Analyse, commentaire du texte « La navette volait d’elle même, sans effort…sur l’autre bord la vague bouge. », Que ma joie demeure, Giono, 1935.

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Extrait tiré de Que ma joie demeure , Jean Giono, 1935. (Le commentaire après le texte)

A la ferme des Jourdan, Marthe, Bobi et Jourdan viennent de construire un magnifique métier à tisser. Arrive Barbe, une vieille parente, aussitôt saisie d’admiration et qui se met au travail.

La navette volait d’elle-même, sans efforts. Elle se posait d’un côté dans la paume droite. La main ne se refermait pas et la navette s’envolait toute seule vers la paume gauche, comme un oiseau qui se pose et repart.

Ils s’étaient approchés tous les trois pour la regarder travailler. Ils voyaient l’étoffe se construire sous le peigne et augmenter de moment en moment comme une eau qui s’entasse dans un bassin.

Et Barbe se mit à chanter. On n’entendait pas toutes les paroles. On entendait : « Aime joie, aime joie » ; puis le bruit claquetant des baguettes de la navette, de la barre, le tremblement sourd des montants, puis : « Aime joie, aime joie ! »

– Qu’est-ce que vous chantez ? cria Marthe.

– Quoi ? cria Barbe.

– La chanson.

– « Oui », cria Barbe.

Mais elle continua à chanter et à travailler toujours pareil.

Bobi et Jourdan se reculèrent. Ils étaient enivrés comme des alouettes devant cette vieille femme sèche qui tremblait sans arrêt dans un halo de petits mouvements précis et par ce mot de joie, joie, joie, qui sonnait régulièrement dans le travail comme un bruit naturel.

Ils essayèrent de sortir mais ils rentrèrent. Ils essayèrent de s’occuper à emmancher une hache. Ils ne pouvaient plus réussir à avoir la tête paisible. Ils étaient saouls. On aurait pu les prendre tous les deux sous un chapeau . Marthe avait eu moins de force. Elle regardait ; elle écoutait. Elle était émue tout doucement par les mêmes gestes que Barbe, comme quand le vent frappe d’un bord sur l’étang de Randoulet et que sur l’autre bord la vague bouge.

Analyse, commentaire de texte rédigé sur l’extrait de Que ma joie demeure de Giono « La navette volait d’elle-même sans effort….que sur l’autre bord la vague bouge ». 
(ceci est un exemple et non un modèle. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture).

Jean Giono, écrivain français du XXème siècle, présente dans ces nombreux ouvrages le monde paysan provençal. Il met à l’honneur la ruralité et les paysages du sud de la France, de sa région natale.
Que ma joie demeure en est un exemple parfait. Dans l’extrait étudié, il nous conte la beauté du travail sur un métier à tisser en un texte très expressif.
De quelle manière l’auteur nous montre-t-il ici le caractère joyeux du travail?
Tout d’abord, le caractère expressif et poétique de la scène, avant de nous intéresser au réalisme optimiste exposé sur le travail.

Ce court passage du roman Que m’a joie demeure expose de manière presque théâtrale et poétique une scène typique des campagnes à cette époque, celle d’une vieille femme œuvrant sur un métier à tisser. Le caractère théâtral, scénique du texte se dégage déjà par la présence de plusieurs personnages. Deux femmes, Marthe et Barbe, et deux hommes, Bobi et Jourdan, animent l’extrait. De plus, comme dans une scène de théâtre, on remarque un personnage central, Barbe, et un personnage secondaire, Marthe. Les deux hommes font office de spectateur. Ils n’interviennent pas, ils regardent.
La scène comporte encore des éléments propres au théâtre. Tout d’abord, elle s’articule autour d’un accessoire, le métier à tisser. Nous n’avons pas de description d’un quelconque décor comme si le métier à tisser devait focaliser l’attention des spectateurs. Le court dialogue constitué de quatre répliques ressemble à une stichomythie. Enfin, les bruits et notamment la chanson sont omniprésents. On a l’impression d’assister à un spectacle qui convoque la vision et l’ouïe, comme sur une scène. C’est pourquoi l’auteur insiste sur les gestes de Barbe « qui tremblait sans arrêt dans un petit halo de petits mouvements précis ».
Au-delà du caractère théâtral, l’écriture de Giono est poétique. Elle est imagée. Il use de nombreuses comparaisons « comme un oiseau », « comme une eau qui s’entasse dans un bassin », ou « comme le vent ». Ces comparaisons font toutes appel à la nature. Giono nous livre donc une image non mécanique du métier à tisser, plutôt en harmonie avec le cadre de la campagne. Cet aspect poétique est renforcé par l’anaphore « on n’entendait » et « on entendait ». En effet, on n’entend pas la négation présente à l’écrit. Une seconde anaphore rythme la fin du texte avec la répétition de « ils essayèrent ». Les rappels des paroles de la chanson « Aime joie », « Aime joie » participent aussi une nouvelle fois à la poésie du passage. La magie du métier à tisser comme celle du moment décrit est présente dans tout le texte. Le travail semble se dérouler tout seul « la navette volait d’elle-même ». Il paraît magique tant il est facile à manier, et tant il crée de fortes émotions autour de lui. D’ailleurs, le chant est ensorcelant: « ils étaient saouls ». On a l’impression que la chanson de Barbe agit comme le chant des sirènes dans l’Odyssée sans le caractère malfaisant, piégeur. 

Giono nous présente une scène quotidienne des campagnes tel un spectacle poétique grâce à la magie du métier à tisser et de la voix de de Barbe. Cependant, le texte possède aussi une forte valeur réaliste.

L’auteur décrit une réalité qu’il connaît bien, et nous expose une vision optimiste du travail.
Tout d’abord, nous notons que le texte possède une visée descriptive. Le premier paragraphe décrit avec précision le mouvement de la navette: « elle se passait d’un côté dans la paume droite ». Le sens du détail pousse Giono à employer le terme précis de « navette ». Le deuxième paragraphe se concentre sur l’avancée du travail. C’est comme si le lecteur était un témoin privilégié de la fabrication de l’étoffe: « il voyait l’étoffe se construire ». À partir du troisième, l’ouïe se rajoute à la vision pour offrir un tableau plus réaliste. Le personnage central, Barbe, est décrit physiquement : « cette vieille femme sèche ».
Le caractère réaliste du texte se dévoile surtout dans les rôles bien définis des personnages. Barbe semble avoir une grande expérience du tissage et le réalise de manière professionnelle : « petits mouvements précis ». Elle a pour elle, l’expérience de l’âge, et n’a plus la force physique pour travailler aux champs. Marthe est la seule qui s’approche d’elle et qui lui parle. Nous sommes en effet avec le tissage dans un univers féminin. C’est ce que nous fait ressentir l’auteur par la proximité des deux femmes et la mise à distance des deux hommes: « Bobi et Jourdan se reculèrent ». Ils paraissent intimidés par la scène et cherchent à s’en extraire. Ici, Giono, pour bine marquer cette différenciation des sexes, leur attribue des caractères masculins prononcés comme les travaux de force (« s’occupent à emmancher une hache »), ou l’alcool (« ils étaient saouls »). On trouve bien une vision réaliste et traditionnelle à l’époque du rôle des femmes et des hommes.
Le thème principal du texte est celui du travail. On trouve le verbe deux occurrences du verbe « travailler » dans le texte, et la présence du nom « travail » une fois. Contrairement à d’habitude, le travail ici n’est pas vu comme une souffrance. Il apparaît léger, « sans effort ». Cette vision caractérise la scène avec la chanson de Barbe et la répétition du mot « joie ». Les sept occurrences de « joie » dans le texte construisent un sentiment de bonheur par le travail. Cette vision de l’auteur peut se résumer ainsi par l’expression « travailler en chantant ». C’est tout simplement ce que nous décrit le texte. Le travail est vue comme une occupation heureuse, un épanouissement.

À travers une description réaliste et sociale de la vie à la campagne, Giono nous dépeint un tableau optimiste et heureux du travail.

Le texte se présente comme une petite scène d’un spectacle sur la vie à la campagne, sur la vie rurale. Autour d’un métier à tisser activé par le personnage principal Barbe, les acteurs spectateurs sur scène et les lecteurs spectateurs observent avec attention les faits et gestes de cette dernière. Le spectacle est autant visuel qu’auditif, et grâce à une écriture poétique en devient presque magique.
Le texte possède encore un caractère descriptif réaliste qui vise à nous montrer que le travail peut être une activité heureuse.
Nous trouvons dans la littérature d’autres textes qui présentent le travail de manière heureuse. Le poème « À mon jardinier » de Boileau, au XVII ème siècle, en est un exemple.

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