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on ne badine pas avec l’amour, acte II (2), scène V (5), 1834, Musset,

Contact:lescoursjulien@yahoo.fr

 

Acte II, scène V, On ne badine pas avec l’amour, Musset, 1834.

 


PERDICAN
Sais-tu ce que c’est que des nonnes, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l’amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis encore, le mensonge de l’amour divin ? Savent-elles que c’est un crime qu’elles font, de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme ? Ah ! comme elles t’ont fait la leçon ! Comme j’avais prévu tout cela quand tu t’ès arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! Tu voulais partir sans me serrer la main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en larmes ; tu reniais les jours de ton enfance ; et le masque de plâtre que les nonnes t’ont plaqué sur les joues me refusait un baiser de frère ; mais ton coeur a battu ; il a oublié sa leçon, lui qui ne sait pas lire, et tu es revenue t’asseoir sur l’herbe où nous voilà. Eh bien ! Camille, ces femmes ont bien parlé ; elles t’ont mise dans le vrai chemin ; il pourra m’en coûter le bonheur de ma vie ; mais dis-leur cela de ma part : le ciel n’est pas pour elles.

CAMILLE
Ni pour moi, n’est-ce pas ?

 

PERDICAN
Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu’on te fera de ces récits hideux qui t’ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. ”
Il sort.

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion de la fin de l’acte II, scène V, On ne badine pas avec l’amour, Musset, 1834.

(Ceci n’est évidemment pas un modèle, mais un exemple. Votre réflexion personnelle peut mener à d’autres pistes de lecture).

 

Introduction :

 

Alfred de Musset est un grand auteur romantique connu pour avoir écrit ce qui ressemble à un manifeste du romantisme avec La confession d’un enfant du siècle en 1836, et de nombreuses pièces de théâtre. Le théâtre de Musset a la particularité d’avoir été fait pour être lu, plus que pour être joué. Adepte du théâtre de salon, après plusieurs échecs commerciaux, il s’inspire souvent de sa vie tourmentée et passionnée pour composer ses héros. Blessé par sa rupture sentimentale avec George Sand, désabusé par son époque, et portant un regard critique sur lui-même, il trouve dans l’écriture une expression à ses déceptions. (accroche avec informations sur l’auteur)

La pièce On ne badine pas avec l’amour n’était donc pas destinée à être jouée au départ. Sa première représentation a été faite après la mort de Musset en 1861. Elle raconte sur un ton tragi-comique les amours compliqués de Perdican, jeune homme sorti des études, et de Camille, jeune fille sortie du couvent. Le passage étudie se situe à la toute fin de l’acte II, au milieu de la pièce, et nous montre un perdican énervé contre Camille et sa réserve, et une Camille peu présente. (présentation de l’oeuvre et du passage).

Quelle est l’intérêt de cette scène ? Quelle est sa fonction dans la pièce ? (problématique).

Dans un premier temps, nous monterons le caractère polémique de cette scène, puis nous analyserons son registre argumentatif, pour enfin s’interroger sur la figure romantique de Perdican. (annonce de plan).

 

(introduction en quatre parties avec l’accroche, la présentation du texte, la problématique et l’annonce de plan).

 

I- Une dispute.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un registre polémique.

 

  • Perdican adopte une tonalité polémique. De nombreux points d’exclamation ponctuent surtout sa première réplique. Ils montrent son énervement.
  • Interpellation violente de Camille avec le terme péjoratif : « malheureuse fille ». De plus, insistance sur sa responsabilité avec la répétition de la deuxième personne du singulier : « Tu voulais partir… », accumulation de reproches qui la mettent dans la position d’une accusée.
  • La question de Camille exprime aussi la rancoeur : « Ni pour moi, n’est-ce pas ? », ton méprisant et lassé de Camille.

 

b) Un blâme.

 

  • répétition de mots à connotation péjorative : « mensonge », « pauvre », ou termes comme « crime », « hideux », « empoisonnée ».
  • description de l’attitude de Camille et des religieuses blâmée par Perdican, accompagnée de nombreuses négations : « sans me serrer la main », « tu ne voulais,..ni…ni ».
  • blâme des hommes et des femmes avec énumérations de leurs défauts : « menteurs […] sensuels », « perfides […]dépravées ».

 

(phrase de transition/conclusion lors de la rédaction de la partie).

 

II- Une scène argumentative.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) une scène peu théâtrale.

 

  • pas de didascalies, pas de décor, pas d’effet comique, ni tragique (sauf le « adieu »)
  • un faux dialogue, avec une seule réplique de Camille très courte. Donc, fausse tirade de Perdican, qui s’adresse à Camille.
  • Pas d’action, pas de coup de théâtre réel.

 

b) Une argumentation construite.

 

  • procédés rhétoriques de l’argumentation : questions rhétoriques (les trois premières), interpellation de l’interlocuteur (répétition du « tu »), connecteurs logiques (répétition de « mais »), énumérations (« tous les hommes sont… », « toutes les femmes… »), passage au discours direct à la fin « J’ai souffert souvent… ».
  • structure argumentative : première partie centrée sur l’influence néfaste de la religion sur Camille, deuxième partie descriptive sur les hommes et les femmes, enfin, conclusion sur l’amour et sa puissance.
  • Cherche à persuader et à convaincre : persuader par les hyperboles « le bonheur de ma vie », généralisation avec « tous les hommes », « toutes les femmes », répétition de « souvent », ponctuation expressive (« Ah ! », « Eh bien ! »)
  • enfin, cherche à convaincre par un raisonnement logique, et des exemples concrets : « Tu voulais partir sans me serrer la main… ».

 

(phrase de conclusion/transition lors de la rédaction de la partie)

 

III- Perdican, un héros romantique ?

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Un rejet de l’idéal féminin.

 

  • une attitude peu galante et même agressive vis-à-vis de Camille : « malheureuse fille ». Perdican développe une vision négative de Camille, et des femmes de manière générale.
  • Refus de la quête de l’être aimé par son attitude : « Adieu Camille ». Le romantique pousse sa quête de l’amour jusqu’au bout. L’idéalisation de la femme aimée laisse place ici au rejet.
  • Enfin, fuite devant les obstacles : « Il sort ». Par son attitude et son refus de se battre, il n’incarne pas l’idéal romantique du temps.

 

b) Un trouble romantique.

 

  • solitude du héros romantique qui se retire du monde et ne le comprend plus.
  • Idéalisation de l’amour (fin du passage).
  • Lyrisme romantique, individualisme du héros romantique : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé… ».
  • exaltation des sentiments et des émotions : ponctuation expressive, hyperboles, vision très tranchée du monde de Perdican.

 

(phrase de conclusion lors de la rédaction de la partie).

 

Conclusion :

 

Dans ce passage, la tonalité est violente, polémique. Perdican s’offre une tribune critique sur la religion, et les relations entre les hommes et les femmes. Construite comme un dialogue, la fin de cette scène adopte plutôt la forme d’une tirade dans laquelle Perdican avance ses arguments avec émotion, mais aussi avec raison. Il représente donc en partie le héros romantique solitaire et révolté, pour qui l’amour est la valeur suprême. Mais il est aussi un lâche et un goujat qui se comporte mal avec les femmes, et refuse la quête d’un amour absolu. (réponse à l’annonce de plan)

Cette scène est charnière dans le récit, car elle nous montre un Perdican torturé. Victime de ses attentes, amoureux de Camille, campé sur ses positions anticléricales, il cherche en la provoquant à provoquer son amour. Il est un double de l’auteur, qui n’arrive pas à s’intégrer dans le monde, dans l’époque, mais qui souhaite ardemment conquérir, se faire aimer. (réponse à la problématique).

Ce passage expose le ton de la pièce. Romantique, elle l’est par son obsession de l’amour pur, et la révolte de ses personnages. De plus, la portée argumentative du passage exprime le sérieux de l’oeuvre, qui en même temps nous enseigne le ridicule de ses situations (Perdican sort à la fin sans réponse). On ne badine pas avec l’amour sait habilement mélanger les genres. Comédie, la pièce devient tragédie dans son dénouement avec la mort de Rosette. (ouverture).

Contact : lescoursjulien@yahoo.fr

 

 

 

 

Une pensée sur “on ne badine pas avec l’amour, acte II (2), scène V (5), 1834, Musset,

  • octobre 7, 2016 à 11:55
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    Site riche et particulièrement utile! Merci!

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