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Pierre et Jean, Chapitre V (5), Le portrait, commentaire, Maupassant

Pierre et Jean, Chapitre V, « découverte du portrait ». Maupassant (1887)

 

 

 

“ Voilà, dit-elle, je l’ai retrouvé presque tout de suite. ” Le docteur, le premier, avait tendu la main. Il reçut le portrait, et, d’un peu loin, à bout de bras, l’examina. Puis, sentant bien que sa mère le regardait, il leva lentement les yeux sur son frère, pour comparer. Il faillit dire, emporté par sa violence : “ Tiens, cela ressemble à Jean. ” S’il n’osa pas prononcer ces redoutables paroles, il manifesta sa pensée par la façon dont il comparait la figure vivante et la figure peinte.
Elles avaient, certes, des signes communs : la même barbe et le même front, mais rien d’assez précis pour permettre de déclarer : “ Voilà le père, et voilà le fils. ” C’était plutôt un air de famille, une parenté de physionomies qu’anime le même sang. Or, ce qui fut pour Pierre plus décisif encore que cette allure des visages, c’est que sa mère s’était levée, avait tourné le dos et feignait d’enfermer, avec trop de lenteur, le sucre et le cassis dans un placard.
Elle avait compris qu’il savait, ou du moins qu’il soupçonnait !
“ Passe-moi donc ça ”, disait Roland.
Pierre tendit la miniature et son père attira la bougie pour bien voir ; puis il murmura d’une voix attendrie :
“ Pauvre garçon ! dire qu’il était comme ça quand nous l’avons connu. Cristi ! comme ça va vite ! Il était joli homme, tout de même, à cette époque, et si plaisant de manières, n’est-ce pas, Louise ? ”

Comme sa femme ne répondait pas, il reprit :
“ Et quel caractère égal ! Je ne lui ai jamais vu de mauvaise humeur. Voilà, c’est fini, il n’en reste plus rien… que ce qu’il a laissé à Jean. Enfin, on pourra jurer que celui-là s est montré bon ami et fidèle jusqu’au bout. Même en mourant il ne nous a pas oubliés. ” Jean, à son tour, tendit le bras pour prendre le portrait. Il le contempla quelques instants, puis avec regret :
“ Moi, je ne le reconnais pas du tout. Je ne me le rappelle qu’avec ses cheveux blancs. ” Et il rendit la miniature à sa mère. Elle y jeta un regard rapide, vite détourné, qui semblait craintif ; puis de sa voix naturelle :
“ Cela t’appartient maintenant, mon Jeannot, puisque tu es son héritier. Nous le porterons dans ton nouvel appartement. ” Et comme on entrait au salon, elle posa la miniature sur la cheminée, près de la pendule, où elle était autrefois.

 

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion de Pierre et Jean, chapitre V, découverte du portrait.(Maupassant, 1887).

 

(ceci est évidemment un exemple, et non un modèle. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture.)

(Attention, les lignes notées ne sont pas celles du passage au-dessus, mais tirées du livre)

 

 

Introduction :

 

 

Ce roman de Guy de Maupassant écrit en 1887 s’inscrit dans la lignée de ses grands romans comme Une Vie (1883), ou Bel-Ami (1885). Ecrivain réaliste de la fin du XIXème siècle, admirateur de Flaubert, il produit durant la décennies 1880, à côté de ses romans, de nombreuses nouvelles et des contes, comme Boule de Suif (1880), ou le Horla (1887), au registre fantastique angoissant. (contexte littéraire et auteur)

Pierre et Jean relate une histoire familiale, troublée par la découverte d’un secret. Pierre comprend ,à la suite d’un héritage surprenant pour son frère, que leur mère a eu une aventure, et que les deux frères sont de pères différents. Avec cette intrigue, Maupassant analyse et dissèque les bouleversements créés par cette nouvelle situation dans le cadre de sa Normandie d’enfance. (informations sur le livre)

Le passage étudié se situe à la fin de chapitre V de l’oeuvre (qui en comprend neuf, à peu près au milieu de l’histoire. Il constitue un moment charnière dans le récit. Toute la famille est présente et regarde un portrait de M. Maréchal. Pierre en voyant ce portrait fait le rapprochement avec le visage de son frère et n’a plus de doutes sur l’adultère de sa mère. (présentation de l’extrait).

Dès lors, comment l’auteur met-il en scène cette découverte de Pierre ? (problématique)

Nous montrerons les éléments d’une mise en scène théâtrale, avant de nous attarder sur le réalisme de l’enquête de Pierre. (annonce de plan)

 

(introduction avec quatre étapes : amorce avec informations sur l’oeuvre et l’auteur, présentation de l’extrait, problématique, annonce de plan).

 

 

I- Une scène théâtrale.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Une double identité des personnages.

 

  • une scène familiale avec la présence des deux frères, du père et de la mère, et une insistance sur la notion de famille : « un air de famille, une parenté…le même sang » (l.503-504). La famille est le thème du passage.
  • Double identité des personnages, comme s’ils possédaient un rôle :
  • Pierre est appelé dès la première ligne « docteur », pour renforcer sa fonction d’enquêteur, Jean « Jeannot » (l. 531) pour accentuer le fait d’être le fils de sa mère, la mère « Louise » pour mettre en avant son caractère de femme, et le père parle beaucoup pour insister sur son apparence de chef de famille, mais en réalité mari trompé et seulement père de Pierre.

 

b) Une composition théâtrale du texte.

 

  • Alternance discours direct/narration tout au long du texte, avec un discours direct qui s’impose dans la deuxième partie.
  • Les passages au discours direct peuvent ressembler à des répliques, les passages narratifs (de la deuxième partie du texte) à des didascalies, puisqu’ils marquent des attitudes, des gestes : « il murmura »(l.514), (l.524-525), (l.528-530).
  • Enfin, présence d’un décor : lieu de départ, la cuisine , « le sucre et le cassis dans un placard »(l.507-508), puis passage au salon « Et comme on entrait au salon »(l.534).
  • Construction d’une scène de théâtre avec personnages, décor et répliques.

 

c) Un comique de situation.

 

  • Procédé traditionnel du vaudeville avec la relation homme/femme/amant.
  • Deux personnes dans le secret (la mère, et Pierre), deux personnes innocentes (le père et Jean).
  • Comique de situation avec le père Roland qui fait l’éloge de M. Maréchal sans savoir qu’il a été trompé par sa femme (l.534-537) et Jean qui ne reconnaît pas sonvéritable père ( l.526-527).

 

(phrase de conclusion/transition lors de la rédaction. )

 

 

II- L’enquête de Pierre.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) L’ indice matériel.

 

  • portrait de Maréchal retrouvé : « Il reçut le portrait »(l.492-493)
  • importance de cet indice marquée en le plaçant au début de la scène.
  • Élément déclencheur qui pose directement Pierre dans la position de l’enquêteur : à l’extérieur du cercle familial, ne parle pas, il observe tel un spectateur.

 

b) La méthode de l’enquête.

 

  • Procède par comparaisons, champ lexical de la ressemblance très présent : « Tiens cela ressemble à Jean »(l.496), « comparait »(l.498), « signes communs »(l.500), « même »(l.500,l.501).
  • Procède par observations, jeu des regards, champ lexical : « l’examina »(l.493), « le regardait »(l.494), « les yeux »(l.495), « bien voir »(l.512), « contempla »(l.525), « un regard »(l.529).
  • Suspicion du détective : « Or, ce qui fut pour Pierre plus décisif encore que cette allure des visages, c’est que sa mère s’était levée… »(l.505-506), « qu’il soupçonnait »(l.509-510). Comportement coupable de la mère qui avait enlevé le portrait du salon : « où elle était autrefois »(l.535)

 

c) Le choc de la découverte.

 

  • violence des émotions de Pierre : « emporté par sa violence »(l.496), « redoutables paroles »(l.497), point d’exclamation ligne 510 : « qu’il soupçonnait ! ».
  • une certitude sans preuve : « mais rien d’assez précis pour permettre de déclarer »(l.501-502)
  • préservation de l’unité familiale : « Il faillit dire »(l.495), « S’il n’osa pas prononcer »(l.497). Caractère de l’enquêteur qui a besoin de preuves, et du fils qui souhaite avant tout connaître la vérité, tout en assurant la sécurité de sa famille.

(phrase de conclusion de la partie, transition inutile avec la conclusion derrière)

 

Conclusion :

 

Ce moment charnière du récit est présentée à travers une scène théâtrale familiale, exécutée par les acteurs que sont le père, Jean et surtout la mère. Elle est menée à travers les yeux de Pierre, de l’enquêteur à la recherche de la vérité, et de preuves. Ses réactions et réflexions sont décrites de manière réaliste ; le lecteur progresse avec lui comme le spectateur observe avec lui les réaction de la famille. (réponse à l’annonce de plan, et reprise des conclusions des parties)

Maupassant construit cette scène pour faire basculer le roman. Il met Pierre à la fois à l’extérieur de la famille, et au centre de l’action. Il comprend et connaît le secret de sa mère, mais il ne peut le dévoiler par manque de preuves et par son obligation de protéger sa famille du scandale. (réponse à la problématique)

L’auteur introduit ainsi les tourments qui animeront Pierre dans la deuxième partie du récit. Il aborde de manière réaliste et théâtrale la difficulté à parler sereinement des secrets de famille. Certes Maupassant met en scène ce dilemme de Pierre, mais c’est pour effectuer une description et une analyse naturaliste de ses réactions. (ouverture sur la suite du roman).

 

(conclusion en trois parties : reprise des conclusions partielles, réponse à la problématique, ouverture)

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