Analyse linéaire, commentaire linéaire, étude linéaire, Le Soleil, Les Fleurs du mal, Baudelaire, 1857.(Tableaux parisiens, seconde édition de 1861)

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Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, Le Soleil, Les Fleurs du mal, Baudelaire, 1857 (seconde édition 1861 avec Tableaux parisiens). 
(Analyse après le texte)

Le Soleil.

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Éveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le cœur immortel qui toujours veut fleurir !

Quand, ainsi qu’un poëte, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

Charles Baudelaire.

Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, Le Soleil, Les Fleurs du mal, Baudelaire, 1857.(seconde édition en 1861 avec Tableaux parisiens)
(Ceci n’est pas un modèle, mais un exemple. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture.)

Introduction:

Baudelaire, poète de la modernité, publie son grand recueil Les Fleurs du mal en 1857. Il expérimente en passant du romantisme, au mouvement parnassien, puis en insufflant le symbolisme. De même, il remet au goût du jour la forme oubliée du sonnet, et popularise le poème en prose (Spleen de Paris, 1869). Il mène une vie de tourments et de difficultés dont l’angoisse se retrouve dans son concept central du Spleen (humeur dépressive). (accroche avec informations sur l’auteur).
Le poème « Le Soleil » se situe dans la section «Tableaux parisiens» du recueil Les Fleurs du mal, qui n’est présente que dans la deuxième édition de 1861. Il est en deuxième position de la section, et en quatre-vingt-huitième du recueil. Composé de deux huitains (strophes de huit vers) et d’un quatrain, avec des alexandrins qui s’enchaînent en rimes plates (ou suivies), le poème est centré comme son titre l’indique sur le soleil.(Présentation générale du texte).
Comment à travers ce poème Baudelaire met-il en avant le rôle d’alchimiste du poète, la transformation de la réalité qu’il fait par la poésie? (Problématique)
Le texte peut se décomposer en trois mouvements. Tout d’abord, dans la première strophe, le soleil est vu comme néfaste et le poète en difficulté. Le deuxième mouvement de la strophe suivante, à l’inverse, fait un éloge d’un soleil divinisé.Enfin, la dernière strophe constitue le dernier mouvement qui compare le soleil au poète.(Annonce de plan, annonce des mouvements)

Premier mouvement: Le soleil, un astre difficile à vivre.

– Les quatre premiers vers posent le cadre spatio-temporel. Le poème débute par un complément de lieu: « Le long des vieux faubourgs », l’expression est péjorative et fait penser à des lieux sordides.
– Le deuxième hémistiche du vers poursuit dans la même tonalité dépréciative: « où pendent aux masures ». Le verbe pendre et le mot masure construisent une image de délabrement.
– Le deuxième vers suit dans la foulée avec l’enjambement: « Les persiennes, abri des secrètes luxures, ». Le monde, les habitants sont retirés à l’intérieur derrière la fraîcheur des volets, et Baudelaire imagine à l’abri des regards, des jeux sexuels presque malsains.
– Le troisième vers s’articule autour du complément circonstanciel de temps: « Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés ». On peut imaginer un temps d’été très chaud avec l’hyperbole « à traits redoublés ».
– Plus encore, la personnification du soleil avec l’adjectif « cruel » le transforme en un monstre, en une brute violente qui « frappe », ou blesse avec un arc « à traits ». Le soleil est décrit comme malfaisant.
– Le vers suivant montre son universalité, son pouvoir total par le parallélisme suivant : « Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés, ». Il pèse sur tout, partout: les toits des villes chauffent, les blés des champs grillent. Le soleil est un astre de flamme.
– Les quatre derniers vers du huitain portent sur le poète, sur Baudelaire avec l’irruption de la première personne du singulier: « Je ». L’effet est renforcé par sa solitude énoncée : « Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime ». La fantasque escrime est une périphrase pour la poésie, l’art poétique, qui est vu comme fantaisiste, peu important, peu rigoureux, mais aussi comme âpre, difficile, comme un combat.
– Comme l’escrime, cela suppose de l’entraînement: « exerce ». Le poète ne manie pas des armes, mais comme précisé dans les vers suivants des mots.
– Les vers 6,7 et 8 débutent par un participe présent : « Flairant », « Trébuchant », « Heurtant ». Ils détaillent la manière avec laquelle le poète cherche l’inspiration. Cette reprise des participes au niveau sonore rythme le combat du poète, sa lutte pour la poésie.
– Il se compare à un animal dans le vers 6: « Flairant dans tous les coins les hasards de la rime ». L’impression donnée est celle d’un chien en recherche de pitance, de nourriture. Lui, recherche sa nourriture esthétique et spirituelle: la rime. L’hyperbole « dans tous les coins » et le terme « les hasards » montrent que l’écriture poétique est en effet fantasque car obéissant en partie à la chance, mais aussi à la persévérance. Le monde est le terrain de jeu du poète.
– Les deux derniers vers de la strophe exposent la difficulté presque physique de l’art poétique : « Trébuchant », « Heurtant ». D’abstraits, les mots deviennent concrets avec la comparaison « sur les mots comme sur des pavés ».
– La récompense est peu fréquent, mais existe. Avec de la chance et au terme d’une lutte difficile, le poète peut trouver la perfection: « parfois des vers depuis longtemps rêvés ».
– Dans cette première strophe, le soleil apparaît comme un astre cruel, libérant les mauvais penchants des hommes, contraignant le poète à la solitude et à la lutte.

Deuxième mouvement: Les bienfaits du soleil.

– Au « soleil cruel » de la première strophe succède « Ce père nourricier ». Dès les premiers mots du vers 9, nous comprenons que le caractère du soleil a changé. La personnification est beaucoup plus méliorative. L’astre devient divin et prodigue, il ne frappe plus, il donne, il soigne même: « ennemi des chloroses ». Les deux périphrases débutent un éloge du soleil.
– L’enjambement avec le vers 10 fait du soleil le sujet du verbe « Éveillé » et rappelle que le lever du soleil réveille la nature, le monde : « Éveille dans les champs les vers comme les roses; ».
– le terme « vers » est polysémique, soit les vers de terre qui se réveillent au soleil, ou les vers poétiques comparés à des roses.
– Le lever du soleil est encore rappelé dans le vers suivant: « Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel ». Ici, Baudelaire prend la métaphore de la rosée du matin pour dire que le soleil apaise l’âme.
– Cette double fonction du soleil pour l’esprit et la nature revient au vers 12: « Et remplit les cerveaux et les riches de miel. ». Le soleil est dépeint comme une corne d’abondance concrète et spirituelle. La strophe se situe dans un Idéal où correspondent le concret et l’abstrait.
– La divinisation du soleil lui permet d’accomplir des miracles : « C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles ». Il possède un pouvoir thaumaturge, qui guérit, ici de l’âge (porteurs de béquilles: périphrase pour personnes âgées). La comparaison du vers d’après est hyperbolique pour insister sur les bienfaits du soleil: « Et les rend gais et doux comme des jeunes filles, ».
– Le vers 15 évoque un aspect concret et millénaire du soleil, celui de faire pousser les plantes: « Et commande aux moissons de croître et de mûrir ». Ce vers agricole renvoie au « père nourricier » du vers 9 de manière très concrète. Le soleil nourrit l’humanité.
– Il est aussi la lumière de l’être, le vers 16 complète le vers précédent : « Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir! ». C’est la métaphore de l’amour. L’image donnée est celle du printemps, du temps des amours.
– Le soleil agit tel un dieu bienveillant sur la nature, l’esprit, l’âme et les sentiments.

Troisième mouvement: La comparaison avec le poète.

– La dernière strophe nous fait comprendre que le reste du poème est une métaphore filée du poète à travers le soleil: « Quand ainsi qu’un poète, il descend dans les villes, ».  La comparaison entre le soleil et le poète annonce la chute de la dernière strophe. La descente n’est pas celle du soleil couchant, mais plutôt le déplacement de la divinité soleil parmi les humains.
– Pour Baudelaire, le poète est ainsi un soleil qui nourrit les hommes avec des vers, qui élève les esprits et les âmes, et fait fleurir l’amour. Comme le soleil, le poète est un être supérieur.
– Le vers suivant: « Il ennoblit le sort des choses les plus viles ». Le soleil chasse l’ombre, fait briller les faubourgs. Le poète transforme la boue en or, est un alchimiste de la réalité. Ainsi, ce qui est misérable sous la plume du poète devient beau et admirable. L’antithèse entre « ennoblit » (rendre noble) et « viles »( comme des gueux, des gens de basses extractions) rend compte de cette transmutation: de l’ombre à la lumière, de bas en haut, vers l’Idéal.
– Le soleil/poète devient un roi (référence à Louis XIV, le roi soleil), cependant sans profiter de sa puissance, sans l’afficher. Sa grandeur tient à son pouvoir véritable et non à l’apparence: « Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets, ».
– Le dernier vers rappelle le rayonnement universel du soleil, qui touche tout, tous, et partout comme dans la première strophe: « Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais. »
– L’égalité devant le soleil est mise en avant par ce parallélisme final. Les hôpitaux étaient les hospices pour personnes pauvres et les palais, les demeures des riches. Pas d’inégalité sociale face au soleil….et donc non plus face à la poésie qui s’exprime partout, pour tous. C’est pour cela que le poète cherche « dans tous les coins » l’inspiration…
– Par son pouvoir lumineux et chaleureux, le soleil améliore, élève tous et partout, comme le poète qui idéalise la réalité, la rend plus belle.

Conclusion:

Dès la première strophe, le poème aborde et mêle deux thèmes: le soleil et le poète. Elle présente un soleil cruel, violent, et un poète en combat. Le second huitain prend le contrepied du premier et fait un éloge du soleil, qui nourrit à la fois la nature, l’esprit et le coeur. Elle divinise le soleil. Enfin, le quatrain final indique l’aspect métaphorique du poème qui compare le soleil au poète, être qui transforme aussi le monde et les hommes, et les nourrit d’images et de mots. (Reprise de la conclusion des mouvements).
À travers ce poème, Baudelaire se met sous le patronage du soleil. Il se compare à l’astre qui transforme, transmute les réalités les plus déplaisantes en plus belles par la grâce de la lumière. Le poète est l’alchimiste par le verbe de la réalité en rêve, par l’inspiration du quotidien prosaïque en imaginaire esthétique. Il évolue, comme dans ce texte, du Spleen vers l’Idéal. (Réponse à la problématique)
Ce poème de Baudelaire peut se rapprocher de « l’Albatros » dans lequel il décrit la chute pathétique d’un oiseau du ciel vers la société humaine, oiseau qui est en fait la métaphore du poète comme le soleil qui élève est ici celle du poète. (Ouverture)

Analyse linéaire « L’Albatros » à lire ici: Analyse linéaire l’albatros, étude linéaire l’albatros, Les Fleurs du mal, Baudelaire, 1957.

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