Chronique de la vie politique française (3): la gauche a perdu sa boussole.

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Chronique de la vie politique française (3): la gauche a perdu sa boussole. 

La gauche française s’est construite sur l’idée du progrès social pour les classes populaires, par les réformateurs (le Parti Socialiste), ou les tenants de la révolution, du « Grand soir » avec les communistes, et l’extrême-gauche. La boussole indiquait la classe ouvrière. 

Seulement, cette dernière s’est trouvée réduite et bouleversée par les délocalisations depuis les années 80. Elle se sont encore accélérées dans les années 90. A cet amaigrissement de la classe ouvrière s’est ajoutée la disparition du « communisme d’Etat » avec la fin du bloc soviétique au début des années 90. La fin de la guerre froide marqua le triomphe du capitalisme, qui s’est aussi imposé en Chine, sans le libéralisme et la démocratie. Ainsi, la lutte contre le capitalisme s’est transformée en lutte contre ses excès, que tout le monde réprouve. La gauche manquait dès lors de marqueurs remarquables pour se singulariser. La différence par rapport à la droite devenait de moins en moins apparente. L’acceptation de la permanence du capitalisme conduisait la gauche de gouvernement à adopter les mêmes politiques que la droite. Cette convergence avait d’ailleurs débuté dès 1983 sous François Mitterand. 

Cette nouvelle donne historique et sociale aurait pu accoucher d’une nouvelle gauche avec un corpus idéologique renouvelé, actualisé. Seulement, la gauche française n’a cessé de dériver. Afin de maintenir une assisse électorale, et de proposer des différences par rapport à la droite, la gauche s’est engouffrée dans « un clientélisme sociétal ». Elle a délaissé le combat social et économique pour s’emparer de la question de la modernisation des mœurs, et au contraire de son origine, elle a promu l’individualisme le plus avant-gardiste. Cette mue possède un nom: le progressisme. Avant, la gauche était socialiste et communiste, aujourd’hui elle est devenue progressiste. Le terme renvoie à une américanisation de la gauche française. 

En effet, les combats que porte « cette nouvelle gauche » sont ceux des minorités visibles, ou audibles, qu’elle essaie d’agréger, de grouper sous sa bannière (ou ses multiples bannières plutôt). Elle tente de rassembler les minorités sexuelles, religieuses et ethniques. La gauche se convainc que le nouveau prolétariat est celui-ci, et n’envisage d’autre possibilité électorale que ce nouveau réservoir de voix. 

Cependant, cette mue ne l’a pas menée vers des succès électoraux. Les minorités visées s’apparentent plus à des groupuscules militants compétents dans l’usage des nouveaux moyens de communication, qu’à une vague réelle et puissante dans le pays. De plus, les voix des sympathisants de ces causes ne s’attachent pas forcément à un parti, à un camp. Elles bougent en fonction des promesses, des opportunités. 

Enfin, comme tout à chacun, les minorités votent en fonction de plusieurs critères: certes la question qui peut les concerner, mais aussi l’école, l’économie, la sécurité, l’Europe… La « cancel culture », ou « le racialisme » ne constituent ni un programme politique, ni une doctrine idéologique complète. Le souffle du dépassement de ses intérêts particuliers pour une cause plus grande doit redevenir une boussole pour la gauche française. Elle peut naturellement prétendre à se faire le porte-étendard des minorités, mais elle ne peut oublier qu’elle était avant tout l’espoir des classes populaires, de toutes les classes populaires. Elle doit retrouver sa boussole qui n’indique pas les centre-ville des grandes métropoles, ni les causes les plus médiatiques, mais bien ceux qui ne sont pas audibles, dont elle doit porter la parole. 

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