Les frigos géants: partie II.

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Les frigos géants: partie II.

Partie II: la vie avec les frigos géants.

          En 2043 les premiers frigos géants furent opérationnels. En 2046, les milles prévus avaient fièrement été érigés sur toute la planète.
Les états avaient payé. Pressés par leurs populations, ils avaient à peine pris le temps d’examiner le projet de GEC. Un gigantesque fonds onusien avaient été constitué par les grandes puissances. Pour une fois, la solidarité internationale avait prévalu, et devant l urgence climatique, les pays développés avaient pris en charge l’ensemble du coût. Évidemment, leurs entreprises étaient les fabricants de ces appareils. GEC, dans un soucis d’apaisement et de coordination, avait partagé sa technologie avec d’autres multinationales européennes ou asiatiques. Ainsi, s’il restait le principal maître d’oeuvre du projet, d’autres entreprises d’autres pays que le Etats-Unis profitaient aussi de ces faramineuses commandes publiques. GEC devint cependant la première entreprise mondiale, avec un pouvoir économique, politique et environnemental sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Les écologistes n’eurent que peu d’écho dès lors dans l’opinion publique, une fois que la température commença à baisser.

La répartition des appareils obéissait à deux impératifs: climatique et politique. Leur emplacement fut d’abord décidé en fonction de la direction et de la puissance des vents, des courants et des masses d’air, avec la réservation logique d’une soixantaine d’éléments pour les deux pôles, afin de revenir sur leur fonte. Plus de deux cents frigos furent aussi placés off-shore au milieu des mers et des océans. Enfin, ceux qui restaient trouvèrent hébergement sur les continents. Ici le facteur politique intervint. Chacune des trois cents premières métropoles mondiales en terme de population se voit attribuer un frigo géant, pour l’essentiel, les grandes pays reçurent donc plus que les petits, eu égard évidemment à leur contribution financière et à leur importance économique. Les grands pays et les petits pays se partagèrent alors les centaines d’édifices magiques non réservés par les zones dites prioritaires.

Les zones d’installation des appareils pour les métropoles ne furent pas choisis au hasard. L’efficacité climatique se subordonna à l’urbanisme et sa ségrégation sociale. Ainsi, à Paris, la machine ne trôna pas en face de la Tour Eiffel bien sûr, mais au nord de la ville Lumières, dans la banlieue peuplée d’ouvriers, et d’immigrés, en Seine-Saint-Denis. Vivre avec ce gratte-ciel refroidissant fut accepté par la population locale, grâce aux créations d’emplois, et parce que qu’elles n’avaient pas le choix….
Le 15 juin 2054, Ahmed se rendit comme chaque soir de semaine au grand climatiseur 278, au frigo géant de Paris, au Nord de Paris. Tous les habitants de la zone 278 appelait l’impressionnant caisson le « climatiseur ». À pleine puissance durant l été, il exhalait un souffle frigorifique qui gelait les plantes extérieures, et obligeait les riverains à plusieurs kilomètres aux alentours à se vêtir d’habits hivernaux. En hiver, quand le monstre ronronnant fonctionnait au minimum, il recrachait la chaleur emmagasinée durant la saison chaude, et transformait l’hiver le plus rude en fraîcheur printanière. C’est pourquoi tout le monde ici le nommait le climatiseur et non le réfrigérateur.

Ahmed habitait à quelques minutes à pieds du frigo. Il ne faisait pas partie de la caste des ingénieurs. Tous les employés peu qualifiés, mais nécessaires pour la maintenance, l’approvisionnement ou la surveillance (Ahmed était vigile de nuit) avaient été « gracieusement » logées à proximité de leur lieu de travail. Ahmed se souvint avoir lu quelque part que les mineurs du XIX eme siècle vivait de la même manière, dans des « corons ». Ahmed n’arrivait pas à savoir si la gratuité du logement mise en place par le consortium GEC-Tital était une bonne chose ou non, car personne ne voulait habiter à  proximité des climatiseurs: températures changeantes et parfois extrêmes, bruit assourdissant, ombre inquiétante portée par le monument.
Pourtant, tout un quartier vaste comme ville avait poussé tel un champignon biscornu autour: cafés populaires, restaurants plus branchés (pour les cadres), boutiques, transports ferroviaires, routes et habitations (les corons de la zone 278. Plus de mille personnes y travaillait chaque jour. Plus de dix milles personnes vivaient sur ce territoire en-dehors du temps météorologique.

Approchant de la grille délimitant l’espace protégé autour du climatiseur, Ahmed se dirigea vers un petit bâtiment préfabriqué pour revêtir sa tenue de vigile estampillée GEC-Tital/278, et pointer à 23h le début de sa nuit de travail. Depuis quatre années qu’il avait été embauché, il commençait à connaître du monde. Arrivant à sa guérite de contrôle, il salua son collègue dont il prenait la relève:

– Salut Renaud, rien à signaler? demanda-t-il comme une habitude.

– Non cher collègue, sauf que tu vas te les cailler, car ils mettent en route le programme été cette nuit. Je t’ai laissé une couverture polaire dans la guérite, indiqua-t-il d’un geste de la main.
– Merci Renaud, j’avais oublié qu’on était le 15 Juin…

– Ouais, je te plains. Pas moyen de piquer un petit roupillon, à minuit, la machine sera lancée plein gaz. Ça va faire un boucan d’enfer, en plus du froid sibérien!

– C’est sympa de me remonter le moral! répondit Ahmed en souriant.
– Désolé Ahm, j’en fais toujours un peu trop. Bon courage. Je me dépêche de rentrer sinon mon dîner va être froid. À demain vieille branche, et couvre toi bien.

Sur ce, Renaud prit le chemin inverse d’Ahmed pour se changer et retourner dans son doux foyer situé à quelques centaines de mètres du froid et du bruit à venir. Ahmed le savait, Renaud ne dormirait pas beaucoup plus que lui cette nuit. Il s’installa, prépara ses boules quies, et attendit minuit avant d’utiliser la couverture.

Minuit sonna, ou plutôt grogna. L’afflux considérablement augmenté de liquide frigorifique dans les tuyaux du climatiseur provoqua un ensemble de sons et une nouvelle pression qui firent trembler le sol autour. À minuit et demi, Ahmed se pelotonna dans la couverture, le vide intérieur du bâtiment poussait du givre dans sa direction. Quel enfer!

Le brouhaha ne cessa de monter en volume durant les heures suivantes. Après une forte chute de température, celle-ci baissait plus lentement. Ahmed se disait qu’il aurait dû poser ses vacances à cette époque, mais il ne le pouvait: ses deux enfants avaient encore cours à l’école.

Puis une séries de bruits impromptus et nouveaux le tira de sa rêverie. Il n’avait jamais entendu pareils sons auparavant. Peut-être une nouvelle procédure. Il retira ses boules quies de ses oreilles. Les sonorités devinrent de plus en plus stridentes. Et un gros « boum » comme une explosion…. Ensuite, plus rien…

Pas de sirène, les climatiseurs étaient réputés infaillibles. Depuis les premières mises en service en 2043, aucun incident majeur n’avait été déclaré. L’hébétude semblait régner sur le site. Quelques minutes plus tard, Ahmed entendit au loin des camions de pompier qui filaient vers le climatiseur, vers l’entrée qu’il surveillait. Il s’impatientait que son téléphone portable ou fixe dans la guérite ne sonnait pas. Il ne possédait aucune information sur le sinistre et ne savait quoi faire.

Les camions de pompier arrivèrent dix minutes après l’explosion. Il leur ouvrit. De la place du conducteur, un pompier l’alpagua:

– Eh toi, tu peux nous dire ce qui se passe? lui lança-t-il rapidement.

– Il y a eu une explosion. C’est tout ce que je sais, résuma Ahmed avec sincérité.

– Ok. Tu ferais mieux de partir. Non, attends, fais passer le message suivant: évacuation complète du site, et après pars vite. On ne sait pas à quoi on a affaire…

Le propos du soldat du feu fut oblitéré par une nouvelle explosion. En jetant un regard vers le monstre refroidissant, Ahmed crut distingué des volutes épaisses de fumée faisant penser à des fuites importantes de liquides frigorifiques…

Il pensa immédiatement à sa famille endormie dans leur appartement à quelques centaines de mètres de là. Il fallait qu’il les prévienne. Il fallait fuir…non…rester confiner…fuir…confiner… Sa tête tournait, et il avait peur.

Les pompiers passés, il appela le centre de contrôle avec le téléphone fixe dans sa guérite. Il n’eut aucune réponse. Coup sur coup, trois nouvelles explosions retentirent. Le toit du gratte-ciel sembla s’incliner, puis il tomba. De nouvelles explosions aboyèrent de rage et de destruction.
Ahmed prit la décision de fuir. Il ne vit pas derrière lui le nuage blanc de poussière… et de gaz frigorigènes avancer à une vitesse stupéfiante. Lorsqu’il se rendit compte qu’il était entouré par une brume blanchâtre épaisse, il perdit conscience et trépassa en quelques minutes.

L’accident fit Sept milles morts, y compris la famille d’Ahmed.

Fin de la partie II.

Partie trois et donc fin de la nouvelle le plus tôt possible! J’espère demain chefs lecteurs!

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