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Les Misérables, deuxième partie, livre 3, chapitre 5, commentaire, hugo, 1862.

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Les Misérables, deuxième partie Cosette, livre 3, chapitre 5, extrait « la forêt menaçante », Victor Hugo, 1862.

L’enfant regardait d’un œil égaré cette grosse étoile qu’elle ne connaissait pas et qui lui faisait peur. La planète, en effet, était en ce moment très près de l’horizon et traversait une épaisse couche de brume qui lui donnait une rougeur horrible. La brume, lugubrement empourprée, élargissait l’astre. On eût dit une plaie lumineuse.
Un vent froid soufflait de la plaine. Le bois était ténébreux, sans aucun froissement de feuilles, sans aucune de ces vagues et fraîches lueurs de l’été. De grands branchages s’y dressaient affreusement. Des buissons chétifs et difformes sifflaient dans les clairières. Les hautes herbes fourmillaient sous la bise comme des anguilles. Les ronces se tordaient comme de longs bras armés de griffes cherchant à prendre des proies ; quelques bruyères sèches, chassées par le vent, passaient rapidement et avaient l’air de s’enfuir avec épouvante devant quelque chose qui arrivait. De tous les côtés il y avait des étendues lugubres.
L’obscurité est vertigineuse. Il faut à l’homme de la clarté. Quiconque s’enfonce dans le contraire du jour se sent le cœur serré.Quand l’œil voit noir, l’esprit voit trouble. Dans l’éclipse, dans la nuit, dans l’opacité fuligineuse, il y a de l’anxiété, même pour les plus forts. Nul ne marche seul la nuit dans la forêt sans tremblement. Ombres et arbres, deux épaisseurs redoutables. Une réalité chimérique apparaît dans la profondeur indistincte. L’inconcevable s’ébauche à quelques pas de vous avec une netteté spectrale. On voit flotter, dans l’espace ou dans son propre cerveau, on ne sait quoi de vague et d’insaisissable comme les rêves des fleurs endormies. Il y a des attitudes farouches sur l’horizon. On aspire les effluves du grand vide noir. On a peur et envie de regarder derrière soi. Les cavités de la nuit, les choses devenues hagardes, des profils taciturnes qui se dissipent quand on avance, des échevellements obscurs, des touffes irritées, des flaques livides, le lugubre reflété dans le funèbre, l’immensité sépulcrale du silence, les êtres inconnus possibles, des penchements de branches mystérieux, d’effrayants torses d’arbres, de longues poignées d’herbes frémissantes, on est sans défense contre tout cela. Pas de hardiesse qui ne tressaille et qui ne sente le voisinage de l’angoisse. On éprouve quelque chose de hideux comme si l’âme s’amalgamait à l’ombre. Cette pénétration des ténèbres est inexprimablement sinistre dans un enfant.
Les forêts sont des apocalypses ; et le battement d’ailes d’une petite âme fait un bruit d’agonie sous leur voûte monstrueuse.
Sans se rendre compte de ce qu’elle éprouvait, Cosette se sentait saisir par cette énormité noire de la nature. Ce n’était plus seulement de la terreur qui la gagnait, c’était quelque chose de plus terrible même que la terreur.Elle frissonnait. Les expressions manquent pour dire ce qu’avait d’étrange ce frisson qui la glaçait jusqu’au fond du cœur. Son œil était devenu farouche. Elle croyait sentir qu’elle ne pourrait peut-être pas s’empêcher de revenir là à la même heure le lendemain.
Alors, par une sorte d’instinct, pour sortir de cet état singulier qu’elle ne comprenait pas, mais qui l’effrayait, elle se mit à compter à haute voix un, deux, trois, quatre, jusqu’à dix, et, quand elle eut fini, elle recommença. Cela lui rendit la perception vraie des choses qui l’entouraient. Elle sentit le froid à ses mains qu’elle avait mouillées en puisant de l’eau. Elle se leva. La peur lui était revenue, une peur naturelle et insurmontable. Elle n’eut plus qu’une pensée, s’enfuir ; s’enfuir à toutes jambes, à travers bois, à travers champs, jusqu’aux maisons, jusqu’aux fenêtres, jusqu’aux chandelles allumées

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion d’un extrait de la deuxième partie, livre 3, chapitre 5 des Misérables, Victor Hugo, 1862.

(ceci est évidemment un exemple, et non un modèle. Votre réflexion personnelle peut vous mener vers d’autres pistes de lectures)

Introduction :

Les Misérables avec Notre-Dame de Paris sont les deux grands romans de Victor Hugo. Fresque monumentale sur son époque, le roman raconte l’impossible réhabilitation d’un ancien condamné (Jean Valjean) dans la France troublée de la première moitié du XIXème siècle. Hugo met ici en avant l’injustice et la puissance écrasante d’un Etat froid et autoritaire. Il dénonce aussi la misère qui s’attaque aux adultes comme aux enfants, thème récurrent chez l’auteur (poème Melancholia). Mais sa fibre romantique fait triompher le bien, auquel il donne un visage fortement teinté de christianisme. (accroche)

Ce passage descriptif nous montre une forêt monstrueuse. Avec un registre fantastique puissant, Hugo dévoile les peurs de Cosette seule, dans la nuit, dans un bois mystérieux. Il élargit aussi son propos en faisant de la forêt la nuit un lieu de peurs ancestrales pour tous les hommes (présentation du passage).

Nous nous demanderons comment l’auteur arrive à construire une atmosphère aussi angoissante ? (problématique)

Tout d’abord, nous analyserons la description de la forêt, la manière dont Hugo crée un décor impressionnant, puis nous montrerons que ce passage possède un registre fantastique très prononcé. (annonce de plan)

I- Une description impressionnante.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Un point de vue global.

    • début du passage avec le point de vue interne de Cosette : « L’enfant regardait ». De même, la fin du passage reprend le point de vue de l’enfant : « elle se mit à compter à haute voix ». Impression réaliste.
    • Point de vue externe avec une description qui prend du recul dans le second paragraphe : « Un vent froid soufflait ».
    • Puis le troisième paragraphe, le plus long utilise un point de vue omniscient : « Il faut à l’homme de la clarté ». Ici, Hugo évoque des généralités universelles, avec des formules au présent de vérité générale : « Quand l’oeil voit noir, l’esprit voit trouble », « Les forêts sont des apocalypses ».
    • Cette alternance entre une vision plus proche, et une vision plus éloignée se remarque aussi par les différents éléments décrits : « cette grosse étoile », « La planète », puis « Le bois », avec par exemple « De grands branchages », puis « l’obscurité ». Ici encore, alternance entre des éléments presque cosmologiques (planète) et d’autres à échelle plus humaine.

b) Une écriture romantique.

    • Si la diversité des points de vue, et des éléments décrits peut donner une impression de réalisme, l’utilisation de certains procédés nous rappelle le romantisme d’Hugo.
    • Les hyperboles se répètent dans le passage : « vertigineuse », « Nul ne marche seul la nuit », « L’inconcevable », « apocalypses »( de plus terme religieux, chrétien), « énormité noire », « de plus terrible même que la terreur ».
    • La longue accumulation dans le deuxième paragraphe est aussi utilisée pour renforcer le sentiment de peur : « Les cavités de la nuit[…]on est sans défense contre tout cela ».
    • Une insistance répétitive sur le sentiment de peur de Cosette : « terreur », « terrible », « terreur », « peur », « peur ».
    • L’écrivain romantique crée un décor naturel exagéré pour faire ressortir des émotions elles-aussi exagérés, de son héroïne romantique solitaire (Cosette est seule dans le passage).

c) Un environnement hostile.

    • la nature est hostile durant le passage, contrairement à une image plutôt chaleureuse généralement véhiculée par le romantisme sur la nature : « sans aucun froissement de feuilles, sans aucune de ces vagues et fraîches lueurs de l’été ».
    • cette hostilité est caractérisée tout d’abord par le froid : « Un vent froid », « le vent », « Elle sentit le froid à ses mains ». Sensation désagréable.
    • L’omniprésence de l’obscurité, notamment dans le troisième paragraphe participe aussi à cet environnement hostile, à univers sensoriel déroutant : « L’obscurité », « le contraire du jour », « voit noir » (paradoxe), « grand vide noir », « Les cavités de la nuit », « ténèbres ».
    • Enfin, l’ouïe n’est guère non plus rassurante : « l’immensité sépulcrale du silence ».

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

II- Le registre fantastique.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Un univers monstrueux.

    • une luminosité qui ne paraît pas naturelle : « une épaisse couche de brume », « La brume », « une rougeur horrible », « une plaie lumineuse » (métaphore). Une atmosphère surnaturelle se dessine déjà par la présence d’une brume qui fait perdre ses repères à la petite, et par cette lumière étrange.
    • La forêt paraît vivante et habitée par des créatures maléfiques : « De grands branchages s’y dressaient affreusement » (personnification des branchages), « Des buissons chétifs et difformes », « Les ronces se tordaient comme des bras armés de griffes cherchant à prendre des proies »(comparaison et personnification), « quelques bruyères séchées…avaient l’air de s’enfuir ». Bestiaire infernal, qui donne l’impression d’une forêt vivante.
    • Enfin, la nuit provoque une confusion entre réalité et cauchemar : « Une réalité chimérique », « comme les rêves des fleurs endormies », « des êtres inconnus possibles », de nouveau personnification de la flore forestière « d’effrayants torses d’arbres ».

b) L’angoisse.

    • caractère oppressant de cette forêt qui ressemble à une vaste prison : « De tous les côtés, il y avait des étendues lugubres ». Inquiétante, elle provoque chez Cosette un sentiment d’effroi : « et qui lui faisait peur », « terreur ».
    • la montée de l’angoisse s’exprime aussi par la peur ancestrale, instinctive décrite par Hugo rencontrée par les hommes dans des forêts noires : « dans la nuit…il y a de l’anxiété », « Nul ne marche seul dans la nuit dans la forêt sans tremblement ». Cette angoisse prend possession de la personne : « dans son propre cerveau », « comme si l’âme s’amalgamait à l’ombre ».
    • il paraît impossible de résister : « Pas de hardiesse qui ne tressaille et qui ne sente le voisinage de l’angoisse ».
    • Accentuation de cette angoisse par le regard de l’enfant : « Cette pénétration des ténèbres est inexprimablement sinistre dans un enfant »., « ce frisson qui la glaçait jusqu’au fond du coeur »., « l’effrayait ».

c) Un conte.

    • cliché de l’enfant perdu dans la forêt. Utilisation du caractère enfantin pour faire paraître tout l’environnement plus grand, plus impressionnant, plus effrayant et moins rationnel.
    • Une forêt maléfique peuplés de monstres à la recherche de cet enfant : « cherchant à prendre des proies », mise en avant d’une peur ancestrale collective : perdu dans une forêt hostile la nuit.
    • Une fin comme dans les contes avec une « formule magique »enfantine pour se rassurer : « un, deux, trois, quatre, jusqu’à dix ». La fuit devant les dangers, devant les monstres : « Elle n’eut plus qu’une pensée, s’enfuir, s’enfuir » (répétition). Rôle protecteur et chaleureux traditionnel de la lumière et de la civilisation : « jusqu’aux maisons, jusqu’aux fenêtres, jusqu’aux chandelles allumées »

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

Conclusion :

Ce passage des Misérables nous offre une description très imagée d’une forêt hostile. La diversité des points de vue, et la réflexion de l’auteur sur la peur primitive des hommes face à cette nature dangereuse apportent du réalisme à ce texte. Cependant, l’écriture d’Hugo reste romantique par des hyperboles nombreuses, et de manière générale une insistance appuyée sur la peur, les émotions de Cosette, et l’oppression de la forêt. Il utilise aussi le registre fantastique en créant une distorsion avec la réalité, en transformant cette forêt en tanière de monstres divers, qui provoquent l’angoisse de la petite, comme celle de tout homme. (réponse à l’annonce de plan) .

Hugo fait monter la peur et l’angoisse à travers ce passage en l’exprimant par les yeux de son personnage, mais aussi en faisant appel à nos peurs instinctives. Et c’est cet appel à l’inconscient collectif qui crée le malaise chez le lecteur., qui se rappelle son enfance et ses peurs irrationnelles. (réponse à la problématique)

A travers cette description terrifiante, Hugo fait une métaphore sur la vie de Cosette. Cernée de toutes parts, la petite ne paraît pas avoir d’issues, et paraît vivre dans un perpétuel cauchemar. (ouverture)

(conclusion en trois parties avec la réponse à l’annonce de plan, la réponse à la problématique et l’ouverture).

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2 pensées sur “Les Misérables, deuxième partie, livre 3, chapitre 5, commentaire, hugo, 1862.

  • avril 14, 2014 à 3:51
    Permalink

    Quelle bonne idée de décortiquer un grand classique comme les misérables de Victor Hugo 🙂 Vous évoquiez les hyperboles nombreuses de l’auteur, rien de surprenant quand on connait sa verbe et son style 😉

    Très belle analyse bravo !

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    • avril 14, 2014 à 5:02
      Permalink

      Merci.
      En effet, les hyperboles sont nombreuses chez Hugo, mais aussi de manière plus générale dans les oeuvres des écrivains romantiques.

      Répondre

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