Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, La vache, Les Voix intérieures, Victor Hugo, 1837.

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Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, La vache, Les Voix intérieures, Victor Hugo, 1837.
(Analyse après le texte)

La vache.

Devant la blanche ferme où parfois vers midi
Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi,
Où cent poules gaîment mêlent leurs crêtes rouges,
Où, gardiens du sommeil, les dogues dans leurs bouges
Ecoutent les chansons du gardien du réveil,
Du beau coq vernissé qui reluit au soleil,
Une vache était là, tout à l’heure arrêtée.
Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée,
Douce comme une biche avec ses jeunes faons,
Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants,
D’enfants aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles
Frais, et plus charbonnés que de vieilles murailles,
Qui, bruyants, tous ensemble, à grands cris appelant
D’autres qui, tout petits, se hâtaient en tremblant,
Dérobant sans pitié quelque laitière absente,
Sous leur bouche joyeuse et peut-être blessante
Et sous leurs doigts pressant le lait pas mille trous,
Tiraient le pis fécond de la mère au poil roux.
Elle, bonne et puissante et de son trésor pleine,
Sous leurs mains par moments faisant frémir à peine
Son beau flanc plus ombré qu’un flanc de léopard,
Distraite, regardait vaguement quelque part.

Ainsi, Nature ! abri de toute créature !
O mère universelle ! indulgente Nature !
Ainsi, tous à la fois, mystiques et charnels,
Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels,
Nous sommes là, savants, poëtes, pêle-mêle,
Pendus de toutes parts à ta forte mamelle !
Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs,
A tes sources sans fin désaltérant nos cœurs,
Pour en faire plus tard notre sang et notre âme,
Nous aspirons à flots ta lumière et ta flamme,
Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu,
Toi, sans te déranger, tu rêves à ton Dieu !

Les voix intérieures, Victor Hugo, 1837.

Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire « La vache», Les Voix intérieures , Victor Hugo, 1837. 
(Ceci n’est pas un modèle, mais un exemple. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture.)

Introduction:

Victor Hugo est l’une des grandes figures du romantisme au XIXème siècle. Auteur de pièces de théâtre (Hernani), romancier à succès (Les Misérables, Notre-Dame de Paris), écrivain engagé (contre la peine de mort, Dernier jour d’un condamné), il s’impose aussi comme un des plus grands poètes de son temps. (accroche avec informations sur l’auteur)
Le poème proposé est tiré du recueil Les voix intérieures publié en 1837. Il exprime un des voix intérieures du recueil, celle de la nature. Hugo semble au départ effectuer une description d’une ferme, puis d’une vache, mais en définitive fait un éloge de la nature en alexandrins avec des rimes plates. (Présentation générale du texte)
En quoi la vision du poète de la nature est-elle romantique? (Problématique)
Tout d’abord nous analyserons la description de la ferme dans le premier mouvement entre le premier vers et le septième vers. Ensuite, nous nous concentrerons sur l’éloge de la vache, vue comme une mère parfaite (v.8 à 22). Enfin, nous détaillerons l’ode à la nature de la deuxième strophe. (Annonce des mouvements)

Premier mouvement: Une ferme idyllique. (V.1 à 7)

  • les vers 1 et 2 s’enchaînent avec un enjambement. Ils dessinent le premier regard que le poète porte sur la ferme. Tel un peintre, il débute par la couleur, la lueur, la luminosité des murs: « Devant la blanche ferme où parfois vers midi ».
  • Le soleil à son zénith semble renforcer la blancheur des murs, qu’on imagine peints à la chaux. Hugo poursuit sa description: « Un vieillard vient s’asseoir sur le seuil attiédi, ». Il pose une atmosphère sereine, calme, rassurante (notamment avec la figure du vieillard). La chaleur est palpable tout en étant agréable (« attiédi »). On pense à un moment de pause au soleil pour ce fermier. 
  • Les deux vers suivants débutent par l’anaphore « Où ». Hugo insiste sur le lieu, sur sa particularité. Au vers 3, l’hyperbole « cent poules » et l’adverbe « gaîment » qui les personnifie évoque une joyeuse cacophonie, comme dans une cour de récréation avec des enfants. « leurs crêtes rouges » apportent une touche de couleur vive au blanc déjà décrit. 
  • La reprise anaphorique de « Où » au vers suivant, ainsi que la présence des deux virgules dans le vers donnent l’impression d’une accumulation. Elle s’étire entre les vers 4 et 7 avec notamment deux périphrases pour désigner les dogues et le coq: « gardiens du sommeil », « gardien du réveil ». Cette antithèse en parallélisme n’est pas une opposition dure puisque les dogues personnifiés « Écoutent les chansons du gardien du réveil ». L’harmonie règne. 
  • Cette vision idyllique se dessine encore avec l’apparence splendide du coq: « Du beau coq vernissé qui reluit au soleil » (v. 6) 
  • Enfin, la vache termine l’énumération d’animaux: « La vache était là ». Le personnage central du poème se dévoile en dernier. Hugo crée un effet d’attente afin de mieux la mettre en valeur. Il la met en scène avec un rejet du vers 1 au vers 7. En effet, on aurait pu s’attendre à trouver dès le premier vers: « Une vache était là devant la blanche ferme… ». De plus, il nous indique qu’il va nous faire part d’un souvenir: « tout à l’heure arrêtée ». Si elle n’est plus présente, sous la plume du poète son image reste vivante. 
  • Le tableau dressé par Hugo est une hypotypose idyllique où fermier, poules, dogues, coq, vache vivent dans une joyeuse et sereine harmonie sous un soleil de printemps bienfaisant.

Deuxième mouvement: La mère et ses petits.  (V.8 à 22)

  • Le deuxième mouvement début par une accumulation d’adjectifs pour la décrire: « Superbe, énorme, rousse et de blanc tachetée, ». Hugo part de l’apparence, du physique de la vache.
  • Le vers suivant poursuit le mouvement avec un enjambement. Nous passons avec fluidité de l’apparence au caractère par une comparaison : « Douce comme une biche avec ses jeunes faons. » Sont une première fois évoqués les enfants. 
  • Au vers 10, plus de comparaisons, la description à l’imparfait est évidente: « Elle avait sous le ventre un beau groupe d’enfants. » On saisit la réalité de la multitude et synecdoque « le ventre » qui semble désigner la vache évoque la figure maternelle. 
  • La répétition « D’enfants » au vers 11 accentue le tableau de la maternité. Ensuite, de la description de la vache, à celle de la mère et des ses petits, Hugo glisse vers les petits eux-mêmes : « aux dents de marbre, aux cheveux en broussailles ». Le marbre montre la blancheur des dents, mais aussi leur dureté. 
  • Les trois vers suivants dessinent l’image d’enfants fragiles: comparaison des cheveux avec « de vieilles murailles », hyperbole « tout petits », « tremblant ». 
  • Les vers 15, 16, 17 alternent entre cette image fragile et mignonne et l’animalité presque cruelle des petits: « Dérobant sans pitié », antithèse « joyeuse » et « blessante », « pressant ». 
  • La personnification des veaux en enfants se lit vers 17 « Et sous leurs doigts ». 
  • Enfin, la vache revient « le pis fécond de la mère ». Elle est personnifiée en mère comme les veaux en enfant. Les vers suivants constituent un éloge avec des adjectifs ou expressions mélioratives : « bonne et puissante », « trésor », « beau flanc », comparaison « plus ombré qu’un flanc de léopard ». 
  • Le dernier vers de la strophe rappelle la réalité des yeux d’une vache, mais aussi qu’elle accepte avec simplicité et naturel son rôle. Elle ne semble ni blessée, ni incommodée : « Distraite, regardait vaguement quelque part. »

-Hugo dans ce deuxième mouvement du poème expose un tableau élogieux de la vache/mère courageuse, aimante et réserve d’abondance. Elle est nourricière.

Troisième mouvement: L’Ode à la nature.  (Deuxième strophe)

  • Le poète élargit son propos à la nature entière qui personnifie, qu’il divinise avec la majuscule: « Ainsi Nature! ». L’élévation de l’inspiration d’Hugo se ressent à travers la ponctuation expressive (qu’âtre points d’exclamation dans les deux premiers vers de la strophe) et les hyperboles: « abri de toute créature », « mère universelle ». 
  • On note le rôle rassurant, sécurisant, maternel de la Nature, bien imagé avec l’adjectif « indulgente ». 
  • Les quatre vers suivants jettent un regard différent sur la première strophe. On comprend la portée métaphorique de la vache et de ses enfants. Elle est la nature, muse artistique et spirituelle : « Cherchant l’ombre et le lait sous tes flancs éternels/ Pendus de toutes parts à ta forte mamelle! ». Les enfants sont les « savants, poëtes, pêle-mêle ». 
  • Ils trouvent en la nature l’inspiration et les sensations: « tous à la fois, mystiques et charnels ». 
  • Comme pour les petits veaux tétant la vache, les artistes se nourrissent de la Nature. 
  • Elle est créatrice d’émotions: « À tes sources sans fin désaltérant nos cœurs ». La déification de la nature se lit encore par l’infinité de ses présents « sans fin ». 
  • Le caractère perturbateur et infantile des poètes comme celui des veaux se dessine par l’hyperbole « Et tandis qu’affamés, avec des cris vainqueurs ». 
  • Le parallélisme des vers « Pour en faire plus tard notre sang et notre âme,/ Nous aspirons à flot ta lumière et ta flamme » divinisé encore la nature (« âme »), revient une nouvelle fois sur l’analogie entre les poètes et les petits veaux (« aspirons ») et transfigure l’être de sang et d’âme en lumière et flamme, en être irradiant. 
  • L’accumulation de l’avant-dernier vers « Les feuillages, les monts, les prés verts, le ciel bleu » définit la nature par des éléments divers, qui participent à l’idéal romantique, à l’inspiration des poètes romantiques.
  • Le dernier vers interpelle, apostrophe la Nature de manière proche et familière: « Toi ». Ce tutoiement marque la proximité du poète avec la nature. 
  • « sans te déranger » rappelle le comportement indolent de la vache. Enfin les derniers mots « tu rêves à ton Dieu! » lie directement la nature à Dieu. La nature est vue comme sa fille. Elle est aussi la preuve de l’existence de Dieu, elle est l’intermédiaire entre l’homme et Dieu.

Conclusion:

Ce poème débute par une description d’une ferme traditionnelle. Le tableau créé par Victor Hugo est idyllique: blancheur, soleil, animaux heureux. Puis, il se concentre sur la vache, point central du poème. Il en fait l’éloge surtout à travers son rôle de mère. Elle symbolise la mère nourricière en mission pour ses enfants. Enfin, la deuxième strophe élargit le propos et nous comprenons que la vache était une allégorie de la nature. Cette dernière est la vache nourricière des poètes. (Reprise des conclusions des parties).
Hugo nous livre une vision romantique de la nature. Il idéalise une ferme traditionnelle, la basse-cour, la vache comme les témoignages d’une époque révolue en-dehors des villes, où le lien à la terre semblait harmonieux. La Nature est presque divinisée. Elle est la muse du poète, de l’artiste, constitue un sujet de prédilection comme dans de nombreuses œuvres romantiques. Elle est enfin un pont vers Dieu, une manifestation de son existence. (réponse à la problématique).
L’intérêt d’Hugo pour la nature se voit évidemment dans d’autres poèmes comme « J’aime l’araignée… » tirée d’un autre recueil, Les Contemplations (1856). Il expose encore son amour de la nature à travers son éloge de l’araignée et de l’ortie. (Ouverture)

Lien analyse linéaire « J’aime l’araignée… »: Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire « J’aime l’araignée », Les Contemplations, Victor Hugo, 1856.

Et même si je ne suis pas Hugo, à lire peut-être : L etJ, Liste de 100 poésies d’amour à lire ❤

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