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Pierre et Jean, chapitre II (2), « passage des phares », Maupassant, commentaire

Pierre et Jean, chapitre II, « Passage des phares ». (Maupassant, 1887)

 

 

Sur sa droite, au-dessus de Sainte-Adresse, les deux phares électriques du cap de la Hève, semblables à deux cyclopes monstrueux et jumeaux, jetaient sur la mer leurs longs et puissants retards. Partis des deux foyers voisins, les deux rayons parallèles, pareils aux queues géantes de deux comètes, descendaient, suivant une pente droite et démesurée, du sommet de la côte au fond de l’horizon. Puis sur les deux jetées, deux autres feux, enfants de ces colosses, indiquaient l’entrée du Havre ; et là-bas, de l’autre côté de la Seine, on en voyait d’autres encore, beaucoup d’autres, fixes ou clignotants, à éclats et à éclipses, s’ouvrant et se fermant comme des yeux, les yeux des ports, jaunes, rouges, verts, guettant la mer obscure couverte de navires, les yeux vivants de la terre hospitalière disant, rien que par le mouvement mécanique invariable et régulier de leurs paupières : “ C’est moi. Je suis Trouville, je suis Honfleur, je suis la rivière de Pont-Audemer. ” Et dominant tous les autres, si haut que, de si loin, on le prenait pour une planète, le phare aérien d’Etouville montrait la route de Rouen, à travers les bancs de sable de l’embouchure du grand fleuve.
Puis sur l’eau profonde, sur l’eau sans limites, plus sombre que le ciel, on croyait voir, ça et là, des étoiles. Elles tremblotaient dans la brume nocturne, petites, proches ou lointaines, blanches, vertes ou rouges aussi. Presque toutes étaient immobiles, quelques-unes, cependant, semblaient courir ; c’étaient les feux des bâtiments à l’ancre attendant la marée prochaine, ou des bâtiments en marche venant chercher un mouillage.

Juste à ce moment la lune se leva derrière la ville ; et elle avait l’air du phare énorme et divin allumé dans le firmament pour guider la flotte infinie des vraies étoiles.
Pierre murmura, presque à haute voix :
“ Voilà, et nous nous faisons de la bile pour quatre sous ! ”

Tout près de lui soudain, dans la tranchée large et noire ouverte entre les jetées, une ombre, une grande ombre fantastique, glissa. S’étant penché sur le parapet de granit, il vit une barque de pêche qui rentrait, sans un bruit de voix, sans un bruit de flot, sans un bruit d’aviron, doucement poussée par sa haute voile brune tendue à la brise du large.
Il pensa : “ Si on pouvait vivre là-dessus, comme on serait tranquille, peut-être ! ”

 

 

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion, Pierre et Jean, chapitre II, « passage des phares ». (1887, Maupassant).

( ceci est évidemment un exemple, et non un modèle. Vos réflexions personnelles peuvent mener à d’autres pistes de lecture.)

 

(Attention, les lignes ne sont pas celles du passage recopié au-dessus, mais celles du roman)

 

Introduction :

 

 

Ce roman de Guy de Maupassant écrit en 1887 s’inscrit dans la lignée de ses grands romans comme Une Vie (1883), ou Bel-Ami (1885). Ecrivain réaliste de la fin du XIXème siècle, admirateur de Flaubert, il produit durant la décennies 1880, à côté de ses romans, de nombreuses nouvelles et des contes, comme Boule de Suif (1880), ou le Horla (1887), au registre fantastique angoissant. (contexte littéraire et auteur)

Pierre et Jean relate une histoire familiale, troublée par la découverte d’un secret. Pierre comprend ,à la suite d’un héritage surprenant pour son frère, que leur mère a eu une aventure, et que les deux frères sont de pères différents. Avec cette intrigue, Maupassant analyse et dissèque les bouleversements créés par cette nouvelle situation dans le cadre de sa Normandie d’enfance. (informations sur le livre)

L’extrait présent se situe au début du roman, dans le court chapitre II. Pierre quitte la maison familiale pour une promenade nocturne, après l’annonce du surprenant héritage de Jean. Il médite sur cette nouvelle situation en se laissant emporter par la vue au large du Havre. (présentation du texte)

Nous montrerons que cette vision du Havre rend compte d’une écriture impressionniste. (problématique)

Tout d’abord, nous mettrons en avant le caractère descriptif du texte, et dans un deuxième temps, nous décrirons le tableau fantastique créé par l’auteur. (annonce de plan)

 

(introduction en quatre parties : amorce avec informations sur l’auteur et l’oeuvre, présentation du passage, problématique, et annonce de plan).

 

 

I- Une description réaliste.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Le registre descriptif du texte.

 

  • utilisation de l’imparfait (temps de la description) dans la narration : « jetaient sur la mer »(l.93), « descendaient »(l.96), « indiquaient »(l.99) …
  • le passage est essentiellement narratif, et comporte peu d’actions : prosopopée (l.106-107), discours direct de Pierre (l.124-125), (L.133-134).
  • De nombreux repères spatiaux précisent cette description et lui apporte un caractère réaliste : « Sainte-Adresse », « cap de la Hève », « Havre », « Trouville, Honfleur, Pont-Audemer », « Etouville », « Rouen ».

 

b) Le point de vue de Pierre.

 

  • réalisme renforcé par le choix du point de vue interne de Pierre : « Pierre »(l.123), « il vit »(l.129), point de vue d’ailleurs dominant dans toute l’oeuvre.
  • Description vivante faite sur le moment, durant la promenade de Pierre : « Juste à ce moment »(l.120), « soudain »(l.126). Le lecteur découvre le décor en même temps que le héros.
  • Description cinématographique, suivant le regard du personnage : « Sur sa droite (l.90), « Puis »(l.97), « De l’autre côté »(l.99). Description vivante et réaliste par le point de vue de Pierre, et une écriture qui maintient le lecteur proche de la vision du personnage.

 

c)Omniprésence de l’eau et de la nuit.

 

  • champ lexical très développé de l’eau dans l’extrait : « la mer »(l.93, l.103), « le fleuve »(l.111), « l’eau profonde sur l’eau sans limites »(l.112), « flot »(l.130)
  • cette présence est accompagnée par un vocabulaire marin : les phares, la côté, les jetées, les ports, les navires.
  • Enfin, la vision est nocturne : « plus sombre que le ciel »(l.113), « brume nocturne »(l.114), « la lune »(l.120). L’eau et la nuit se confondent et rendent la description inquiétante et picturale.

 

(phrase de transition/conclusion de la partie lors de la rédaction)

 

II- Un tableau fantastique.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un décor inquiétant.

 

  • La métaphore filée des cyclopes présente au début du texte (l.92-98) immerge le lecteur dans un monde fantastique, par la référence à ces monstres légendaires (issus de l’Odyssée).
  • La répétition de « deux », la personnification du décor en le comparant ensuite à des yeux, avec la répétition aussi du mots : « comme des yeux »(l.102), « les yeux des ports »(l.103), « les yeux vivants »(l.104), « paupières »(l.106) crée une atmosphère angoissante, qui donne l’impression que l’environnement observe en permanence Pierre, qui paraît perdu et solitaire dans cette immensité.
  • Personnification qui continue avec les villes « je suis Trouville… »(l.106-107), l’auteur les fait même parler par une prosopopée.
  • Maupassant lui-même nous indique le registre fantastique de la scène : « une grande ombre fantastique »(l.128).

 

b) Une description picturale.

 

  • Description organisée sur plusieurs plans. Tableau panoramique (suivant le regard de Pierre qui embrasse toute la scène) : arrière-plan, l’horizon « au fond de l’horizon » (l.97), plan principal la côté et la jetée « Puis sur les deux jetées »(l.97-98), enfin le premier plan est constitué par le paysage derrière Pierre « la route de Rouen »(l.110)
  • Utilisation des couleurs comme dans une peinture : « jaunes, rouges, verts »(l.103-104), « blanches, vertes ou rouges »(l.115), « noire »(l.127)
  • Jeux de lumières avec les bâtiments, les phares ou la lune qui se détache de la nuit : « pareils aux queues géantes de deux comètes »(l.95), « les feux »(l.117), « la lune »(l.120).

 

 

c) Une peinture impressionniste.

 

Description qui reste floue, malgré son réalisme. Effectuée de nuit, elle fait ressortir principalement les lumières, et entretient une confusion entre la mer et le ciel :  « l’eau sans limites plus sombre que le ciel »(l.112-113).

  • Les formes indistinctes entraînent l’imaginaire : cyclopes, yeux. Description entre illusion et réalité : « on croyait voir ça et là des étoiles »( l.112), finalement « la flotte infinie des vraies étoiles »(l.122)
    • Mouvement du décor empêche Pierre et le lecteur d’avoir une vision fixe et précise, définitive du paysage.
    • Rapprochement avec la peinture impressionniste de son époque qui laissait plus deviner les formes que peindre avec précision. Pierre paraît ici être le peintre qui embrasse le paysage de son regard et qui se perd dans la contemplation.

 

Conclusion :

 

Cet extrait constitue à la fois une description détaillée et réaliste du paysage maritime du Havre et une vision fantastique, créée par des métaphores, des personnifications inquiétantes une atmosphère de confusion entre les différents éléments du décor. Ecrite comme un tableau, elle fait de Pierre à la fois le centre, en suivant son regard, et un simple élément de la composition perdu au milieu de l’immensité de la scène. (reprise des conclusions partielles, et réponse à l’annonce de plan).

La référence à la peinture impressionniste qui se développe à l’époque deMaupassant se remarque à travers l’utilisation des techniques de ses peintres comme l’utilisation de la couleur, et la volonté d’esquisser le paysage plus que de le reproduire avec précision, afin de laisser l’imagination du spectateur/lecteur travaillée. (réponse à la problématique)

Ce passage constitue une pause dans le récit pendant laquelle le personnage principal, ainsi que le lecteur, s’évadent dans un moment de rêverie poétique, avant que l’intrigue ne s’accélère et plonge dans une réalité plus concrète. (ouverture sur la suite du roman)

 

(conclusion en trois parties avec la réponse à l’annonce de plan, la réponse à la problématique et l’ouverture).

 

Impressionnisme : mouvement artistique concentré plus particulièrement sur la peinture, qui se fait connaître lors d’expositions publiques à Paris en 1874 et 1886. Au départ, il est critiqué par les défenseurs de l’art classique. Animé par des peintres comme Monnet ou Cézanne, l’impressionnisme trouve aussi des défenseurs dans la littérature comme Maupassant et évidemment Zola (grand ami de Manet). 

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