il ne sait dire les choses simplement. (Présentation générale du texte et de l’oeuvre)
Comment à travers ce texte La Bruyère fait-il une satire des courtisans?(Problématique)
     Le texte peut se décomposer en deux mouvements. Tout d’abord, la première partie du texte du début jusqu’à « et de parler comme tout le monde ? » expose une leçon didactique de La Bruyère sur le langage à Acis. Le second mouvement, de « Une chose vous manque, Acis.. » jusqu’à la fin, expose une critique des courtisans. (Annonce des mouvements). 

Premier mouvement: La leçon de La Bruyère. (De « Que dites-vous » à « et de parler comme tout le monde ? »)

– Le texte débute directement dans l’action, in médias res par une série de trois questions rapides: « Que dites-vous? Comment? Je n’y suis pas; vous plairait-il de recommencer? ».
– S’installe un faux dialogue, une simulation de dialogue entre le narrateur et Acis, dont on ne lit pas les réponses. Elles sont elliptiques, car peu intéressantes ou incompréhensibles.
– Le vouvoiement, l’emploi du « Comment? » ou du conditionnel « vous plairait-il » indique que nous sommes dans une conversation de salon, une conversation mondaine entre personnes éduquées.
– « J’y suis encore moins. Je devine enfin: », finalement progression de la compréhension. Le « enfin » dénote de l’impatience du narrateur.
– Le présent et la forme du dialogue, le discours direct rendent le texte vivant et réel, comme si nous étions des témoins de cette discussion.
– Après l’effet d’attente des premières questions, nous avons la réponse: « vous voulez Acis me dire qu’il fait froid ». Déception du narrateur et des lecteurs face à des propos aussi banals, aussi prosaïques. Ironie de la part de La Bruyère.
– Ensuite, nous voyons La Bruyère donner la leçon à Acis, employer un ton didactique à travers trois exemples précis qu’il expose à celui qu’il met en posture d’élève: « que ne disiez-vous: « Il fait froid »? ». Puis le ton se fait plus impératif, plus directif : « dites: « Il pleut, il neige » », « dites « Je vous trouve bon visage » ».
– Le tiret débutant le second paragraphe indique une prise de parole indirecte et intelligible d’Acis, seulement toujours sous la retranscription du narrateur: « Mais répondez-vous cela est bien uni et bien clair; et d’ailleurs, qui ne pourrait pas en dire autant? ».
– Cette fausse question porte les reproches d’Acis qui trouve qu’un propos simple n’est pas assez compliqué pour être intéressant et surtout pour se faire remarquer, pour se démarquer. Le but d’Acis est celui des courtisans, apparaître comme diffèrent, supérieur, qu’on se rappelle de lui. Il apparaît superficiel. C’est une critique de la préciosité.
– Enfin, le narrateur par sa réponse pose un jugement et offre sa thèse au lecteur: « Qu’importe Acis? Est-ce un si grand mal d’être entendu quand on parle, et de parler comme tout le monde? ». La question est réthorique comme on le comprend par l’hyperbole ironique « si grand mal ».
– De plus, Acis est donc décrit comme éloigné du gentilhomme classique qui doit suivre des principes comme celui de Boileau: énoncer clairement ses pensées.

Deuxième mouvement: Le procès des courtisans. (« Une chose vous manque, Acis » à la fin « peut-être alors croira-t-on que vous en avez. »)

– La phrase suivante débute la seconde étape du texte. De nouveau, La Bruyère crée un effet d’attente avec la répétition de la proposition « Une chose vous manque », et l’hyperbole « je vais vous jeter dans l’étonnement ».
– Il dépasse le cas particulier d’Acis « vous et vos semblables ». La caractère satirique du texte apparaît alors : « les diseurs de Phébus ». La métaphore mordante fait référence aux augures, aux devins d’Apollon qui s’exprimait de manière très obscure, incompréhensible.
– À la fin de cette phase d’attente, La Bruyère livre la réponse avec un présent de vérité générale qui n’admet pas de contradiction: « c’est l’esprit ».
– Le propos est blessant, il attaque l’intelligence de la personne, il est sans concession.
– La Bruyère après avoir apporté une première raison à ce comportement en donne une deuxième. Les connecteurs logique, les deux points et le manque d’émotions, la prééminence de la logique montre qu’il cherche à convaincre son interlocuteur: « Ce n’est pas tout ».
– Parallélisme entre le manque d’esprit, « une chose vous manque » et « une chose de trop ». Acis est prétentieux : « l’opinion d’en avoir plus que les autres ». La logique argumentative, presque psychologique de La Bruyère a découvert les raisons de la communication incompréhensible d’Acis: « voilà la source ». Le présentatif « voilà » donne un ton solennel, de vérité, comme une sentence.
– Énumération répétitive du défaut des paroles d’Acis pour insister dessus: « votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui ne signifient rien ».
– Ce second procès ressemble à un procès d’Acis, et au-delà de tous les courtisans.
– La dernière longue phrase du texte met Acis en situation: « Vous abordez cet homme, ou vous entrez dans cette chambre ». Seulement, La Bruyère n’a pas confiance en lui et est à ses côtés pour le guider: « je vous tire par votre habit et vous dis à l’oreille ».
-Il se met ensuite lui-même en scène en assénant sa morale à Acis en deux temps. Déjà : « Ne songez point à avoir de l’esprit, n’en ayez point, c’est votre rôle ». C’est une conclusion logique par rapport au fait qu’il lui en manque comme écrit plus haut. Mais, c’est aussi une critique des courtisans qui jouent « un rôle », qui sont hypocrites.
– Enfin, la chute porte sur la communication et la prétention des précieux, des courtisans: « ayez, si vous pouvez, un langage simple, et tel que l’ont ceux en qui vous ne trouvez aucun esprit: peut-être alors croira-t-on que vous en avez. ».
– « si vous pouvez » marque bien la défiance de La Bruyère sur la capacité à changer d’Acis.
– La morale est que « le langage simple » démontre plus d’esprit, plus d’intelligence que la fausse complexité. Il condamne une dernière fois la prétention d’Acis qui prend de haut les autres, quand il est lui-même si bas.

Conclusion:

Le portrait d’Acis prend la forme tout d’abord d’une leçon dans laquelle La Bruyère se pose en professeur impatient. Il cherche dans un premier temps à faire progresser son élève dans son expression. La seconde partie du texte prend plus les allures d’un procès, du procès des courtisans et des précieux, qui pour le moraliste n’ont pas d’esprit, d’intelligence. (Reprise des conclusions des mouvements).
Le texte, sous une apparence vivante et enlevée, possède un fort caractère argumentatif. Le propos est didactique, cherche à enseigner la supériorité de la simplicité du langage. Il est aussi satirique en critiquant le comportement des gens de cour.(réponse à la problématique).
La Bruyère ,dans le même chapitre, fait aussi une caricature d’un autre homme sur la parole, mais dans le fait qu’il s’exprime avec prétention sur des sujets qu’il ne connaît pas. Ainsi, « Arrias » semble le pendant d’Acis. (Ouverture)

Et pour l’analyse du portrait d’Arrias, c’est ici: Analyse linéaire, étude linéaire « Arrias », Les Caractères, La Bruyère, 1688.

Et à lire aussi, même si je ne suis pas La Bruyère 🙂 : Je lance un appel aux forces de l’amour! Faites circuler les poésies d’amour de lescoursjulien.com 👩‍❤️‍👨
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