Les correspondances chez Baudelaire.

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Les correspondances chez Baudelaire.

Dans son poème « Correspondances », Baudelaire nous expose sa théorie poétique: le poète déchiffre le monde et se défait des apparences, il réunit ce qui paraît séparé, disloqué (correspondances horizontales) pour l’élever en Idée (correspondances verticales).

Correspondances

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles ;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,
Doux comme les hautbois, verts comme les prairies,
– Et d’autres, corrompus, riches et triomphants,

Ayant l’expansion des choses infinies,
Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens,
Qui chantent les transports de l’esprit et des sens.

« Spleen et Idéal », IV, Les Fleurs du Mal, Baudelaire, 1857.

 

Correspondances horizontales:

Ainsi, la synesthésie, la réunion des sensations, permet au poète d’établir des correspondances horizontales entre les sensations, ou entre des sensations et un objet ou un être :

« Les parfums, les couleurs, et les sons se répondent. » (v.8)

« Doux comme les hautbois, verts comme les prairies. »(v.10)

L’énumération, la comparaison et le parallélisme sont souvent employés par le poète pour exprimer les correspondances horizontales.

Correspondances verticales:

Les correspondances verticales partent du réel vers le monde des Idées (thème platonicien, reprise du « mythe de la Caverne »), du fini vers l’infini, du relatif vers l’absolu, de l’objet vers son essence.

Les correspondances horizontales constituent un détour nécessaire pour s’extraire du réel, pour le transcender, pour découvrir les correspondances verticales. Elles mènent vers l’Idéal, par élévation, ou vers le Spleen, par chute.

« Ayant l’expansion des choses infinies,

Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens.

Qui chantent les transports de l’esprit et des sens. » (v.12-14)

Le sens olfactif mène à un Idéal absolu, celui de l’ouverture de l’esprit.

La métaphore,pour rapprocher des réalités différentes, ou l’oxymore, pour rapprocher des idées contraires seront les figures de style les plus employées par Baudelaire pour les correspondances verticales.

Le système:

Baudelaire part donc du réel, d’un « ici » présent et perceptible. De manière horizontale, il relie les sensations entre elles, ou à des objets, des paysages. De ces sensations découlent une élévation, une euphorie, une extase qui porte le poète vers les cieux, vers l’Azur; ou un ennui qui le plonge dans le Gouffre, la chute, la descente.

L’imaginaire du voyage, de la Mer, d’un ailleurs est la construction d’un Idéal ascensionnel, en rapport avec des correspondances horizontales positives. La morosité, l’Ennui, la souffrance participent à un Spleen descendant qui mène à l’Angoisse dont Baudelaire ne peut se défaire que par le vin ou la drogue.

Dans son œuvre Réflexions sur quelques-uns de mes contemporains II, Baudelaire expose l’importance que recèle pour lui les correspondances: « tout, forme, mouvement, nombre, couleur, parfum, dans le spirituel, comme dans le naturel, est significatif, réciproque, converse, correspondant ».

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