Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Ces vieux singes », Sonnet 150, Les Regrets, Du Bellay, 1558.

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Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Ces vieux singes », Sonnet 150, Les Regrets, Du Bellay, 1558.
(Analyse après le texte)

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil. (sonnet 150)

Seigneur, je ne saurais regarder d’un bon œil
Ces vieux singes de cour, qui ne savent rien faire,
Sinon en leur marcher les princes contrefaire,
Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil.

Si leur maître se moque, ils feront le pareil,
S’il ment, ce ne sont eux qui diront du contraire,
Plutôt auront-ils vu, afin de lui complaire,
La lune en plein midi, à minuit le soleil.

Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage,
Ils le vont caresser, bien qu’ils crèvent de rage
S’il le reçoit mauvais, ils le montrent au doigt.

Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite,
C’est quand devant le roi, d’un visage hypocrite,
Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi.

Joachim Du Bellay, Les Regrets, 1558.

Analyse linéaire, étude linéaire, commentaire linéaire, « Ces vieux singes », Sonnet 150, Les Regrets, Du Bellay, 1558.
(Ceci n’est pas un modèle, mais un exemple. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture.)

Introduction:

Le recueil des Regrets est publié en 1558 lorsque Du Bellay revient de Rome, où il a plusieurs années auprès d’un de ses cousins, cardinal Jean Du Bellay. Ce grand humaniste, proche de Ronsard, participa au mouvement de la Pleïade.Intéressé et attiré par l’Antiquité et le savoir, il était heureux de découvrir cette ville.(accroche)
Il se retrouve finalement déçu par les coulisses du Vatican, l’hypocrisie des multiples courtisans. Parallèlement se met en place une cour autour du roi en France au XVI ème siècle. La royauté est beaucoup moins itinérante, et depuis François Ier, souhaite briller par son entourage, sa cour. Le sonnet en alexandrins présenté a pour objet la critique des courtisans par la satire.(présentation générale du texte)
La servilité et l’hypocrisie des courtisans ne sont-elles dues qu’à leur caractère ? (Problématique)
Les deux premiers quatrains constituent un premier mouvement du sonnet qui expose des imitateurs serviles. Les deux derniers tercets, eux, se concentrent sur l’hypocrisie des courtisans qui les rend ridicules. (Annonce des mouvements)

Premier mouvement: Des imitateurs serviles. (Les deux quatrains) 

– Le poème débute par l’interjection « Seigneur ». Du Bellay semble s’adresser à un aristocrate, ou à Dieu. Dans ce dernier cas, il confesse sa colère qu’il va exprimer.
– « je ne saurais regarder d’un bon œil » indique effectivement qu’il ressent un mauvais sentiment. Ce premier vers annonce qu’il va donner son avis. La litote garde néanmoins  une certaine mesure dans le ton.
– Il semble en employant l’expression « d’un bon œil » faire part d’un témoignage, qui ancre ses observations dans le réel. Il va nous décrire un spectacle.
– Le vers 2 commence par une métaphore animalière péjorative « Ces vieux singes de cour ». L’objet de son désagrément vient des courtisans. Et il exprime déjà son opinion désapprobatrice : ils sont « vieux », ce qui peut renvoyer à l’âge, mais plus encore à l’habitude de leur comportement. La métaphore du singe dévoile leur pratique mimétique, leur tendance à l’imitation.
– le second hémistiche du vers « qui ne savent rien faire » asséné avec un présent de vérité générale un jugement définitif sur leur inutilité. Ils paraissent comme un singe être des animaux de compagnie, des éléments du décor, n’ayant aucune autre fonction.
– Dans le troisième et quatrième vers, Du Bellay fournit deux exemples précis du caractère imitateur des courtisans.
– « Sinon en leur marcher les princes contrefaire », les princes sont les maîtres des courtisans, les propriétaires des « singes ». Ils imitent donc la démarche de leur maître, mais cette reproduction est imparfaite, c’est ce que marque l’emploi de l’indiniyif « contrefaire »
– « Et se vêtir, comme eux, d’un pompeux appareil. » Le vers 4 délivre un deuxième exemple. Après la démarche, c’est l’habillement qui est copié « se vêtir ». L’emploie ddu comparatif « comme » renforce la volonté d’imitation ainsi que le lien de subordination des courtisans. Le terme « appareil » désigne ici l’ensemble de la tenue. « Pompeux » est un adjectif qui signifie de manière prétentieuse, avec beaucoup de recherches.
– Dans ce premier quatrain, Du Bellay dépeint des courtisans qui ne vivent que dans l’apparence, ou plutôt que par l’apparence de leur seigneur qu’il cherche à imiter.
– L’allitération en « s » des trois premiers vers (Seigneur, saurais, singes, savent, sinon) crée une sonorité proche du persiflage.
– Les vers 5 et 6 du deuxième quatrain sont construits avec une anaphore: « Si / S’il » qui insiste sur le caractère habituel, répétitif de leur comportement.
– Après le mimétisme d’apparence mis en avant dans le premier quatrain, le poète caricature ici leur servilité de jugement.
– Déjà, le vers 5 emploie un terme plus fort que « prince », celui de « maître ». Le courtisan est bien un être non-libre, presqu’un animal. Le parallélisme avec la césure à l’hémistiche rend extrêmement visible l’imitation: « Si leur maître se moque, ils feront le pareil, ». Pareil à l’humeur de leur maître, ils n’en sont qu’un miroir, qu’une copie.
– « S’il ment, ce ne sont eux qui diront le contraire, ». La litote sert à exposer la lâcheté de ces êtres soumis, qui bien loin d’oser désapprouver la parole fausse de leur maître, ils la font vérité.
– Enfin, les deux derniers vers du quatrain achèvent de montrer leur servilité : « afin de lui complaire »(v.7) Leur but est de « complaire », c’est à dire de se rendre agréable à leur maître, et ceci par n’importe quel moyen, même le plus ridicule comme l’énonce le vers suivant.
– Le chiasme du vers 8 finit ce premier mouvement par un exemple hyperbolique et absurde de l’imitation servile des courtisans : « La lune en plein midi, à minuit le soleil. » Ils sont donc prêts à tout, à toutes les aberrations pour renvoyer la même image que leur maître.
– Du Bellay dénonce dans ce premier mouvement l’inutilité de courtisans qui ne sont que des imitateurs sans aucun libre arbitre, des singes copieurs et serviles.
– La logique du propos est argumentative. Il cherche à convaincre ses lecteurs: dans les deux premiers vers, il expose sa thèse, dans les suivants, il l’illustre par des arguments concrets: imitation de la démarche, de la tenue, des jugements de leur maître.

Deuxième mouvement: Des hypocrites idiots. (les deux derniers tercets)

– Le second mouvement met moins l’accent sur l’imitation servile. Les courtisans sont mes en scène entre eux.
– Le vers 9 nous indique que nous changeons de rapport : « Si quelqu’un devant eux reçoit un bon visage ». Le point de vue du poète est passé du rapport des courtisans à leur maître, à leurs rapports entre eux.
– Mais bien sûr, l’imitation reste présente: « Ils vont le caresser, bien qu’ils crèvent de rage »(v.10). Ils vont à l’image de leur maître complimenter le courtisan (« le caresser »). Seulement, la locution « bien que » marque l’opposition avec ce qu’ils ressentent intérieurement: « crèvent de rage ».
– Nous ne sommes plus dans l’euphémisme. L’expression « crèvent de rage » explose de violence. Elle en appelle encore au règne animal avec la rage. En apparence, il conserve le contrôle, la parfaite imitation du comportement du puissant, mais à l’intérieur ils ont une émotion totalement contraire. L’effet produit est celui d’une meute qui réagit uniformément de la même manière: le courtisan n’est pas libre par rapport au prince, non plus par rapport à sa condition.
– Recherchant la « caresse » du prince, ils jalousent celui qui la reçoit. Ici encore, Du Bellay dénonce un nouveau trait du courtisan: l’hypocrisie. Il masque ses véritables sentiments.
– L’anaphore du vers 11 avec le vers 9 (« Si », « S’il »), la même que dans le deuxième quatrain, est employée une nouvelle fois pour mettre en avant la répétition de la situation.
– Le parallélisme « S’il le reçoit mauvais, ils le montrent au doigt. » par sa rapidité décrit un comportement automatique des courtisans. Leur attitude est comme programmée.
– De plus, il convient de mettre évidemment ce vers en miroir des deux précédents. On doit y voir comme une légère ellipse. Du Bellay induit le fait que lorsqu’un courtisan déplaît au maître, bien que les autres adoptent le même jugement que lui, ils sont en fait très heureux de la situation. Une nouvelle fois, ils sont hypocrites.
– Le dernier tercet constitue la chute. C’est l’apothéose du ridicule pour les courtisans.
– Comme dans le premier vers, Du Bellay nous rappelle qu’il porte un jugement sur les courtisans « Mais ce qui plus contre eux quelquefois me dépite ». Il crée avec ce vers un effet d’attente. Que peut-il y avoir de pire que d’être un automate imitateur, servile et hypocrite?
– Ici, en employant le verbe « dépite », il n’est plus dans la litote du premier vers. Il affiche sans fard sa contrariété.
– La conjonction « Mais » renforce le caractère spectaculaire de ce qui va être dévoilé.
– Les deux derniers vers sont l’illustration de son dépit. De nouveau, il prend une scène réelle. En l’introduisant par la locution « C’est quand », il l’ancre dans le présent.
– Le thème central du second mouvement, l’hypocrisie, est encore mis en avant: « devant le roi, d’un visage hypocrite, ». Il est à noter que le nom « roi » est employé pour le première fois. Nous comprenons que Du Bellay vise au-delà des courtisans, la cour royale.
– « Ils se prennent à rire, et ne savent pourquoi. » Ce dernier vers dépeint une dernière réaction des courtisans. Elle n’est plus en mimétisme de leur maître. Ils reconnaissent l’hypocrisie, par instinct, sans réfléchir, car l’hypocrisie est leur essence.
– Le rire est un rire nerveux. On peut y lire à la fois l’étonnement se voir dans un miroir, ou le contentement de démasquer devant le roi l’un des leurs.
– Cependant, ils « ne savent pourquoi », car d’après le poète, ils ne sont pas capables de réflexion. Trop entraînés à la simple imitation, ils n’ont pas assez de recul pour comprendre leur réaction.
– Une dernière fois, l’impression est donnée d’animaux sans conscience.
– Du Bellay les dénonce mais en même temps il les plaint de leur misérable condition.

Conclusion:

Du Bellay, dans ce sonnet, critique avec férocité les courtisans. Il dépeint leur attitude en deux temps. Tout d’abord, il expose leur servilité. Ils ont un maître à qui ils cherchent avant à plaire. Il décrit aussi cette servilité à travers une absence de liberté dans leur imitation constante au niveau de l’apparence ou du jugement. Dans la deuxième partie du texte, il insiste plus sur l’hypocrisie des courtisans qui affichent des jugements contraires à leurs opinions ou ressentis. Cette mécanique bien huilée se trouve gripper quand ils font face à l’hypocrisie d’un des leurs devant le roi. La supercherie, le ridicule semblent tellement flagrants qu’ils rient. (Reprise des conclusions des mouvements)
Du Bellay par cette forte satire des courtisans les blâment évidemment. Cependant, il les montre comme les pions d’un théâtre qui les contraint, celui de la cour. Alors, nous comprenons que si le comportement des courtisans exaspère le poète, il dénonce certainement davantage la cour en elle-même, qui oblige à porter des masques. Elle n’est pour lui qu’un théâtre de mensonges.(réponse à la problématique)
La critique acerbe que fait Du Bellay de la cour et des courtisans dans ce sonnet rappelle évidemment de nombreuses fables de La Fontaine qui n’a eu de cesse à travers son œuvre de dénoncer les mensonges et l’hypocrisie. (Ouverture)

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