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Madame Bovary, chapitre 11 (XI), deuxième partie, « l’opération d’Hippolyte », commentaire, Flaubert, 1857.

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Madame Bovary, extrait chapitre 11 (XI), deuxième partie, « l’opération d’Hippolyte », Flaubert, 1857.

Ni Ambroise Paré, appliquant pour la première fois depuis Celse, après quinze siècles d’intervalle, la ligature immédiate d’une artère ; ni Dupuytren allant ouvrir un abcès à travers une couche épaisse d’encéphale ; ni Gensoul, quand il fit la première ablation de maxillaire supérieur, n’avaient certes le cœur si palpitant, la main si frémissante, l’intellect aussi tendu que M. Bovary quand il approcha d’Hippolyte, son ténotome entre les doigts. Et, comme dans les hôpitaux, on voyait à côté, sur une table, un tas de charpie, des fils cirés, beaucoup de bandes, une pyramide de bandes, tout ce qu’il y avait de bandes chez l’apothicaire. C’était M. Homais qui avait organisé dès le matin tous ces préparatifs, autant pour éblouir la multitude que pour s’illusionner lui-même. Charles piqua la peau ; on entendit un craquement sec. Le tendon était coupé, l’opération était finie. Hippolyte n’en revenait pas de surprise ; il se penchait sur les mains de Bovary pour les couvrir de baisers.

Allons, calme-toi, disait l’apothicaire, tu témoigneras plus tard ta reconnaissance envers ton bienfaiteur !

Et il descendit conter le résultat à cinq ou six curieux qui stationnaient dans la cour, et qui s’imaginaient qu’Hippolyte allait reparaître marchant droit. Puis Charles, ayant bouclé son malade dans le moteur mécanique, s’en retourna chez lui, où Emma, tout anxieuse, l’attendait sur la porte. Elle lui sauta au cou ; ils se mirent à table ; il mangea beaucoup, et même il voulut, au dessert, prendre une tasse de café, débauche qu’il ne se permettait que le dimanche lorsqu’il y avait du monde.

La soirée fut charmante, pleine de causeries, de rêves en commun. Ils parlèrent de leur fortune future, d’améliorations à introduire dans leur ménage, il voyait sa considération s’étendant, son bien-être s’augmentant, sa femme l’aimant toujours ; et elle se trouvait heureuse de se rafraîchir dans un sentiment nouveau, plus sain, meilleur, enfin d’éprouver quelque tendresse pour ce pauvre garçon qui la chérissait. L’idée de Rodolphe, un moment, lui passa par la tête ; mais ses yeux se reportèrent sur Charles :elle remarqua même avec surprise qu’il n’avait point les dents vilaines.

Ils étaient au lit lorsque M. Homais, malgré la cuisinière, entra tout à coup dans la chambre, en tenant à la main une feuille de papier fraîche écrite. C’était la réclame qu’il destinait au Fanal de Rouen. Il la leur apportait à lire.

Lisez vous-même, dit Bovary.

Il lut :

« Malgré les préjugés qui recouvrent encore une partie de la face de l’Europe comme un réseau, la lumière cependant commence à pénétrer dans nos campagnes. C’est ainsi que, mardi, notre petite cité d’Yonville s’est vue le théâtre d’une expérience chirurgicale qui est en même temps un acte de haute philanthropie. M. Bovary, un de nos praticiens les plus distingués… »

Ah ! c’est trop ! c’est trop ! disait Charles, que l’émotion suffoquait.

Mais non, pas du tout ! comment donc !… « A opéré d’un pied-bot… » Je n’ai pas mis le terme scientifique, parce que, vous savez, dans un journal…, tout le monde peut-être ne comprendrait pas ; il faut que les masses…

En effet, dit Bovary. Continuez.

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion du passage « l’opération d’Hippolyte », chapitre 11 (XI), deuxième partie, Mardame Bovary, Flaubert, 1857.

(ceci est évidemment u modèle et non un exemple. Votre réfléxion personnelle peut mener à d’autres pistes de lecture)

Introduction :

En 1857 paraît Madame Bovary qui deviendra le symbole du réalisme, et une référence pour la génération d’écrivains naturalistes qui arrive. Œuvre scandaleuse à l’époque, Flaubert gagne finalement le procès pour immoralité intenté contre son livre, et rencontre le succès. Il cherche à montrer les faiblesses humaines, à travers une peinture précise de la réalité. (accroche avec informations sur l’auteur)

Ainsi, Madame Bovary, qui raconte l’histoire d’une femme dans la province normande du XIX ème siècle à la recherche d’aventures sentimentales pour fuir son ennui, trouve son origine dans un fait divers réel : celui de l’affaire Delamare en 1848, où une jeune femme se suicide d’ennui près de Rouen, comme Emma Bovary à fin du roman.L’extrait présenté est composé par la description de l’opération du pied-bot d’Hippolyte, puis ensuite par les conséquences bénéfiques qu’elle a pour la vie de Charles : retour d’Emma vers lui, et début d’une renommée locale. (présentation de l’oeuvre et du texte)

Comment l’auteur à travers cette scène d’opération dénonce-t-il une nouvelle fois la médiocrité de ses personnages, leurs bassesses ? (problématique)

Tout d’abord, nous détaillerons les caractéristiques du réalisme dans cette scène, puis nous nous attarderons sur l’ironie grinçante que Flaubert déploie contre ses personnages, pour en faire une satire de la vie de notables en province. (annonce de plan)

I- Une scène réaliste.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Une description détaillée de l’opération.

    • elle est décrite durant toute la première partie du passage, durant tout le premier paragraphe.

    • Champ lexical médical très développé : « ligature », « artère », « encéphale », « ablation », « ténotome », « hôpitaux », « opération ». La précision des termes qui appartiennent au domaine technique de la médecine montre bien la volonté réaliste de l’auteur.

    • Un décor réaliste aussi : « un tas de charpie, des fils cirés, beaucoup de bandes », accumulation construisant encore une atmosphère médicale, comme un bloc opératoire.

    • Enfin, le point de vue externe adopté met le lecteur en position de spectateur, impression de proximité renforcée par l’utilisation des sens : « On entendit un craquement sec ».

b) Une scène provinciale.

    • l’extrait prend pour cadre la province, la « petite cité d’Yonville ». Flaubert reproduit ici fidèlement les mœurs provinciale de son époque.

    • Troupe de badauds devant le spectacle du jour, attendant la fin de l’opération : « Et il descendit conter le résultat à cinq ou six curieux », évocation de la rumeur qui se propagera dans la petite ville à grande vitesse.

    • Emma l’attend devant la maison, image traditionnelle de le femme attendant son mari de retour du travail : « Emma tout anxieuse, l’attendait devant la porte ». ici, le déroulé du dîner « une tasse de café, qu’il ne se permettait que le dimanche lorsqu’il y avait du monde » nous montre les habitudes provinciales, et les points de vue internes de Charles et d’Emma accentuent le réalisme.

    • proximité et familiarité des habitants dans une petite ville de province : « Ils étaient au lit lorsque M.Homais, entra tout à coup dans la chambre » , scène difficilement envisageable en ville derrière des portes d’immeubles fermées.

c) Une progression dans le passage.

    • La construction du passage participe encore au réalisme. En effet, nous suivons déjà la scène de manière chronologique : l’opération, le rapport du médecin, puis les récompenses pour la réussite (supposée!) : joie d’Emma, et flatteries d’Homais.

    • La rapidité de l’action semble encore réaliste et permet au lecteur de s’immerger rapidement et complètement dans la scène : indication temporelle « La soirée », on peut donc imaginer que l’opération se déroule dans l’après-midi, les retrouvailles avec Emma le soir, et la venue de M. Homais le lendemain matin.

    • Trois parties facilement identifiables : l’opération (du début jusqu’à s’en retourna chez lui), le triomphe domestique (de Emma jusqu’à vilaines), puis la reconnaissance globale (de Ils étaient au lit jusqu’à la fin).

    • Flaubert reproduit avec justesse la progression d’un fol espoir, celui pour Charles de devenir un médecin renommé.

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

II- Une satire ironique des personnages.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Charles.

    • comparaisons hyperboliques avec des grands noms de la médecine : « Ambroise Paré », « Celse », « Dupuyten », « Gensoul ». Enumération des noms en une seule phrase, avec la répétition de « ni » qui accentue l’effet massif et impressionnant. Comparaisons ironiques pour ridiculiser Charles, petit médecin de campagne évidemment bien loin de ces illustres aînés.

    • Dernière partie de la phrase vient d’ailleurs casser la première impression produite : « n’avaient certes le cœur si palpitant, la main si frémissante, l’intellect aussi tendu que M. Bovary ». La peur de Charles transparaît et non l’assurance d’un grand médecin. On pouvait croire que Flaubert continuerait sa phrase en comparant l’opération de Charles à celles des autres grands médecins, mais non c’est pour le montrer dans une situation délicate.

    • De plus, décalage entre la tension de Charles, l’énumération de ces savants, et la difficulté de l’opération : « Le tendon était coupé, l’opération était finie », c’est un « exploit médical » relativement simple. Une nouvelle fois, ironie de l’auteur autour de l’opération.

    • Enfin, ironie marquée quand à la naïveté et la fausse modestie de Charles : « sa femme l’aimant toujours », « Ah!c’est trop!c’est trop ! Disait Charles, que l’émotion suffoquait », Charles dit évidemment le contraire de ce qu’il pense.

b) Homais.

    • présence continue d’Homais, alors qu’il ne fait rien, n’a aucune utilité. Il semble un parasite voulant se greffer, à une supposée réussite.

    • Il recherche une renommée par association avec Charles, et ainsi met en scène l’opération : « qui avait organisé tous ces préparatifs, autant pour éblouir la multitude que pour s’illusionner lui-même ».

    • Flaubert fait une satire du petit notable de province (ici un pharmacien) qui recherche son intérêt, et une renommée : le foisonnement des bandes (répétition trois fois du mot) montre d’ailleurs son goût douteux et son incompétence (pas besoin d’autant). Il adopte une attitude supérieure par rapport à Hippolyte, relégué au second plan, alors qu’il est le malade : « Allons, calme-toi, disait l’apothicaire, tu témoigneras plus tard ta reconnaissance envers ton bienfaiteur ! »

    • Enfin, cette vanité, et cet intérêt à la renommée se voiten quand il lit l’article rédigé pour le « Fanal de Rouen ». de multiples hyperboles traversent son texte : « la face de l’Europe », « un acte de haute philanthropie », « un de nos praticiens les plus distingués », référence aux Lumières « Malgré les préjugés », « la lumière »,. Flaubert ironise sur son écriture démesurée par rapport à l’acte, et le présente encore une fois comme un notable suffisant « il faut que les masses », alors que ses manières ne sont pas très élégantes « Ils étaient au lit lorsque M.Homais.. »

c) Emma.

    • personnage absent de la première partie du texte. Pas présente aux côtés de son mari lors de la difficulté. Restée en arrière.

    • Changement soudain d’attitude d’Emma, distante avant, elle « lui sauta au cou ». Effusion de sentiments bienveillants pour Charles, qui ne tient pas à la personne elle-même, mais à sa possible élévation sociale, et aux avantages matériels espérés : « Ils parlèrent de leur fortune future, d’améliorations à introduire dans le ménage ».

    • Cependant, ces pensées laissent place rapidement à l’égoïsme d’Emma : « elle se trouvait heureuse […]qui la chérissait ». Son bonheur n’est pas porté sur la joie et la réussite de son mari, mais sur ce qui peut changer dans son monde à elle.

    • Futilité d’Emma montrée encore par Flaubert dans la remarque physique faite sur son mari « qu’il n’avait point les dents vilaines », et par la facilité avec laquelle elle chasse Rodolphe de son esprit « L’idée de Rodolphe, lui passa un moment par la tête ». Satire et ironie se mêlent pour critiquer la vision de l’amour d’Emma. Charles peut vite remplacé Rodolphe dans son esprit par ce qu’il peut maintenant lui apporter. Emma apparaît comme une femme frivole, et sans amour véritable.

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

Conclusion :

Ce passage présente une description précise et réaliste d’une opération réalisée par Charles. Flaubert nous décrit aussi de manière réaliste l’effet que produit un événement inhabituel dans une petite ville de province et dans la petite vie des Bovary, à l’aide de points de vue externe et interne, et d’un tableau rapide des relations sociales en province. Enin, la progression du passage, sa construction aide le elcteur à suivre pas à pas l’action. Seulement, le réalisme de Flaubert se concentre avant tout sur les bassesses humaines, et le caractère médiocre de ses personnages, qui pourtant ont l’impression de vivre un grand moment. Par la satire et l’ironie, il se moque des trois personnages. Charles n’a pas l’étoffe d’un grand médecin et est bercé par un triomphe apparent et facile. Homais représente la figure caricatural du petit notable de province à la recherche d’une notoriété facile. Et le brusque changement d’humeur d’Emma met en valeur son caractère frivole et intéressé. (réponse à l’annonce de plan)

A travers cet extrait, Flaubert nous livre une peinture acerbe de la société provinciale. Les notables sont fiers d’eux, étouffés par une vanité qui ne repose sur rien. Les femmes de notable, représentées par Emma, ne sont intéressées que par le statut social de leurs maris, qui rejaillit sur elle. Flaubert met en avant un cliché sur la vénalité des femmes, qui blâme encore un peu plus le personnage d’Emma. (réponse à la problématique)

Rares dans le roman sont les moments de bonheur partagés entre Charles et Emma. Ici, pendant un bref moment, ils semblent se retrouver pour des raisons indépendantes du véritable amour, mais ils se retrouvent tout de même. Mais cet état de grâce ne va pas durer, et la rapide détérioration de l’état d’Hippolyte va de nouveau détruire l’éphémère harmonie du couple (ouverture)

(conclusion en trois parties avec la réponse à l’annonce de plan, la réponse à la problématique, et l’ouverture).

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