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La princesse de Clèves, quatrième partie, passage « Les palissades étaient fort hautes », Mme de La Fayette, 1678, commentaire.

 

La Princesse de Clèves, quatrième partie, Mme de La Fayette, 1678.

Les palissades étaient fort hautes, et il y en avait encore derrière, pour empêcher qu’on ne pût entrer ; en sorte qu’il était assez difficile de se faire passage. M. de Nemours en vint à bout néanmoins ; sitôt qu’il fut dans ce jardin, il n’eut pas de peine à démêler où était madame de Clèves ; il vit beaucoup de lumières dans le cabinet ; toutes les fenêtres en étaient ouvertes ; et, en se glissant le long des palissades, il s’en approcha avec un trouble et une émotion qu’il est aisé de se représenter. Il se rangea derrière une des fenêtres qui servait de porte, pour voir ce que faisait madame de Clèves. Il vit qu’elle était seule ; mais il la vit d’une si admirable beauté, qu’à peine fut-il maître du transport que lui donna cette vue. Il faisait chaud, et elle n’avait rien sur sa tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément rattachés. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans ; elle en choisit quelques-uns, et M. de Nemours remarqua que c’étaient des mêmes couleurs qu’il avait portées au tournoi. Il vit qu’elle en faisait des nœuds à une canne des Indes fort extraordinaire, qu’il avait portée quelque temps, et qu’il avait donnée à sa sœur, à qui madame de Clèves l’avait prise sans faire semblant de la reconnaître pour avoir été à M. de Nemours. Après qu’elle eut achevé son ouvrage avec une grâce et une douceur que répandaient sur son visage les sentiments qu’elle avait dans le cœur, elle prit un flambeau et s’en alla proche d’une grande table, vis-à-vis du tableau du siége de Metz, où était le portrait de M. de Nemours ; elle s’assit, et se mit à regarder ce portrait avec une attention et une rêverie que la passion seule peut donner.

On ne peut exprimer ce que sentit M. de Nemours dans ce moment. Voir, au milieu de la nuit, dans le plus beau lieu du monde, une personne qu’il adorait ; la voir sans qu’elle sût qu’il la voyait ; et la voir toute occupée de choses qui avaient du rapport à lui et à la passion qu’elle lui cachait ; c’est ce qui n’a jamais été goûté ni imaginé par nul autre amant.

Ce prince était aussi tellement hors de lui-même, qu’il demeurait immobile à regarder madame de Clèves, sans songer que les moments lui étaient précieux. Quand il fut un peu remis, il pensa qu’il devait attendre à lui parler qu’elle allât dans le jardin ; il crut qu’il le pourrait faire avec plus de sûreté, parce qu’elle serait plus éloignée de ses femmes ; mais, voyant qu’elle demeurait dans le cabinet, il prit la résolution d’y entrer. Quand il voulut l’exécuter, quel trouble n’eut-il point ! Quelle crainte de lui déplaire ! Quelle peur de faire changer ce visage où il y avait tant de douceur, et de le voir devenir plein de sévérité et de colère !

Exemple d’un plan de commentaire d’un extrait de la quatrième partie de la Princesse de Clèves, 1678, Mme de La Fayette, 1678.

(Ceci n’est pas un modèle, mais simplement un exemple. Votre réflexion personnelle peut évidemment mener à d’autres pistes de lecture).

Introduction :

En 1678 paraît un roman entouré de mystères, anonyme, et original pour l’époque par son court format : quatre tomes et quelques deux cents pages, là où les romans s’écoulaient sur plusieurs milliers de pages. Ecrit par Madame de La Fayette, une figue de la noblesse proche de Madame de Sévigné ou de La Rochefoucault, la Princesse de Clèves rencontre immédiatement le succès. Contant l’histoire tragique d’un amour impossible entre une jeune aristocrate, mariée au Prince de Clèves plus âgé qu’elle, et le duc de Nemours à la cour d’Henri II (1558-1559), l’auteur invente le genre du roman psychologique, et offre évidemment un témoignage des mœurs de son époque à la cour de Louis XIV. (accroche avec informations sur l’oeuvre).

Le passage étudié se situe à la fin du livre, il annonce le dénouement. M. de Nemours observe la Princesse de Clèves à la dérobée et se rend compte qu’il occupe ses pensées, que leur amour est partagé, qu’ils sont animés par la même passion. (présentation du passage)

Comment l’auteur nous mène à penser que leur amour est impossible ? (problématique)

Tout d’abord, nous montrerons que ce passage est descriptif et réaliste. Ensuite, nous analyserons à l’inverse le caractère idyllique de cette scène sentimentale. Enfin, nous expliquerons comment la distance entre les deux amoureux transparaît dans le texte. (annonce de plan).

(introduction en quatre parties avec l’accroche, la présentation du texte, la problématique, et l’annonce de plan)

I- Une description réaliste.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Une description complète.

    • Passage descriptif avec le temps de l’imparfait : « était »(l.1), « aviat »(l.1), « Il faisait »(l.8), « Elle était »(l.9)…
    • éléments spatio-temporels : « ce jardin »(l.3), « le cabinet »(l.4), « au milieu de la nuit »(l.21), « Il faisait chaud »(l.9). Mise en place d’un cadre et d’une atmosphère.
    • Description précise des objets l.10 à 19 : « lit de repos »(l.10), « table »(l.10), « plusieurs corbeilles pleins de rubans »(l.11), « canne des Indes »(l.13), « grande table »(l.17), « tableau du siège de Metz »(l.17), « portrait de M. de Nemours »(l.18). Cette accumulation d’objets nous permet d’avoir une vision précise du cabinet de Mme de Clèves.
    • Enfin, description des personnages, physique pour Mme de Clèves : « si admirable beauté »(l.8), « cheveux confusément rattachés »(l.9), « grâce et douceur de Mme de Clèves »(l.15), psychologique pour les deux : « un trouble et une émotion »(l.5-6) pour M. de Nemours, « les sentiments qu’elle avait dans le coeur »(l.16).

b) une description organisée.

    • Point de vue omniscient marqué par le pronom impersonnel « on »( l. 1 et 20), et la distance avec le personnage principal, M. de Nemours, marquée par l’utilisation de la troisième personne du singulier, « il » tout du long.
    • Cette distance permet de peindre un tableau complet de la scène. En même temps, description qui progresse au rythme de la découverte et des mouvements de Nemours, qui renforce le réalisme. Le lecteur accompagne le personnage.
    • Structure de la description de l’extérieur vers l’intérieur : à la bordure du domaine « Les palissades »(l.1), entrée dans le domaine « ce jardin »(l.3), à l’intérieur de la maison « le cabinet »(l.4), rapprochement vers Mme de Clèves « il la vit »(l.7), la description de la pièce et des objets, puis de ses sentiments « la passion »(l.19), enfin de ses émotions à lui « hors de lui-même »(l.23), et la peur exprimée dans les trois dernières lignes.
    • Le texte progresse aussi donc de l’apparence aux sentiments, progression vers l’introspection des personnages, vers leur intimité.
    • De l’inconscience du départ à l’indécision de la fin : verbes d’action « en se glissant le long des palissades, il s’en approcha… »(l.5), « immobile »(l.23), et les exclamations, qui ressemblent à des questions.

(phrase de conclusion/transition à la fin de la partie lors de la rédaction)

II- une scène idéalisée.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) la figure du chevalier courtois.

    • Nemours est décrit comme un chevalier, qui affronte les épreuves pour conquérir sa belle : « « Les palissades » sont « forts hautes », il est « assez difficile de se faire un passage » (l.1,2), cependant, il « en vint à bout néanmoins »(l.3). Il se bat donc pour arriver vers elle.
    • Il apparaît comme un guerrier courageux et accompli : « qu’il avait portées au tournoi »(l.12), « vis-à-vis du tableau du siège de Metz »(l.17) qui est mis en parallèle avec son portrait. Ainsi, il apparaît comme sachant se battre.
    • Il adore la femme de son cœur, et lui voue une grande admiration : « si admirable beauté »(l.8) hyperbole, « grâce et douceur »(l.15), image classique de la femme, « une personne qu’il adorait »(l.21).
    • Respect et pudeur dans l’attitude du héros : « Quelle crainte de lui déplaire ! »(l.29). Peur de lui déplaire, de la déranger. Un chevalier courtois, courageux, mais aussi respectueux des femmes, fidèle et amoureux.

b) Une passion commune.

    • Amour idéalisé. Comme dit avant, la femme possède toutes les qualités classiques : beauté, grâce, douceur. De plus, l’environnement bucolique participe à cette vision : répétition du jardin (l.3), « le jardin »(l.26), « le plus beau lieu du monde », hyperbole( l.21). Écrin magnifique pour cet amour si intense et pur.
    • Comme vu au-dessus, position du soupirant transi, avec éloge de sa belle, et mise sur un piédestal : « c’est ce qui n’a jamais été goûté ni imaginé par nul autre amant »(l.23), « On ne peut exprimer ce que sentit M. de Nemours dans ce moment »(l.20), hyperboles qui expriment le caractère unique de son amour inconditionnel pour Mme de Clèves.
    • Amour réciproque de Mme de Clèves : plusieurs élément relient directement la princesse au duc « c’étaient des mêmes couleurs qu’il avait portées au tournoi »(l.12), la canne (l.13-15), le portrait (l.18), « toute occupée de choses qui avaient rapport à lui »(l.22).
    • Champ lexical de l’amour dans le passage : « coeur »(l.16), « flambeau »(l.16), « passion »(l.19), « passion »(l.22), « amant »(l.23)

(phrase de conclusion/transition lors de la rédaction de la partie)

III- Un amour distant.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Le jeu des regards à la dérobée.

    • omniprésence du champ lexical du regard : « il vit »(l.4), « Il vit », « il la vit »(l.7), « cette vue »(l.8), « remarque »(l.11), « voir »(l.20),  « voir »(l.21), « la voyait », « voir »(l.22), « regarder »(l.24)… Sens pratiquement unique dans le texte.
    • Regard direct de Nemours. Il observe Mme de Clèves : « il n’eut pas de peine à démêler où était Mme de Clèves »(l.3-4), il la dévisage même « sur son visage »(l.16), c’est encore le regard qui lui fait peur « et de le voir devenir plein de sévérité »(l.30). Peur du regard que Mme de Clèves peut porter sur lui, c’est pourquoi il la regarde caché.
    • Regard indirect de Mme de Clèves, puisqu’elle voit Nemours à travers des objets : les rubans, la canne. Elle le regarde comme un miroir quand elle voit son portrait. Elle le voit encore dans ses pensées : « se mit à regarder ce portrait avec une attention et une rêverie que la passion seule peut donner »(l.18-19)
    • phrase au centre du texte qui pose tout l’enjeu du regard caché et indirect : «  Voir, au milieu de la nuit, dans le plus beau lieu du monde, une personne qu’il adorait ; la voir sans qu’elle sût qu’il la voyait ; et la voir toute occupée de choses qui avaient du rapport à lui et à la passion qu’elle lui cachait ». Les regards ne se croisent pas tout en existant.

b) La position inconfortable de Nemours.

    • Nemours est tel un voyeur, un espion : « en se glissant le long des palissades »(l.5), « Il se rangea derrière une fenêtre »(l.6). Il vole des moments d’intimité de cette femme : « rien sur sa tête, ni sur sa gorge que ses cheveux rattachés »(l.9), alors qu’à l’époque les femmes sortaient évidemment couvertes. Il se permet de le faire d’ailleurs car elle n’a pas de compagnie « Il vit qu’elle était seule »(l.7).
    • Il est pris par ses émotions, et éprouve des difficultés à les contrôler : « avec un trouble et une émotion »(l.5,6), « à peine fut-il maître du transport »(l.8), « hors de lui-même »(l.24), « un peu remis »(l.26). Il est dépassé par ses émotions, et peine à prendre des décisions.
    • En effet, peur de la réaction de Mme de Clèves, on le voit à la fin dans les dernières lignes : 3 exclamations des lignes 29 à 31, anaphore « Quel », « Quelle », « Quelle », insistance sur ce doute et cette peur. Plusieurs expressions matérialisent ces sentiments : « trouble », « crainte », « peur », ou pour le doute « il crut »(l.26), « pourrait », « serait », « mais » (l.27). Résolution qui paraît immédiatement ébranlée (l.28).

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

Conclusion :

Ce passage de la Princesse de Clèves ressemble à l’oeuvre. Le réalisme et l’organisation progressive de la description nous offre une plongée dans la psychologie des deux personnages. Dans le même mouvement, l’auteur idéalise la relation platonique et sentimentale des deux amoureux, dans un décor bucolique. Le duc de Nemours prend l’image d’un chevalier courtois des temps passés. Seulement, la relation reste distante, et passe par des regards qui ne se croisent jamais. Cette situation existe d’ailleurs par l’espionnage indiscret du duc, qui n’arrive pas à se décider. (réponse à l’annonce de plan)

La passion des deux protagonistes ne se voit qu’à travers leurs regards indirects. Aucun des deux ne s’exprime, ils ne se rencontrent pas en face. Si la tension amoureuse est très présente, elle ne se concrétise pas. Pourtant, la proximité physique les rapproche. Nemours est proche de franchir le pas, et de faire éclater la passion qui les anime. Cependant, malgré toutes les marques de l’amour de Mme de Clèves, il hésite à se dévoiler. Cette ultime dérobade peut augurer de la fin tragique du roman pour les deux. (réponse à la problématique).

L’incertitude du duc renvoie à la vertu de la princesse. Si leur amour ne fait pas débat, le respect que cette femme dégage empêche le duc d’imposer sa présence et de dévoiler sa passion. Roman de l’époque classique se déroulant au XVI ème siècle, à la fin de l’époque de la chevalerie, il représente les idéaux du chevalier courtois qui se transmettent dans la figure du gentilhomme. (ouverture)

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