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Phèdre, Acte 4 (IV), scène 2 (II), la colère de Thésée, commentaire, Racine, 1677

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Phèdre, Acte IV (4), scène II (2), tirade de Thésée, Racine, 1677.

 

Thésée
Perfide, oses−tu bien te montrer devant moi ?
Monstre, qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,
Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre,
Après que le transport d’un amour plein d’horreur
Jusqu’au lit de ton père a porté sa fureur,
Tu m’oses présenter une tête ennemie !
Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie,
Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,
Des pays où mon nom ne soit point parvenu !
Fuis, traître ! Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine.

C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternel
D’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,
Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis ; et si tu ne veux qu’un châtiment soudain
T’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main,
Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaire
Ne te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fuis, dis−je ; et sans retour précipitant tes pas,
De ton horrible aspect purge tous mes Etats.
Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courage
D’infâmes assassins nettoya ton rivage,
Souviens−toi que pour prix de mes efforts heureux
Tu promis d’exaucer le premier de mes voeux.
Dans les longues rigueurs d’une prison cruelle
Je n’ai point imploré ta puissance immortelle
Avare du secours que j’attends de tes soins,
Mes voeux t’ont réservé pour de plus grands besoins :
Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père.
J’abandonne ce traître à toute ta colère ;
Etouffe dans son sang ses désirs effrontés :
Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion de la scène 2 de l’acte II de Phèdre, Racine, 1677.

 

Introduction :

 

Phèdre marque le début du succès pour Racine. Il devient avec cette pièce en 1677 le grand tragédien du classicisme. Inspiré par les tragédies du Grec Euripide Hippolyte porteur de couronne (-428), et du latin Sénèque Phèdre (entre 49 et 62), la pièce de Racine se situe à Trézène dans le Péloponnèse, à l’époque de la guerre de Troie. Basée sur une histoire légendaire, elle met en scène l’amour interdit de Phèdre, femme du roi d’Athènes Thésée, pour son beau-fils Hippolyte. (accroche avec informations sur l’oeuvre et sur l’auteur)

Au début de ce quatrième acte, Oenone ,dans une entrevue avec Thésée, rejette la faute de l’amour incestueux sur Hippolyte, et ainsi dirige la colère du roi sur son fils, et par la même occasion, en protège Phèdre. La scène suivante met le père et le fils face à face. L’extrait étudié est alors la tirade de Thésée qui laisse éclater sa colère contre son fils. (présentation du passage)

Nous nous demanderons comment s’exprime la colère de Thésée contre Hippolyte, contre son fils. (problématique)

Dans une premier temps, nous étudierons la force du discours, son éloquence. Puis, nous montrerons que ce texte constitue un blâme, le blâme d’un fils rejeté. (annonce de plan)

 

(introduction en quatre parties avec l’accroche, la présentation du texte, la problématique et l’annonce de plan).

 

I- Un discours éloquent.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un texte rythmé.

  • utilisation du présent qui rend le texte actuel et vivant : « oses-tu »(v.1044), « Tu parais »(v.1050), ou du passé composé « j’ai purgé »(v.1046), « t’ont réservé »(v.1072).
  • Interpellation directe de ses destinataires : « oses-tu »(v.1044), « Tu m’oses »(v.1049), « Souviens-toi »(v.1067). Répétition de la seconde personne du singulier qui scande le texte, le rythme.
  • Procédés rhétoriques qui accentuent cette impression : anaphore « Fuis »(v.1053, v.1059, v.1063), allitérations nombreuses en « p » et « t » : « Perfide, épargné, impur, purgé »(v.1044-1046), et « Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés »(v.1076). Elles sont présentes dans tout le texte. Enjambements qui rend son discours fluide : vers 1047-1048, vers 1055-1056, vers 1059-1050 par exemple.
  • Les césures à l’hémistiche des alexandrins participent évidemment à cette sensation de martèlement : « Reste impur des brigands/dont j’ai purgé la terre »(v.1046) par exemple.

 

b) Un discours structuré, en progression.

  • Discours découpé en trois grandes parties : le rappel de la faute (v.1044-1052), l’ordre d’exil (v.1053-1064), l’appel à la malédiction de Neptune (v.1065-1076). On constate une gradation, une montée en puissance dans la tirade de Thésée.
  • La première partie de la tirade (v.1004-1052) débute par une question rhétorique introductive suivie de deux vers qui calomnient son fils (« Perfide », « Monstre », « Reste impur »), puis rappel de la faute commise (v.1047-1048), enfin ajout d’une nouvelle faute, celle de la provocation d’être encore là (v.1049-1052).
  • La deuxième partie (v.1053-1064) est elle-aussi composée de trois étapes annoncées par les anaphores « Fuis » : la honte personnelle (v.1053-1058), la menace de punition (v.1059-1062), l’exil (v.1063-1064).
  • Enfin, troisième partie (v.1065-1076) encore ternaire : le rappel de la promesse de Neptune (v.1065-1069), justification du moment de l’appel à Neptune (v.1070-1072), la malédiction lancée sur Hippolyte (v.1073-1076).
  • Discours composé dans une structure ternaire, tel un exposé avançant par étapes. Efficacité donnée au propos.

    c) La triple figure de Thésée.

  • Tout comme le découpage de la tirade s’effectue en trois temps, Thésée revêt dans le texte un triple visage, une triple identité : celle du père, celle du héros, et celle du roi.
  • Thésée est le père d’Hippolyte, et cette parenté est la cause de sa colère, surtout du scandale du crime commis par Hippolyte. Par trois fois ce lien est rappelé dans la tirade : « père »(v.1048), « fils »(v.1056), « malheureux père »(v.1073). Le peu de rappel de leur lien dans le texte montre bien qu’il le rejette, et jamais ce lien n’évoque de la tendresse.
  • Puis, Thésée est roi d’Athènes. Une fois seulement cette fonction est évoquée : « de tous mes Etats »(v.1064). En effet, l’atteinte est personnelle, et concerne l’homme et non le chef d’état.
  • Enfin, il insiste beaucoup plus sur sa personnalité héroïque, sa réputation : « mes nobles travaux », « la gloire »(v.1058), ou « mon courage »(v.1065), rappel de ses exploits passés v.1060, v.1066. Ceci s’explique par l’importance accordée par les Grecs aux actes héroïques, au nom et à sa gloire. Ternir son nom est pour Thésée la plus grave des offenses, plus que la blessure personnelle de lui avoir ravi sa femme.

 

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

 

II- Un blâme violent.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Une tonalité polémique.

  • énervement de Thésée, qui laisse dans ce passage éclater sa colère. Tout d’abord par une ponctuation expressive qui traduit son état : « ! »(v.1049, 1052,1053).
  • Puis utilisation de l’impératif : « Fuis »(v.1053, 1059, 1063), même vis-à-vis du dieu Neptune « Souviens-toi »(v.1067), « Venge »(v.1073), « Etouffe »(v.1075). Thésée ne cherche pas à discuter, il ordonne.
  • Sa colère ne se cache pas « un courroux »(v.1054), et à la fin quand il en appelle à la « colère » et aux « fureurs » de Neptune (v.1074, 1076), il fait évidemment référence à sa propre colère.
  • Enfin, cette tonalité polémique se ressent par la violence dans l’interpellation de son fils : utilisation massive de la seconde personne du singulier donne l’impression qu’il le cible (et pas d’utilisation de son nom), début de la tirade par des injures « Perfide », « Monstre », « Reste impur des brigands ».

 

b) Un portrait à charge.

  • Tout d’abord, le blâme se place presque sur l’apparence physique de son fils : « Monstre »(v.1045), « horrible aspect »(v.1064). Apparence physique liée à un manque de vertus, à de graves défauts moraux : « Perfide »(v.1044), « ton infamie »(v.1050), « si criminel »(v.1056). Enfin, il compare implicitement son fils à des meurtriers quand il réutilise le même terme d’infâme « infâmes assassins »(v.1066).
  • A cette description physique et morale peu flatteuse, la tirade ajoute une métaphore infectieuse. Hippolyte paraît être une maladie dont il faut se débarrasser : « Reste impur »(v.1046), « souiller »(v.1058), « purgé » et « purge »(v.1046,1064).
  • Seulement, le pire trait de caractère de son fils paraît être pour Thésée sa trahison qui en fait dorénavant un ennemi : « tête ennemie(v.1049), « traître »(v.1053, 1074). Le rejet est complet.
  • Enfin, ce blâme est accentué par l’éloge que Thésée fait de lui-même : « mes nobles travaux »(v.1058), « mon courage »(v.1065), il éprouve d’ailleurs de la sympathie pour lui-même « malheureux père »(v.1073), et aucune pour son fils qui ne subit qu’un traitement péjoratif.

 

c) Une malédiction tragique.

  • La faute commise, le blâme infligé dans la tirade appelle pour Thésée une punition exemplaire : « un châtiment »(v.1059).
  • Seulement, il ne peut l’infliger lui-même : « Sans que ta mort encor […]vienne souiller la gloire »(v.1057-1058). En effet, il ne veut commettre un parricide (un père tuant son enfant), car ce crime atroce le placerait lui-aussi dans une situation d’infamie et de honte éternelle.
  • C’est pourquoi il se tourne vers Neptune : « Et toi, Neptune, et toi… », qui d’après la légende est le père de Thésée autant que le héros Egée. Il marque sa demande par des hyperboles pour la rendre rapide et efficace : « le premier de mes voeux »(v.1068), « de plus grands besoins »(v.1072). La violence du châtiment réclamé apparaît dans l’expression réaliste « Etouffe dans son sang »(v.1075) qui fait penser à un égorgement.
  • Hippolyte se trouve donc dans la situation d’un héros tragique qui à travers cette malédiction subit son destin, dominé maintenant par un dieu, dont l’issue est fatale, inéluctable : la mort.

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

 

Conclusion :

 

Thésée malgré son énervement développe un discours construit, avec une structure ternaire. Rythmée et fluide, sa tirade se déroule sans arrêt, sans doute. Il s’exprime comme un père, un roi, et surtout un héros légendaire. Et la conduite de son fils porte atteinte à son honneur, à l’honneur de son nom, à la réputation de ses exploits. C’est pour cela qu’il est si énervé. Le registre polémique de la tirade prend toute sa portée dans le blâme violent et sévère qu’il fait d’Hippolyte. Il le rejette totalement, et appelle même sur lui une malédiction divine. (réponse à l’annonce de plan)

La colère de Thésée s’exprime donc à la fois d’une manière ordonnée, et exagérée. Il avance son discours avec éloquence et structure, mais il se laisse gagner par l’émotion du moment pour ne juger son fils que par les crimes qu’il lui prête, et exprime directement un châtiment irréversible. C’est l’orgueil du héros qui parle, et non l’amour d’un père, ni la sagesse d’un roi. (réponse à la problématique)

Ce début du quatrième acte marque le basculement de Phèdre dans une tragédie totale. Bien que la pièce porte le nom de l’héroïne éponyme, elle n’est pas la seule à posséder un caractère fortement tragique. Par sa condamnation à mort, Thésée transforme Hippolyte en personnage tragique, mais lui-même aussi emprunte ce chemin, aveuglé par sa colère. La suite de la pièce va se poursuivre dans une descente aux enfers tragique pour la plupart des personnages. (ouverture)

contact:lescoursjulien@yahoo.fr

 

 

 

 

6 pensées sur “Phèdre, Acte 4 (IV), scène 2 (II), la colère de Thésée, commentaire, Racine, 1677

  • novembre 17, 2014 à 8:07
    Permalink

    Merci d’avoir partagé 😀 C’est une analyse très intéressante.

    Répondre
  • décembre 13, 2014 à 5:02
    Permalink

    Très bon plan de commentaire, bien construit, qui m’a beaucoup aidé- Je vous en remercie 🙂

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  • décembre 14, 2014 à 12:37
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    Mercii grace a cette fiche j’ai eu une tres bonne note 😀

    Répondre
  • janvier 2, 2015 à 10:00
    Permalink

    Ce commentaire de texte est parfait! Je commence vraiment a désespérer… Je serai incapable de faire un commentaire d’une telle qualité pour le bac. :'( Et en ce qui concerne mon devoir je ne peux recopier ce commentaire, mon professeur va s’en rendre compte! Je vais juste un peu m’en inspirer.

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  • mai 11, 2016 à 8:35
    Permalink

    Ah oui vraiment un superbe commentaire sincèrement je suis nulle car je ne peux pas faire comme telle exemple de commentaire même si je suis à un niveau supérieur à l université mais bon Dieu merci

    Répondre

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