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Madame Bovary, les comices agricoles, livre II (2), chapitre VIII(8), Flaubert, commentaire, 1857.

Madame Bovary, passage des comices agricoles, Livre II (2), chapitre VIII (8), Flaubert, 1857.


– Ainsi, nous, disait-il, pourquoi nous sommes-nous connus ? quel hasard l’a voulu ? C’est qu’à travers l’éloignement, sans doute, comme deux fleuves qui coulent pour se rejoindre, nos pentes particulières nous avaient poussés l’un vers l’autre.
Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas.
« Ensemble de bonnes cultures ! » cria le président.
– Tantôt, par exemple, quand je suis venu chez vous…
« À M. Bizet, de Quincampoix. »
– Savais-je que je vous accompagnerais ?

« Soixante et dix francs ! »
– Cent fois même j’ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté.
« Fumiers. »
– Comme je resterais ce soir, demain, les autres jours, toute ma vie !
« À M. Caron, d’Argueil, une médaille d’or ! »
– Car jamais je n’ai trouvé dans la société de personne un charme aussi complet.
« À M. Bain, de Givry-Saint-Martin ! »
– Aussi, moi, j’emporterai votre souvenir.
« Pour un bélier mérinos… »
– Mais vous m’oublierez, j’aurai passé comme une ombre.
« À M. Belot, de Notre-Dame… »
– Oh ! non, n’est-ce pas, je serai quelque chose dans votre pensée, dans votre vie ?
« Race porcine, prix ex aequo : à MM. Lehérissé et Cullembourg ; soixante francs ! »

Rodolphe lui serrait la main, et il la sentait toute chaude et frémissante comme une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée ; mais, soit qu’elle essayât de la dégager ou bien qu’elle répondît à cette pression, elle fit un mouvement des doigts ; il s’écria :
– Oh ! merci ! Vous ne me repoussez pas ! Vous êtes bonne ! vous comprenez que je suis à vous ! Laissez que je vous voie, que je vous contemple !
Un coup de vent qui arriva par les fenêtres fronça le tapis de la table, et, sur la Place, en bas, tous les grands bonnets des paysannes se soulevèrent, comme des ailes de papillons blancs qui s’agitent.
« Emploi de tourteaux de graines oléagineuses », continua le président.
Il se hâtait :
« Engrais flamand, – culture du lin, – drainage, – baux à longs termes, – services de domestiques. »
Rodolphe ne parlait plus. Ils se regardaient. Un désir suprême faisait frissonner leurs lèvres sèches ; et mollement, sans effort, leurs doigts se confondirent.

« Catherine-Nicaise-Élisabeth Leroux, de Sassetot-la-Guerrière, pour cinquante-quatre ans de service dans la même ferme, une médaille d’argent – du prix de vingt-cinq francs ! » « Où est-elle, Catherine Leroux ? » répéta le Conseiller.
Elle ne se présentait pas, et l’on entendait des voix qui chuchotaient :
– Vas-y !
– Non.
– À gauche !
– N’aie pas peur !
– Ah ! qu’elle est bête !
– Enfin y est-elle ? s’écria Tuvache.
– Oui !… la voilà !
– Qu’elle approche donc !

Alors on vit s’avancer sur l’estrade une petite vieille femme de maintien craintif, et qui paraissait se ratatiner dans ses pauvres vêtements. Elle avait aux pieds de grosses galoches de bois, et, le long des hanches, un grand tablier bleu. Son visage maigre, entouré d’un béguin sans bordure, était plus plissé de rides qu’une pomme de reinette flétrie, et des manches de sa camisole rouge dépassaient deux longues mains, à articulations noueuses. La poussière des granges, la potasse des lessives et le suint des laines les avaient si bien encroûtées, éraillées, durcies, qu’elles semblaient sales quoiqu’elles fussent rincées d’eau claire ; et, à force d’avoir servi, elles restaient entrouvertes, comme pour présenter d’elles-mêmes l’humble témoignage de tant de souffrances subies. Quelque chose d’une rigidité monacale relevait l’expression de sa figure. Rien de triste ou d’attendri n’amollissait ce regard pâle. Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris leur mutisme et leur placidité. C’était la première fois qu’elle se voyait au milieu d’une compagnie si nombreuse ; et, intérieurement effarouchée par les drapeaux, par les tambours, par les messieurs en habit noir et par la croix d’honneur du Conseiller, elle demeurait tout immobile, ne sachant s’il fallait s’avancer ou s’enfuir, ni pourquoi la foule la poussait et pourquoi les examinateurs lui souriaient. Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servitude.


Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion du passage des comices agricoles, Livre II, chapitre VIII, Madame Bovary, Flaubert, 1857.

(ceci est un exemple, et non un modèle. Votre réflexion personnelle peut évidemment vous mener vers d’autres pistes de lecture).

Introduction :

En 1857 paraît Madame Bovary qui deviendra le symbole du réalisme, et une référence pour la génération d’écrivains naturalistes qui arrive. Œuvre scandaleuse à l’époque, Flaubert gagne finalement le procès pour immoralité intenté contre son livre, et rencontre le succès. Il cherche à montrer les faiblesses humaines, à travers une peinture précise de la réalité. (accroche avec informations sur l’auteur)

Ainsi, Madame Bovary, qui raconte l’histoire d’une femme dans la province normande du XIX ème siècle à la recherche d’aventures sentimentales pour fuir son ennui, trouve son origine dans un fait divers réel : celui de l’affaire Delamare en 1848, où une jeune femme se suicide d’ennui près de Rouen, comme Emma Bovary à fin du roman. Ce passage des comices nous montre à la fois le rapprochement d’Emma avec son premier amant Rodolphe, et la description d’une fête campagnarde. L’extrait se concentre d’abord sur la scène de séduction entre les deux amoureux avant de glisser sur le portrait d’une pauvre paysanne : Catherine Leroux. (présentation de l’oeuvre et du texte)

Comment à travers cette scène réaliste Flaubert transmet-il sa vision sociale de la société de son époque ? (problématique)

Dans un premier temps, nous détaillerons le réalisme de la scène, puis nous étudierons sa violence. (annonce de plan)

(introduction avec quatre éléments ; accroche, présentation du texte, problématique, annonce de plan).

I- Une scène réaliste.

(phrase d’introduction, de rappel du thème de la partie lors de la rédaction)

 

a) Une écriture vivante et réaliste.

  • alternance dans le point de vue : externe au début, et omniscient lors du portrait de Catherine Leroux à la fin. Point de vue externe donne du réalisme en plongeant le lecteur/spectateur dans la scène.
  • De même, alternance discours direct/narration descriptive, qui rend le texte vivant et discours direct réaliste.
  • Présence sonore des bruits de la foule : « A M. Bizet de Quincampoix »…
  • Vocabulaire précis de la terre:énumération « Engrais flamand,-culture du lin,-drainage,-baux à longs termes,-services de domestiques. »

b) Remise en cause du romantisme par la parodie de séduction.

  • paroles creuses et clichés de Rodolphe pour séduire Emma, pas de personnalisation dans ses répliques, le nom d’Emma n’est jamais cité. Discours possible pour n’importe quelle femme.
  • Hyperboles typiques du romantisme : « Cent fois », « Car jamais je n’ai trouvé dans la société de personne un charme aussi complet », répétition des points d’exclamation :  « Oh!merci !Vous ne me repoussez pas!Vous êtes bonnes !.. »
  • réalisme de la scène bien loin des paroles sentimentales de Rodolphe. Après ses répliques, rapprochement corporel évoquant la sexualité : « Un désir suprême faisant frissonner leurs lèvres sèches ».
  • enfin, alternance paroles de Rodolphe, et annonces de la foire, qui ridiculise la séduction de Rodolphe : « Cent fois même j’ai voulu partir, et je vous ai suivie, je suis resté. « Fumiers ». »

 

c) Le portrait détaillé de Catherine Leroux.

 

  • Un portrait physique : vêtements : « de grosses galoches de bois », « un grand tablier bleu », un physique désavantageux : « une petite vieille femme », « Son visage maigre », « rides », « de longues mains à articulations noueuses ».
  • Un portrait psychologique : peur de la foule « maintien craintif », « intérieurement effarouchée », peur de l’inconnu « C’était la première fois », pas d’émotions apparentes « Rien de triste ou d’attendri n’amollissait ce regard pâle ».
  • Un portrait social : misère « pauvres vêtements », basse condition sociale montrée avec longue description des mains pour insister sur le métier manuel pénible de Catherine énumération « encroûtées, éraillées, durcies », description réaliste de son travail, énumération « la poussière des granges… »
  • enfin misère qui déshumanise Catherine avec la comparaison animale : « Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris leur mutisme et leur placidité »

 

( phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

 

II- Une scène violente construite par des oppositions.

 

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

 

a) Une construction faite d’oppositions.

 

  • une scène divisée en deux parties : du début jusqu’à « Catherine-Nicaise-Elisabeth Leroux ». Changement de personnage principal, de Rodolphe à Catherine.
  • Opposition marquée entre l’expression facile et heureuse de Rodolphe, et le silence craintif de Catherine. De même, Emma silencieuse par rapport à Rodolphe bavard. Enfin, foule bruyante face à une Catherine solitaire et silencieuse.
  • Opposition forte entre la richesse et la pauvreté, entre deux conditions sociales diamétralement opposées : « Ainsi se tenait devant ces bourgeois épanouis ce demi-siècle de servitude », dernière phrase du passage qui résume le message de l’auteur.
  • Et jeu de séduction bien loin des préoccupation de Catherine, qui aurait certainement aimé avoir des aventures sentimentales : décalage violent entre le romantisme idiot auquel croit Emma, et la réalité terrible représentée par Catherine. A noter que l’écriture de la scène est aussi construite sur un rythme binaire (comme nous l’avons montré précédemment).

 

b) La violence des relations humaines.

 

  • Rodolphe piège Emma, et la comparaison de la jeune femme avec un oiseau le montre :  « comme une tourterelle captive qui veut reprendre sa volée ». Emma semble être une proie et Rodolphe un prédateur.
  • Le comportement de la foule est d’une grande méchanceté « Ah!qu’elle est bête ! »
  • de même les institutions, les autorités font preuve d’une violence méprisante en accordant un prix d’une si faible valeur à Catherine :  « pour cinquante-quatre ans…-d’une valeur de vingt-cinq francs », ridicule pour une aussi longue durée.

 

 

c) La vision de Flaubert sur la société de son époque.

 

  • une description de la femme passive, se laissant séduire par l’homme : « Et il saisit sa main ; elle ne la retira pas ». Vision de la femme au XIXème siècle soumise aux désirs de l’homme.
  • Description précise d’une fête de coopérative agricole (comice) en Normandie liée à la vie de l’auteur. Contraste entre le Parisien dandy Rodolphe, et les paysans provinciaux qui s’occupent du prix des porcs, des moutons (mérinos) ou des végétaux.
  • Opinion de Flaubert se remarque à travers ses expressions : « le Conseiller », « le président », « les messieurs en habit noir », « Conseiller », majuscules et titre marquant l’ironie de l’auteur. Focalisation sur Catherine qui provoque l’émotion et en contraste la détestation des autorités.
  • Dernière phrase déjà citée qui offre au lecteur la vision définitive de l’auteur, parallèle entre les bourgeois « épanouis » et le terme de « servitude » rappelé après l’expression « à force d’avoir servi ». La souffrance de Catherine choque face à la douceur de vie de Rodolphe et Emma, face au mépris des notables et de la foule. Ici , Flaubert souhaite montrer l’injustice de la société dans laquelle il vit.

 

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction.)


 

Conclusion :

 

Cet extrait de Madame Bovary reste très connu pour son intelligence et son réalisme. La diversité des points de vue et de l’énonciation participe à créer une scène vivante. La stratégie amoureuse de Rodolphe et la réponse inactive d’Emma dessinent un réalisme prononcé loin du romantisme. Seulement, la fin de la scène avec le portrait très détaillé de Catherine Leroux constitue le moment le plus important du passage. Il exprime à la fois toute la portée réaliste de l’extrait et le jugement péjoratif de l’auteur sur le romantisme et l’injustice de son époque. (reprise des conclusions partielles et réponse à l’annonce de plan)

Flaubert nous livre ici sa vision de la femme, de la vie de province et surtout de la bêtise. Emma se laisse bercer par les propos creux de Rodolphe, la foule en groupe invective la pauvre Catherine, et les officiels méprisent cette pauvre femme paysanne. A travers une description en apparence anodine d’un comice agricole, l’auteur met en avant la différence profonde qu’il existe entre l’homme et la femme, entre Paris et la province, entre surtout la bourgeoisie et le prolétariat. (réponse à la problématique)

La violence du réalisme de Flaubert dans cet extrait nous rappelle la condition misérable des classes défavorisées de l’époque. Il annonce d’ailleurs ici le naturalisme de Zola et des frères Goncourt qui souhaitaient montrer à la bourgeoisie comment vivaient les plus pauvres. Sa critique du romantisme, qui se manifeste dans tout le roman, suivra d’ailleurs Emma qui paiera ses adultères d’un suicide tragique. (ouverture)

(conclusion en trois parties : réponse à l’annonce de plan, réponse à la problématique, ouverture).

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3 pensées sur “Madame Bovary, les comices agricoles, livre II (2), chapitre VIII(8), Flaubert, commentaire, 1857.

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