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Incipit , chapitre 1, madame Bovary, Flaubert, 1857, commentaire.

Incipit de Madame Bovary, Flaubert, 1857

Première partie

I

      Nous étions à l’Étude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.
Le Proviseur nous fit signe de nous rasseoir ; puis, se tournant vers le maître d’études :
– Monsieur Roger, lui dit-il à demi-voix, voici un élève que je vous recommande, il entre en cinquième. Si son travail et sa conduite sont méritoires, il passera 
dans les grands, où l’appelle son âge.
Resté dans l’angle, derrière la porte, si bien qu’on l’apercevait à peine, le 
nouveau était un gars de la campagne, d’une quinzaine d’années environ, et plus haut de taille qu’aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l’air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu’il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d’un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous.
On commença la récitation des leçons. Il les écouta de toutes ses oreilles, attentif comme au sermon, n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude, et, à deux heures, quand la cloche sonna, le maître d’études fut obligé de l’avertir, pour qu’il se mît avec nous dans les rangs.
Nous avions l’habitude, en entrant en classe, de jeter nos casquettes par terre, afin d’avoir ensuite nos mains plus libres ; il fallait, dès le seuil de la porte, les lancer sous le banc, de façon à frapper contre la muraille en faisant beaucoup de poussière ; c’était là le 
genre.
Mais, soit qu’il n’eût pas remarqué cette manoeuvre ou qu’il n’eût osé s’y soumettre, la prière était finie que le 
nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. C’était une de ces coiffures d’ordre composite, où l’on retrouve les éléments du bonnet à poil, du chapska, du chapeau rond, de la casquette de loutre et du bonnet de coton, une de ces pauvres choses, enfin, dont la laideur muette a des profondeurs d’expression comme le visage d’un imbécile. Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s’alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poils de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d’une broderie en soutache compliquée, et d’où pendait, au bout d’un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d’or, en manière de gland. Elle était neuve ; la visière brillait.
– Levez-vous, dit le professeur.
Il se leva ; sa casquette tomba. Toute la classe se mit à rire.
Il se baissa pour la reprendre. Un voisin la fit tomber d’un coup de coude, il la ramassa encore une fois.
– Débarrassez-vous donc de votre casque, dit le professeur, qui était un homme d’esprit.
Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu’il ne savait s’il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.
– Levez-vous, reprit le professeur, et dites-moi votre nom.
Le 
nouveau articula, d’une voix bredouillante, un nom inintelligible.
– Répétez !
Le même bredouillement de syllabes se fit entendre, couvert par les huées de la classe.
– Plus haut ! cria le maître, plus haut !
Le 
nouveau, prenant alors une résolution extrême, ouvrit une bouche démesurée et lança à pleins poumons, comme pour appeler quelqu’un, ce mot : Charbovari.
Ce fut un vacarme qui s’élança d’un bond, monta en crescendo, avec des éclats de voix aigus (on hurlait, on aboyait, on trépignait, on répétait : 
Charbovari ! Charbovari !), puis qui roula en notes isolées, se calmant à grand-peine, et parfois qui reprenait tout à coup sur la ligne d’un banc où saillissait encore çà et là, comme un pétard mal éteint, quelque rire étouffé.


 

 

Exemple d’un plan de commentaire avec introduction et conclusion de l’incipit de Madame Bovary, 1857, Flaubert.

(Ceci n’est pas un modèle, mais évidemment un exemple. Votre réflexion personnelle peut vous mener à d’autres pistes de lecture).

Introduction :

En 1857 paraît Madame Bovary qui deviendra le symbole du réalisme, et une référence pour la génération d’écrivains naturalistes qui arrive. Œuvre scandaleuse à l’époque, Flaubert gagne finalement le procès pour immoralité intenté contre son livre, et rencontre le succès. Il cherche à montrer les faiblesses humaines, à travers une peinture précise de la réalité. (accroche avec informations sur l’auteur)

Ainsi, Madame Bovary, qui raconte l’histoire d’une femme dans la province normande du XIX ème siècle à la recherche d’aventures sentimentales pour fuir son ennui, trouve son origine dans un fait divers réel : celui de l’affaire Delamare en 1848, où une jeune femme se suicide d’ennui près de Rouen, comme Emma Bovary à fin du roman. Ici, nous étudions l’incipit du roman. Ce début nous immerge dans l’enfance de Charles Bovary, et ses premiers pas en classe à Rouen. (présentation du livre et du passage).

Quel est le but de cet incipit ? (problématique)

Nous verrons dans un premier temps que Flaubert cherche avant tout à immerger le lecteur dans son roman grâce à un incipit vivant et rythmé, en donnant quelques informations traditionnelles. Puis, nous insisterons sur le caractère réaliste de ces premières pages. (annonce de plan).

(introduction en quatre parties avec l’accroche, la présentation de l’oeuvre et du passage, la problématique, et l’annonce de plan).

I- Un incipit vivant.

(phrase d’introduction avec rappel du thème de la partie lors de la rédaction)

a) Un début in media res.

    • le récit commence directement dans l’action : verbes de mouvement au passé simple : « entra », « se leva ».
    • Alternance de passages descriptifs avec des passages d’action. Deuxième partie partie du texte plus centrée sur l’action, et sur sa rapidité : « Il se leva:sa casquette tomba ». Personnification du bruit dans le dernier paragraphe : « Ce fut un vacarme qui s’élança d’un bond… ».
    • Alternance aussi entre narration et discours direct : répliques du maître à plusieurs reprises, et répétition du nom « Charbovari » par Charles, puis par la classe. Diversité aussi de la typographie, avec des mots importants en italique : « nouveau », « dans les grands », « genre », « Charbovari ».

b) Une scène d’introduction théâtrale.

    • incipit construit comme une scène de théâtre.
    • Un décor : la salle de classe.
    • Des costumes : la tenue vestimentaire de Charles, et la casquette.
    • Les personnages : profusion de personnages, avec un personnage principal Charles, et des personnages secondaires, le Proviseur, le maître, les autres élèves.
    • Enfin, registre comique très présent : comique de gestes : « Il se leva:sa casquette tomba »…, comique de situation : la présence du nouveau, comique de mots : « débarrassez vous donc de votre casque », « Charbovari ».

c) les éléments informatifs de l’incipit.

    • Localisation de l’action dans une école (champ lexical omniprésent), dont le fonctionnement laisse deviner l’époque, contemporaine de celle de l’auteur : « le maître d’études », la mode vestimentaire, et la prière.
    • Situation en province, à la ville :  « un gars de la campagne ».
    • Présentation d’un personnage principal du roman : Charles Bovary. L’auteur commence donc à présenter son personnage éponyme par son mari.
    • Atmosphère ironique et réaliste de l’oeuvre mise en place dès le début.

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

II- Un incipit réaliste.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) le portrait de Charles.

    • portrait physique : dessiné dans le troisième paragraphe « Resté dans l’angle…garni de clous ». Description ordonnée, de la tête au pieds : « les cheveux », « front », « épaules », « poignets », « Ses jambes », « souliers ». Description peu flatteuse : « et fort embarrassé », « pas large d’épaules », « poignets rouges », « pantalon jaunâtre », « mal cirés ».
    • portrait moral : attentif, obéissant « n’osant même croiser les cuisses, ni s’appuyer sur le coude… »(énumération), insistance sur son comportement timide et hésitant durant l’épisode de la casquette, répétition du terme nouveau, pour le désigner.
    • Le portrait de Charles nous le montre comme étant mal à l’aise, empoté, peu vif d’esprit. Son origine sociale aussi est marquée par sa tenue vestimentaire grossière et au goût incertain (les couleurs). La personnalité effacée de Charles est un des déterminants de l’histoire.

b) la casquette.

    • élément central de l’incipit, et de nouveau passage descriptif très détaillé. Deux temps dans le passage de la casquette : le jeu et la description de l’objet.
    • La casquette représente Charles, c’est une description qui répond à la première description physique de Charles. Sorte de métonymie.
    • Tout d’abord, marque encore son indécision et son exclusion par rapport au groupe : « le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux ».
    • Ensuite, la longue description de la casquette rappelle les caractéristiques de Charles : « composite » comme ses vêtements, « comme le visage d’un imbécile » reprend « comme un chantre de village, l’air raisonnable, et fort embarrassé », de même les couleurs paraissent encore mal choisies. Mais, contrairement aux souliers, mal cirés, la casquette a « la visière qui brillait ».
    • La description de la casquette continue et confirme la première description de Charles, de son physique empoté, de son air peu inspiré, et de son origine sociale modeste.

c) la dureté des relations humaines.

scène universelle et quotidienne d’un nouveau arrivant dans sa nouvelle école.

    • cruauté des différents personnages envers Charles : le maître se moque de lui « Débarrassez vous donc de votre casque », et le presse « dites moi votre nom », « Répétez », « Plus haut ! cria le maître, plus haut ! ».
    • humiliation devant la classe qui se marque par la répétition des rires : « Toute la classe se mit à rire. », « Il y eut un rire éclatant », et moquerie sur la prononciation de son nom « Charbovari ».
    • En face, réaction passive de Charles, loin de l’héroïsme traditionnel des héros de roman.
    • Flaubert porte une vision réaliste sur les hommes, et même sur les enfants en montrant leur dureté.

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

Conclusion :

L’incipit immerge directement le lecteur dans une salle de classe, qui devient chahutée. L’action présente dès le début s’exprime à travers une écriture qui alterne narration et discours direct, et varie les points de vue. On assiste de plus à une mise en scène théâtrale, renforcée par le comique de l’extrait. L’auteur informe peu le lecteur en présentant un personnage important du livre, le mari de l’héroïne. Le caractère réaliste du roman s’affiche aussi dès les premières pages, à travers une description très précise de Charles, reprise par celle tout aussi détaillée de sa casquette. (reprise des conclusions partielles et réponse à l’annonce de plan)

L’incipit sert la volonté réaliste de l’auteur. Il met en place un décor, un caractère, et une époque, qui déterminent la suite de l’oeuvre. Il n’idéalise pas son personnage central, ni les relations entre enfants dans la classe. La tonalité est grinçante et ironique. (réponse la problématique)

Le roman s’ouvre de manière surprenante sur Charles Bovary, et non sur Emma. De la même façon, le livre se referme non sur la mort d’Emma, mais sur celle de Charles. Flaubert fait le choix d’introduire le drame du livre, le mariage d’Emma, par la figure de son mari, et ainsi reporte sur Charles une partie de la folie de sa femme. (ouverture)

(conclusion en trois parties avec réponse à l’annonce de plan, réponse à la problématique, et ouverture).


 

En savoir plus sur Flaubert: Biographie simplifiée

En savoir plus :

Voir aussi :

 

Une pensée sur “Incipit , chapitre 1, madame Bovary, Flaubert, 1857, commentaire.

  • juin 12, 2015 à 12:07
    Permalink

    A reblogué ceci sur Les Cours Julienet a ajouté:

    Voici un premier sujet de littérature pour Terminale L : à propos de « Madame Bovary » de Flaubert, deux questions :
    Le personnage d’Emma n’apparaît pas dans le premier état du texte : en quoi le fait de l’ajouter est-il révélateur du projet d’écriture de Flaubert ?
    Comment Flaubert transforme-t-il un fait divers en oeuvre d’art ? ».

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