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Dom Juan, Acte III, scène 1, commentaire

Dom Juan, Acte III, scène 1, Molière 1665.

Sganarelle: Je veux savoir un peu vos pensées à fond. Est−il possible que vous ne croyiez point du tout au Ciel ?

Dom Juan: Laissons cela.

Sganarelle: C’est à dire que non. Et à l’Enfer ?

Dom Juan: Eh !

Sganarelle: Tout de même. Et au diable, s’il vous plaît ?

Dom Juan: Oui, oui.

Sganarelle: Aussi peu. Ne croyez−vous point l’autre vie ?

Dom Juan: Ah ! ah ! ah !

Sganarelle:  Voilà un homme que j’aurai bien de la peine à convertir. Et dites−moi un peu, le Moine bourru, qu’en croyez−vous, eh !

Dom Juan: La peste soit du fat !

Sganarelle: Et voilà ce que je ne puis souffrir, car il n’y a rien de plus vrai que le Moine bourru, et je me ferais pendre pour celui−là. Mais] encore faut−il croire quelque chose [dans le monde] : qu’est−ce [donc] que vous croyez ?

Dom Juan: Ce que je crois ?

Sganarelle: Oui.

Dom Juan: Je crois que deux et deux sont quatre, Sganarelle, et que quatre et quatre sont huit.

Sganarelle: La belle croyance [et les beaux articles de foi] que voilà ! Votre religion, à ce que je vois, est donc l’arithmétique ? Il faut avouer qu’il se met d’étranges folies dans la tête des hommes, et que pour avoir bien étudié on est bien moins sage le plus souvent. Pour moi, Monsieur, je n’ai point étudié comme vous. Dieu merci, et personne ne saurait se vanter de m’avoir jamais rien appris ; mais avec mon petit sens, mon petit jugement, je vois les choses mieux que tous les livres, et je comprends fort bien que ce monde que nous voyons n’est pas un champignon, qui soit venu tout seul en une nuit. Je voudrais bien vous demander qui a fait ces arbres−là, ces rochers, cette terre, et ce ciel que voilà là−haut, et si tout cela s’est bâti de lui−même. Vous voilà vous, par exemple, vous êtes là : est−ce que vous vous êtes fait tout seul, et n’a−t−il pas fallu que votre père ait engrossé votre mère pour vous faire ? Pouvez−vous voir toutes les inventions dont la machine de l’homme est composée sans admirer de quelle façon cela est agencé l’un dans l’autre : ces nerfs, ces os, ces veines, ces artères, ces… ce poumon, ce coeur, ce foie, et tous ces autres ingrédients qui sont là, et qui… Oh ! dame, interrompez−moi donc si vous voulez : je ne saurais disputer si l’on ne m’interrompt ; vous vous taisez exprès et me laissez parler par belle malice.

Dom Juan: J’attends que ton raisonnement soit fini.

Sganarelle: Mon raisonnement est qu’il y a quelque chose d’admirable dans l’homme, quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauroient expliquer. Cela n’est−il pas merveilleux que me voilà ici, et que j’aie quelque chose dans la tête qui pense cent choses différentes en un moment, et fait de mon corps tout ce qu’elle veut ? Je veux frapper des mains, hausser le bras, lever les yeux au ciel, baisser la tête, remuer les pieds, aller à droit, à gauche, en avant, en arrière, tourner… (Il se laisse tomber en tournant.)

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion de lascène 1, Acte III, de Dom Juan de Molière, 1665.

(ceci n’est pas un modèle, mais évidemment un exemple. Votre réflexion personnelle peut mener à d’autres pistes de lecture).

(attention, les lignes citées sont celles de la scène)

Introduction :

Dom Juan ou le festin de Pierre est une tragi-comédie écrite en 1665 par Molière, inspirée du mythe créé par l’Espagnol Tirso de Molina. Cette pièce nous conte les aventures d’un grand aristocrate espagnol et de son fidèle serviteur, inspiré de la comdia dell arte, Sganarelle. En pleine époque classique, Molière crée une pièce baroque sur le sujet du libertinage. Tout comme Tartuffe, Dom Juan subit rapidement la censure après quelques représentations. (accroche avec informations sur l’oeuvre)

Sganarelle et Don Juan viennent d’échapper à des poursuivants en se déguisant. Don Juan ressemble à un homme du peuple alors que Sganarelle porte une robe de médecin. Enivré par ce costume, il décide de débattre avec Don Juan sur l’existence de Dieu.(présentation du passage)

Nous nous demanderons si Sganarelle arrive à être convaincant, arrive à produire une argumentation efficace.(problématique)

Nous détaillerons son argumentation, avant de mettre en avant le caractère comique de la scène.(annonce du plan)

(introduction avec accroche, présentation du passage, problématique, annonce de plan)

I- L’argumentation de Sganarelle.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

A) Opposition de deux opinions.

  • deuxième partie de la scène lancée sous forme de débat avec la question introductive de Sganarelle : « Est-il possible que vous ne croyiez point du tout au ciel ? », débat sur l’existence de Dieu qui se poursuit tout du long par l’emploi répétitif du « vous » par sganralle pour interpeller Don Juan.
  • Stratégie d’évitement de la part de Don Juan au départ : « Laissons cela », « Eh ! ». Enfin, mise en avant de son rationalisme (pensée nouvelle au XVIIème siècle avec le philosophe Descartes) : « Je crois que deux et deux sont quatre ».
  • Insistance de Sganarelle qui énumère des points de croyance religieuse : « Ciel »(l.66), « Enfer »(l.68), « diable »(l.70), « autre vie »(l.72). Volonté affichée par Sganarelle de convaincre son maître de l’existence de Dieu : « Voilà un homme que j’aurai bien de la peine à convertir »(l.74-75).

b) Un raisonnement construit.

  • Sganarelle engage sa conviction personnelle : répétition de « je » durant sa tirade, il s’implique « Pour moi »(l.90)
  • Structure de son raisonnement : introduction par question rhétorique « Votre religion à ce que je vois est donc l’arithmétique ? »(l.87-88), affirmation de sa sagesse avec l’hyperbole « je vois les choses mieux que tous les livres », arguments concrets avec des exemples tirés de la nature et du corps humain : énumérations « arbres-là, ces rochers, cette terre et ce ciel » (l.97), « ces nerfs, ces os, ces veines, des artères… »(l.103-104), conclusion « Mon raisonnement est qu’il y a quelque chose […]expliquer »(l.110-112).
  • Dieu montré comme un grand architecte, Sganaralle essaie d’universaliser son raisonnement par du présent de vérité générale ou des formules impersonnelles : « Il faut avouer »(l.88), « on en est bien moins sage »(l.90), « personne » (l.91),

c) La force de conviction de Sganarelle.

  • défense d’une conviction fondamentalepour Sganarelle, plusieurs expressions démontrent son incrédulité face à la position de Don Juan : « Tout de même »(l.70), « Et voilà ce que je ne puis souffrir »(l.77).
  • Émotion dans les répliques de Sganarelle, qui se voit par la tonalité polémique vis-à-vis de Don Juan : il le harcèle de questions, six sur la première partie (vingt premières lignes), « Oh ! »(l.105).
  • Arrive à se convaincre lui-même qu’il a raison et est convaincant : « quoi que vous puissiez dire, que tous les savants ne sauraient expliquer »(l.111-112), car le thème lui tient vraiment à cœur. Cependant, malgré toute son envie, l’argumentation de Sganarelle est trahie par son caractère comique.

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction).

II- Une scène comique.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction.)

a) Comique de mots.

– se voit à travers des expressions inadéquates ou vulgaires : « champignon » comparaison monde-champignon(l.94-95) un peu ridicule , « engrossé »(l.100) terme familier, « ingrédients »(l.105) au lieu d’organes.

– Énumérations des organes s’arrête brutalement par manque de connaissance de Sganarelle : « ces artères, ces …poumons », hésitation qui réduit la crédibilité du discours.

– Il se dévalorise lui-même sans s’en rendre compte : « Je n’ai point étudié comme vous »(l.91), « mon petit sens »(l.93), et ne peut seul continuer son raisonnement :  « je ne saurais disputer si l’on ne m’interrompt »(l.106-107).

b) Comique de gestes.

– tout d’abord costumes qui transforment les personnages et changent le niveau social : Don Juan vêtu pauvrement, Sganarelle médecin.

– Accumulation de mouvements dans la dernière réplique qui le rend ridicule : « Je veux frapper des mains, … »(l115-118)

– Chute, didascalie « Il se laisse tomber en tournant »(l.119), réel et métaphorique, représente aussi chute de son raisonnement.

c) Un Don Juan moqueur.

  • Superstition du « Moine-Bourru »déclenche l’exaspération chez Don Juan : « La peste soit du fat ! »(l.77). Superstition populaire dont Don Juan se moque.
  • Manque de réactions de Don Juan au débat proposé par Sganarelle, semble le prendre avec suffisance : réponses courtes et sèches (l.67, 69, 71, 73, 77, 82).
  • Il montre les faiblesses de Sganarelle par son attitude :  « vous vous taisez exprès »(l.107), Il le provoque : « J’attends que ton raisonnent soit fini »(l.109).
  • Il joue avec lui et sort finalement renforcé par prise de parole de Sganarelle.

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction).

 :Conclusion :

Sganarelle dans cette scène a la possibilité de défendre son point de vue vis-à-vis du libertin qu’est Don Juan. Le changement de costume lui offre un avantage. Plein d’enthousiasme et d’envie, il se lance dans un débat su l’existence de Dieu. Son argumentation est sincère, s’articule de manière logique et repose sur des exemples, mais il est desservi par son langage et son comportement ridicule. (reprise des conclusions partielles, et réponse à l’annonce de plan de l’introduction.

Il essaye ici finalement d’imiter son maître Don Juan, qui s’amuse des difficultés de Sganarelle, mais il ne possède pas l’aisance du grand seigneur, et son raisonnement finalement s’écroule par son manque d’éloquence et les pièges de Don Juan. (Réponse à la problématique).

La différence est accentuée quand on pense à l’éloge de l’infidélité peinte par Don Juan dans la deuxième scène de la pièce. Son argumentation, son discours paraît mieux maîtrisé que celui de Sgranarelle, qui peine à fournir un point de vue aussi construit pour attaquer le libertinage, et surtout mettre en avant l’existence de Dieu. (Ouverture vers un autre passage de l’oeuvre)

(conclusion avec trois éléments : reprise des conclusions partielles, réponse à l’annonce de plan, et ouverture).

Contact : lescoursjulien@yahoo.fr

5 pensées sur “Dom Juan, Acte III, scène 1, commentaire

  • avril 9, 2014 à 2:55
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    Ces cours sont super, moi qui n’a plus mes cours, vous m’avez beaucoup aidé!

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  • novembre 19, 2014 à 1:49
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    moi qui N’AI plus mes cours et non pas qui N’A pas mes cours!!!!

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  • mai 29, 2016 à 10:06
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    Super cours !
    Merci beaucoup continuez 🙂

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