JavaScript must be enabled in order for you to see "WP Copy Data Protect" effect. However, it seems JavaScript is either disabled or not supported by your browser. To see full result of "WP Copy Data Protector", enable JavaScript by changing your browser options, then try again.

La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, passage « Blaise, dis moi, sommes nous loin de Montmartre », commentaire, Blaise Cendrars

Contact : lescoursjulien@yahoo.fr

La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, Blaise Cendrars, 1913.

« Blaise, dis, sommes-nous bien loin de Montmartre? »

Nous sommes loin, Jeanne, tu roules depuis sept jours

Tu es loin de Montmartre, de la Butte qui t’a nourrie, du Sacré Coeur contre lequel tu t’es blottie

Paris a disparu et son énorme flambée

Il n’y a plus que les cendres continues

La pluie qui tombe

La tourbe qui se gonfle

La Sibérie qui tourne

Les lourdes nappes de neige qui remontent

Et le grelot de la folie qui grelotte comme un dernier désir dans l’air bleui

Le train palpite au coeur des horizons plombés

Et ton chagrin ricane…

« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre? »

Les inquiétudes

Oublie les inquiétudes

Toutes les gares lézardés obliques sur la route

Les files télégraphiques auxquelles elles pendent

Les poteaux grimaçant qui gesticulent et les étranglent

Le monde s’étire s’allonge et se retire comme un accordéon qu’une main sadique tourmente

Dans les déchirures du ciel les locomotives en folie s’enfuient

et dans les trous

les roues vertigineuses les bouches les voies

Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses

Les démons sont déchaînés

Ferrailles

Tout est un faux accord

Le broun-roun-roun des roues

Chocs

Rebondissements

Nous sommes un orage sous le crâne d’un sourd

« Dis, Blaise, sommes-nous bien loin de Montmartre? »

Blaise Cendrars, Du monde entier, 1913.

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion dupassage « Dis, Blaise, sommes-nous loin de Montmartre ? », de La Prosedu transsibérien et de la petite Jehanne de France, Blaise Cendrars, 1913.

 

(ceci est un exemple et non un modèle. Votre réflexion personnelle peut vous mener à d’autres pistes de lecture)

 

 

Introduction :

 

Blaise Cendrars mène une vie de voyageur, d’aventurier. Son œuvre littéraire porte cette empreinte dans ses sujets, comme dans les romans l’or ou Bourlingueur, et dans sa forme qui annonce le surréalisme. Ami d’Apollinaire, il casse les codes poétiques pour mieux transcrire les sensations.(accroche avec informations sur l’auteur)

Ainsi, dans son long poème La prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, il construit un livre-objet qui se présente sous la forme d’un dépliant, et non de pages , écrit en vers libres. Il est d’ailleurs illustré par une de ses amies, le peintre Sonia Delaunay. L’extrait présenté se concentre sur le voyage en train de Blaise Cendrars avec une jeune française, Jehanne, en Russie lors de la guerre russo-japonaise de 1905. (présentation de l’extrait)

Comment à travers ce passage Blaise Cendrars exprime-t-il sa vision de la modernité ? (problématique).

Nous analyserons dans un premier temps la vivacité du poème, puis nous détaillerons la vision qu’a l’auteur du monde en ce début de Xxème siècle. (annonce de plan).

 

(introduction avec quatre parties ; accroche, présentation du texte, problématique et annonce de plan).

 

I- Un lyrisme moderne.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un faux dialogue.

 

  • dès le premier vers discours direct avec les guillemets. Ensuite, le poète s’adresse directement à Jeanne avec la deuxième personne du singulier « tu ». Cependant, absence de guillemets lors des réponses du poète.
  • Fausses réponses puisqu’elles ne sont pour la plupart du temps pas centrées sur le sujet de la question, et qu’elles apparaissent comme un texte indépendant, sauf pour les deux premiers vers de chaque réplique où il s’adresse à Jeanne : « Nous sommes loin Jeanne… »(v.1), « Oublie les inquiétudes »(v.15)
  • D’ailleurs la répétition de la question montre bien qu’elle n’écoute pas non plus les réponses. La question revient comme un refrain lancinant qui se calque sur le mouvement répétitif des roues du train. Dialogue sans sens réel, ni direction.

     

    b) Un poème moderne.

     

  • La forme versifiée est gardée, mais les vers sont hétérométriques avec des vers longs, et très courts (une syllabe pour le vers 29 avec « Chocs »).
  • Absence de rimes, et ponctuation très peu présente : dans chaque « couplet » seul signe de ponctuation à la fin des « strophes »  points de suspension vers 12, et point vers 31.
  • caractère surréaliste du texte marqué par une recherche d’effets sonores avec des allitérations en « r » dans tout l’extrait qui apporte de la dureté (exemple : vers 31), ou des assonances en « i » des vers 10 à 20 qui rythme ce passage et renforce l’image de « l’accordéon » (v.19)
  • enfin sensations sonores directement retranscrites par le vers 28 « Le broun-roun-roun des roues », et univers sonore de manière générale très important : « grelot »(v.10), « accordéon »(v.19), « les voix »(v.23), « aboient »(v.24), « accord »(v.27), « sourd »(v.31)

 

c) Un poème pathétique et lyrique.

 

  • Narrateur et poète sont la même personne, relate une expérience personnelle : « Blaise, dis.. »répété trois fois, et utilisation de la deuxième personne du pluriel « nous ». Cendrars nous fait donc part de ses impressions et sensations.
  • Cherche à rassurer Jeanne qui paraît avoir peur : « Oublie les inquiétudes »(v. 15)
  • texte pathétique qui évoque la souffrance, la folie : « Et le grelot de la folie… »(v.10), « Et ton chagrin ricane… »(v.12) oxymore dégageant une impression de folie. Blaise Cendrars nous transmet son malaise face au monde qui l’entoure.

 

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction )

 

 

II- La vision d’un monde surréaliste et étrange.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un monde réel étrange.

 

  • Réalité avec des lieux précis : Montmartre, la Butte, le Sacré Coeur, Paris, Sibérie. Evocation du passé marginal de Jeanne (prostituée à priori). Précision aussi dans la durée du voyage : « sept jours »(v.2). Climat décrit aussi précisément : « La pluie qui tombe/La tourbe qui se gonfle »(v.6-7). Réalisme du récit surtout au départ.
  • A côté, monde sans substance, pas d’action, pas de temps qui passe, généralisations et imprécisions : « Toutes »(v.16)
  • Monde sans dessous-dessus :  « La Sibérie tourne »(v.8), anaphore avec « la » et « qui » (v.6,7,8) qui donne l’impression d’un tempête, d’un cyclone.

 

b) Un monde apocalyptique.

 

  • Vision de l’enfer dans le texte : « énorme flambée »(v.4), « Dans les déchirures du ciel, les locomotives en furie »(v.20), « Les démons sont déchaînés »(v.25). Tableau apocalyptique.
  • Évocation de la guerre russo-japonaise de 1905 : « Toutes les gares lézardées »(v.16, gares détruites), destructions matérielles et massacres « étranglent »(v.18), « déchirures du ciel »(v.20, métaphore pour bombardements), « Ferrailles »(v.26, métonymie pour les armements)
  • Fuite en train devant les combats, d’où l’inquiétude de Jeanne, et le tourbillon décrit dans le poème.

 

c) Un monde moderne en désordre.

 

  • Mouvement perpétuel : verbes au présent, énumération de mouvements « s’étire, s’allonge et se retire »(v.19), pas de repos possible « Chocs/Rebondissements »(v.29-30)
  • Monde sans logique où l’humain n’a plus sa place avec les personnifications fréquentes dans l’extrait : « Le train palpite.. »(v.11), « Les poteaux grimaçants… »(v.18), « les locomotives en furie »(v.20), monde moderne qui apparaît menaçant.
  • Responsabilité de Dieu qui laisse cet enfer, ce désordre s’installer : « main sadique qui tourmente »(v.19, métonymie évoquant Dieu), « sous le crâne d’un sourd »(v.31), Dieu n’entend pas les plaintes des humains.
  • Enfin, impression de désordre donnée par le mouvement perpétuel du train, symbole même de la modernité à l’époque.

 

( phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

 

 

Conclusion :

 

Dans ce passage nous voyons toute la modernité de l’écriture de Cendrars, « l’esprit nouveau » qui souffle sur la littérature au début du XXème siècle. Il nous fait part de son expérience personnelle à travers un dialogue inventé, avec des images et une écriture surréalistes. Cet extrait pose aussi la vision que le poète porte sur le monde moderne. Il apparaît infernale, inquiétant et guerrier. (reprise des conclusions partielles, réponse à l’annonce de plan).

L’auteur nous offre une vision du moderne surréaliste et apocalyptique. Frappé par son expérience de jeunesse en Russie, et sa vision de la guerre, il dessine une modernité angoissante toujours en mouvement. (réponse à la problématique)

Son surréalisme d’avant-garde, sa vision de la modernité apparaissent aujourd’hui comme prophétiques à la veille de la seconde guerre mondiale, où les progrès techniques apportèrent les destructions de masse.(ouverture)

 

(conclusion en trois parties avec reprise des conclusions partielles, réponse à la problématique, et ouverture)

 

contact:lescoursjulien@yahoo.fr

 

4 pensées sur “La Prose du transsibérien et de la petite Jehanne de France, passage « Blaise, dis moi, sommes nous loin de Montmartre », commentaire, Blaise Cendrars

  • novembre 6, 2016 à 3:22
    Permalink

    C’est incroyable de voir à quel point vous parvenez à tirer des explications linéaires d’un texte, personnellement j’ai beaucoup de mal avec cela, mes plans sont mal choisis, je perds trop de temps durant les contrôles, je n’arrive pas à placer des mots techniques de « l’argot » des professeurs de Français, je les oublie la plupart du temps ou sinon je me trompe, étant en classe de L j’ai intérêt à avoir un niveau très au dessus du mien actuellement mais je perçois le Français comme une vague de termes spécifiques, d’auteurs à connaître,de livres à lire, de contextes à connaître, de mouvements littéraires à absolument connaître. Il faut le dire…ma culture G n’est pas optimale car j’ai surtout lu des séries de livre de « détente », jai toujours pris un livre « scolaire » avec une certaine réticence. Certains me diront: « Tu n’aimes pas le Français ! » Mais je pense plutôt que j’aime la lecture, savoir m’exprimer correctement, connaître des mots peu ordinaires, c’est cela qui m’a fait choisir la L et j’ai maintenant l’impression de ne pas pouvoir tenir le coup dans cette filière qui est (malgré les préjugés) difficile. J’avoue m’être totalement éloigné du sujet de ce blog mais j’avais envie de m’exprimer, je me sens comme passionné de la langue mais pas de ses fondateurs, j’aime les livres de notre époque (fantastiques, sciences-fiction,d’aventures,aux intrigues multiples) mais pas le bouquin de Rimbaud, Flaubert ou encore Zola (oui je sais ils ne sont pas des mêmes mouvements) tourné dans un langage précis que je parviens difficilement à comprendre. A chaque cours de Français j’ai peur que le professeur m’interroge et se rende compte que je ne comprends rien ou presque de ce qu’il dit depuis le début du cours, ayant été dans un collège ou la réussite au Brevet ne dépassait pas les 60% et 40% avec mention je me retrouve maintenant dans un lycée très côté et dit supérieur. J’ai travaillé comme un fou pour réussir à y aller et me voilà maintenant paniqué depuis 2 ans durant les cours de Français, le bac, les oraux, je ne suis pas sûr de moi, j’ai l’impression d’être cet élève qui a volé la place d’un meilleur élève dans ce lycée où les places sont difficiles à obtenir…Souvent je me dis: « Travailles, tu auras 20/20, tu seras premier de la classe mais pour cela fournis des efforts et travailles », je ne me fixe donc pas de barrière au niveau de la note, je vis tout le temps le 20 et pourtant ma moyenne est à 9,5 en Français; je suis même pire que beaucoup de S de mon lycée…
    Bon, je vais arrêter là car mon message est très long et s’est totalement éloigné du sujet principal, je vous remercie Julien pour votre plan, cordialement, B.

    Répondre
    • novembre 6, 2016 à 10:10
      Permalink

      Bonsoir,
      Ne paniquez pas, accrochez vous, et essayez d’utiliser votre manuel de français avec les pages sur les mouvements littéraires, les petites biographies des auteurs, et les pages sur l’histoire littéraire. Apprenez le lexique de la littérature:figures de style, registres principalement. Ainsi, vous vous ferez rapidement une culture littéraire, en apparence tout du moins.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *