Un mot, un poème : beauté, « Hymne à la beauté », Baudelaire.

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Un mot, un poème: beauté.

Afin de définir la beauté, idéal poétique par excellence, j’ai évidemment choisi Baudelaire avec son « Hymne à la beauté »:

 

XXI
HYMNE À LA BEAUTÉ


Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,
Ô Beauté ? ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

 

Tu contiens dans ton œil le couchant et l’aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

 

Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le Destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.

 

Tu marches sur des morts, Beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l’Horreur n’est pas le moins charmant,
Et le Meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.

L’éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : Bénissons ce flambeau !
L’amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l’air d’un moribond caressant son tombeau.

Que tu viennes du ciel ou de l’enfer, qu’importe,
Ô Beauté ! monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton souris, ton pied, m’ouvrent la porte
D’un Infini que j’aime et n’ai jamais connu ?

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène,
Qu’importe, si tu rends, — fée aux yeux de velours,
Rhythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! —
L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Les Fleurs du mal, Baudelaire, 1857.

Baudelaire personnifie la beauté féminine dans ce poème. Il la définit comme étant à la fois d’essence divine et satanique. Elle provoque l’ivresse comme le vin, et égard la raison. Elle transforme les hommes, qui ne cessent de lui courir après. Ils se comportent de manière servile pour l’obtenir, et sont piégés par elle.

La Beauté est donc dangereuse, elle attire les passions, mais n’a pas de conscience, à part d’elle-même et de son pouvoir de fascination.

L’auteur termine par une interrogation, qui demande si le fait que la Beauté rende le temps moins pesant vaut la peine de se laisser perdre en elle, même si elle serait d’origine infernale.

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