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Mon rêve familier, poèmes saturniens, Verlaine, 1866, commentaire.

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Mon rêve familier, Poèmes saturniens, Verlaine, 1866.

MON RÊVE FAMILIER
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime,
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d’être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse ?—Je l’ignore.
Son nom ? Je me souviens qu’il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave ; elle a
L’inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion du poème de Verlaine « Mon rêve familier », Poèmes saturniens, 1866.

(Ceci n’est pas un modèle, mais évidemment un exemple. Votre réflexion personnelle peut mener à d’autres pistes de lecture).

 

Introduction :

 

Poète de la mélancolie, poète musical, Verlaine compose en 1866 son premier recueil de poèmes, Poèmes saturniens. Il cherche déjà par les mots à transposer des sensations visuelles ou auditives. Les sonorités constituent une marque de sa poésie. Il est le premier d’ailleurs à utiliser des vers impairs (au lieu de l’alexandrin ou de l’octosyllabe), et effectue des césures non classiques, afin d’apporter un nouveau rythme aux vers, mais aussi de peindre les nuances légères entre rêve et réalité. (accroche)

Le poème Mon rêve familier se présente comme un sonnet traditionnel, et est extrait du recueil Poèmes saturniens. Saturne, dieu du Temps et de la Mélancolie, pose son empreinte sur le poète même d’ailleurs. Issu de la première section du recueil, Melancholia, le poème dresse le portrait d’un idéal amoureux, d’une femme parfaite. Seulement, comme le titre l’indique, elle n’existe qu’en rêve. (présentation générale du texte)

Comment arrivons-nous à percevoir le caractère tourmenté et mélancolique de l’auteur à travers ce poème ? (problématique)

Nous étudierons tout d’abord le caractère personnel de ce texte, puis nous analyserons l’idéal amoureux, mais onirique, qu’il nous dépeint. (annonce de plan)

 

I- Un poème personnel.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Une écriture verlainienne.

 

  • rythme impair dans la versification, typique de Verlaine : ponctuation le mettant en valeur vers 3 : « D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime », de plus accentuation avec les conjonctions de coordination « et ».
  • assonances et allitérations nombreuses qui créent la « musicalité verlainienne » : en « souvent », « étrange », « pénétrant », « comprend », « transparent », « pleurant », ou encore « aime », « est », « fait », « même », « fait », « aime », « problème », « blême », « sait »…, et pour allitérations en « » par exemple « étrange », « pénétrant », « tout », « tout », « autre »…
  • Répétitions et anaphore qui rythment encore le poème : « aime » (3 fois), « comprend »(2fois), anaphore « Pour elle seule » (v.6,7) avec répétition d’ « elle »en début de chaque vers de la seconde strophe.
  • Enfin, insistance marquée sur les sonorités : « sonore »(v.10), « voix »(v.13,14)

 

b) Un lyrisme omniprésent.

 

  • la première personne du singulier se retrouve dans tout le texte. Dès le titre, « Mon rêve familier », et début du poème « Je fais »(v.1).
  • Présence de la première personne du singulier dans toutes les strophes, sauf la dernière. Répétition et insistance sur le caractère personnel du poème dans certains vers : « que j’aime, et qui m’aime »(v.2), ou « et m’aime et me comprend »(v.4).
  • Intervention directe du poète : « -Je l’ignore »(v.9)
  • Expression de sentiments, d’émotions : « que j’aime »(v.2), « mon coeur »(v.5).

 

c) Une expression pathétique et mélancolique.

 

  • registre pathétique très présent dans le poème. Verlaine nous fait part de sa souffrance physique : « les moiteurs de mon front blême »(v.7). Impression d’un homme malade, fiévreux.
  • Souffrance morale aussi : « un problème »(v.6), « pleurant »(v.8). Autoportrait de Verlaine, qui se présente comme un homme troublé et angoissé.
  • Mélancolie du poète, tourné vers le passé : « Je me souviens »(v.10). Le passé resurgit et apparaît comme une souffrance : « Comme ceux des aimés que la vie exila »(v.11, peut-être référence à sa cousine Elisa=exila), et « L’inflexion des voix chères qui se sont tues »(v.14).
  • Force de cette mélancolie avec les mots « exila » et « tues », qui constituent des euphémismes pour évoquer des disparitions ou des morts. Encore souffrance morale par la perte d’êtres proches : « des aimés », « voix chères ».

 

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

 

II- Un amour idéal, mais irréel.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) L’idéal amoureux de Verlaine.

 

  • Tout d’abord, Verlaine met en avant un amour réciproque : « et que j’aime, et qui m’aime »(v.2). Cependant, rapidement, l’amour est centré sur lui, tourne autour de lui :  « et m’aime, et me comprend »(v.4). C’est la femme qui agit et apaise Verlaine, lui ne paraît pas avoir d’actions vis-à-vis d’elle.
  • Cet idéal amoureux se construit autour d’un caractère maternel. La principale qualité de la femme aimée est sa tendresse (« doux »v.10), et sa compréhension : répétition du verbe comprendre (v.4,5) qui effectue d’ailleurs le passage de la première à la deuxième strophe. Insistance sur ce caractère protecteur et apaisant dans la deuxième strophe : « Elle seule les sait rafraîchir »(v.8).
  • A côté de cet idéal protecteur, le physique apparaît secondaire : la chevelure « Je l’ignore »(v.9), le nom reste inconnu (v;10). L’idéal de Verlaine n’est pas physique, pais moral. Il imagine une femme avec qui il peut partager ses tourments, et non une beauté parfaite.

 

b) Une femme irréelle.

 

  • Rappel du titre qui nous indique déjà le caractère onirique (rêveur) de cet idéal : « Mon rêve familier », et reprise du mot « rêve » dès le premier vers. Nous sommes donc dans le domaine de l’imaginaire, et non de la réalité.
  • Présence floue, fantomatique de cette femme : « inconnue »(v.2), « ni tout à fait la même/Ni tout à fait une autre »(v.3,4). Contours imprécis de cette femme.
  • Pas d’identité, ni d’existence physique, d’essence physique : double question sans réponse dans la troisième strophe : « Est-elle brune, blonde ou rousse ? »(v.9), « Son nom ? »(v.10). Pourtant la couleur des cheveux ou le nom sont des indications simples à connaître sur une personne aimée.
  • Enfin, cet éloignement de la réalité se poursuit dans la dernière strophe, quand la femme est comparée à une statue : « Son regard est pareil au regard des statues »(v.12), caractère donc impersonnel, figé de cette femme, rappelant son absence de paroles dans le poème, et fuite peu à peu de cette femme « sa voix lointaine »(v.13). Indication peut-être d’un réveil prochain du poète.

 

c) Une obsession tragique.

 

  • idéal amoureux qui obsède Verlaine. Déjà, rêve qui revient avec une fréquence importante : « familier », « souvent », « chaque fois ». Ensuite, obsession qui se remarque dans la seconde strophe par la répétition de « elle »(v.5,6,7,8,9).
  • Idéal amoureux unique « elle seule »(v.6,7,8). Le salut du poète n’existe que par cette femme. Il n’existe pas en d’autres êtres.
  • Cependant, Verlaine sait que cette femme n’est pas réelle, n’existe pas et donc connaît la fatalité de son manque qu’il ne pourra pas combler : « hélas ! »(v.6).
  • Ce constat d’échec s’exprime à travers les références aux proches disparus qui ne reviendront pas, à travers la personnification de la vie qui est subie (v.11, « la Vie exila ») et de manière générale dans le poème au manque de substance, de réalité de cette femme. Verlaine est enfermé dans une quête tragique, puisqu’il poursuit un fantôme.

 

Conclusion :

 

Ce sonnet d’apparence traditionnel porte la marque de la poésie de Verlaine par son rythme ternaire, l’importance des sonorités, son caractère musical. Son registre lyrique et pathétique qui met en avant la mélancolie traduit aussi des thèmes récurrents chez le poète. Centré sur la description de son idéal amoureux, il nous dévoile une âme sœur imaginaire, dont la principale qualité est son caractère compréhensif et apaisant. Cependant, cette quête se heurte à l’inexistence de cette femme. Elle n’est qu’un « rêve », qu’un fantôme qui obsède malheureusement Verlaine. (réponse à l’annonce de plan).

L’expression de la mélancolie se fait ici à travers le portrait idéal d’une compagne. Son caractère flou, son existence juste onirique expliquent l’absence de bonheur du poète. Il évoque aussi ses souffrances, son âme tourmentée, qui ne pourra pas trouver l’apaisement. L’existence tragique de Verlaine trouve dans ce poème une explication, par son impossibilité à trouver son âme sœur, sauf en rêve. (réponse à la problématique)

Tiré du recueil des Poèmes saturniens, Mon rêve familier rend compte du caractère maudit, de la tragédie qui pèse sur le poète de la mélancolie. Il subit son sort funeste, la « Vie » difficile qui n’apporte que souffrance. Comme son aîné, et collègue, Baudelaire, il vit tourmenté, et rattrapé par le passé, l’impossibilité de vivre un réel amour durable. (ouverture)

(conclusion en trois parties avec une réponse à l’annonce de plan, une réponse à la problématique, et une ouverture).

Contact:lesoursjulie@yahoo.fr

 

 

Une pensée sur “Mon rêve familier, poèmes saturniens, Verlaine, 1866, commentaire.

  • mai 16, 2015 à 2:17
    Permalink

    Merci, ce commentaire m’a beaucoup aidé !

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