Citation célèbre expliquée: «  Le temps s’en va, le temps s’en va ma Dame, Las ! le temps non, mais nous nous en allons », « Sonnet à Marie »,Second livre des Amours, Ronsard, 1555.

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Citation célèbre expliquée: «  Le temps s’en va, le temps s’en va ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous nous en allons », « Sonnet à Marie »,Second livre des Amours, Ronsard, 1555.

Cette citation du Prince des poètes se situe dans un de ses nombreux sonnets qui déclament son amour à Marie Dupin, une jeune paysanne. Cependant, comme souvent, le poète se met en avant, au centre de son propos. Et s’il n’oublie pas de faire l’éloge de la beauté Marie, il l’enjoint à se dépêcher de céder à ses avances.

Il emploie dans ce sonnet, comme souvent encore, la métaphore de la rose, empruntée au célèbre poète italien Pétrarque, rose qui éphémère dans sa splendeur, qui un jour magnifique se fane le lendemain. Il en est ainsi pour lui de la beauté des femmes. Cette vision un brin sexiste superficielle (attachée simplement à l’apparence physique) l’engage à utiliser l’argument du Carpe Diem, du fait de profiter du bonheur immédiat, pour arriver à ses fins, pour conquérir rapidement la belle.

Cependant, ces deux vers (9 et 10, les deux premiers du premier tercet) offrent une réflexion philosophique et élégante sur le temps qui dépasse le seul jeu de la séduction. Le premier vers expose ce qui semble une évidence, une vérité apparente: Le temps s’en va. La répétition, le présent de vérité générale et l’inclusion de la sentence dans un dialogue imaginaire (ma dame) confère au propos une réalité puissante. Le passé inexorablement tel un sablier dont le sable s’écoule, dans un mouvement incoercible.

Seulement, le vers suivant opère un renversement de pensée : Las! le temps non, mais nous nous en allons. Effectivement, le tragique de la condition humaine n’est pas l’écoulement du temps, mais le rapprochement quotidien de notre disparition. Ainsi, Ronsard montre un temps finalement immobile, dont le mouvement serait le fruit de notre perception. Ce temps n’existe que par les changements, les modifications qui nous affectent. Alors, le temps n’a plus d’existence propre, ne se comprend que par la manière dont il affecte les hommes.

Le tragique n’est plus le temps qui passe, mais la disparition de l’être humain. Que l’écoulement du temps soit une réalité physique , ou une perception humaine, cela nous importe en définitive peu. Ce qui nous consume c’est notre écoulement à nous…

«  Le temps s’en va, le temps s’en va ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous nous en allons »

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