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eugénie grandet, « Nanon filait » à « que deviendra le pays? », Balzac, commentaire.

(L’analyse présente dans ce document est la propriété exclusive de lescoursjulien.com Veuillez donc svp dans le cas d’une reprise partielle ou totale faire mention de l’origine).

Eugénie Grandet, passage de « Nanon filait » à « Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? », Balzac, 1833.

Nanon filait, et le bruit de son rouet fut la seule voix qui se fît entendre sous les planchers grisâtres de la salle.

Nous n’usons point nos langues, dit-elle en montrant ses dents blanches et grosses comme des amandes pelées.

Ne faut rien user, répondit Grandet en se réveillant de ses méditations. Il se voyait en perspective huit millions dans trois ans, et voguait sur cette longue nappe d’or. — Couchons-nous. J’irai dire bonsoir à mon neveu pour tout le monde, et voir s’il veut prendre quelque chose.

Madame Grandet resta sur le palier du premier étage pour entendre la conversation qui allait avoir lieu entre Charles et le bonhomme. Eugénie, plus hardie que sa mère, monta deux marches.

Hé ! bien, mon neveu, vous avez du chagrin. Oui, pleurez, c’est naturel. Un père est un père. Mais faut prendre notre mal en patience. Je m’occupe de vous pendant que vous pleurez. Je suis un bon parent, voyez-vous. Allons, du courage. Voulez-vous boire un petit verre de vin ? Le vin ne coûte rien à Saumur, on y offre du vin comme dans les Indes une tasse de thé. — Mais, dit Grandet en continuant, vous êtes sans lumière. Mauvais, mauvais ! faut voir clair à ce que l’on fait. Grandet marcha vers la cheminée. — Tiens ! s’écria-t-il, voilà de la bougie. Où diable a-t-on pêché de la bougie ? Les garces démoliraient le plancher de ma maison pour cuire des œufs à ce garçon-là.

En entendant ces mots, la mère et la fille rentrèrent dans leurs chambres et se fourrèrent dans leurs lits avec la célérité de souris effrayées qui rentrent dans leurs trous.

Madame Grandet, vous avez donc un trésor ? dit l’homme en entrant dans la chambre de sa femme.

Mon ami, je fais mes prières, attendez, répondit d’une voix altérée la pauvre mère.

Que le diable emporte ton bon Dieu ! répliqua Grandet en grommelant.

Les avares ne croient point à une vie à venir, le présent est tout pour eux. Cette réflexion jette une horrible clarté sur l’époque actuelle, où, plus qu’en aucun autre temps, l’argent domine les lois, la politique et les mœurs. Institutions, livres, hommes et doctrines, tout conspire à miner la croyance d’une vie future sur laquelle l’édifice social est appuyé depuis dix-huit cents ans. Maintenant le cercueil est une transition peu redoutée. L’avenir, qui nous attendait par delà le requiem, a été transposé dans le présent. Arriver per fas et nefas au paradis terrestre du luxe et des jouissances vaniteuses, pétrifier son cœur et se macérer le corps en vue de possessions passagères, comme on souffrait jadis le martyre de la vie en vue de biens éternels, est la pensée générale ! pensée d’ailleurs écrite partout, jusque dans les lois, qui demandent au législateur : Que payes-tu ? au lieu de lui dire : Que penses-tu ? Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ?

Exemple d’un plan de commentaire du passage d’Eugénie Grandet, « Nanon filait, et le bruit de son rouet.. », avec introduction et conclusion rédigées, Balzac, 1833.

(Ceci n’est pas un modèle, mais simplement un exemple. Votre réflexion personnelle peut évidemment mener à d’autres pistes de lecture).

Introduction :

Balzac, peintre réaliste de son temps de la Restauration, à travers son immense œuvre « La comédie humaine », imaginait « faire concurrence à l’état-civil » de son époque. Il décrit avec minutie les différents milieux sociaux, la ville, et ici, dans Eugénie Grandet, la province. (accroche)

L’histoire d’Eugénie Grandet se déroule à Saumur, en Bourgogne. Elle se concentre sur la famille Grandet dirigée par un avare fortuné Félix Grandet, qui maintient sa femme, sa fille (Eugénie) et sa servante (Nanon) dans l’ignorance de sa richesse, dans une atmosphère sévère et sous un régime économe. L’arrivée de son neveu Charles va perturber cet équilibre. Le passage étudié se situe à la fin de la première moitié du roman, et présente la détresse de Charles suite à la mort de son père, la froideur du Père Grandet et les inquiétudes des femmes de la maison. (présentation du passage)

Quel jugement Balzac laisse-t-il transparaître sur l’avarice dans cet extrait ? (problématique)

Tout d’abord nous analyserons la première partie du passage qui d’une manière théâtrale nous présente les réactions des différents personnages de la scène. Ensuite, nous détaillerons la vision de l’auteur sur son époque par l’étude de la deuxième partie du texte. (annonce de plan).

(introduction en quatre parties avec l’accroche, la présentation générale de l’oeuvre et du texte, la problématique et l’annonce de plan).

I- Un texte théâtral et argumentatif.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) la multitude des personnages.

    • Mme Grandet, le père Grandet, Charles le neveu, Eugénie, Nanon la gouvernante sont présents. Une multitude de personnages avec des statuts différents apparaissent : maître, maîtresse, enfant des maîtres, famille éloignée, domesticité.
    • Polyphonie des voix pour rendre compte de l’atmosphère.
    • Des personnages caricaturaux : le père Grandet, l’avare « Ne faut rien user », les femmes sous la domination du barbon « avec la célérité de souris effrayées ».
    • Le changement de caractère presque comique du père Grandet : il offre à Charles du vin et de la bougie : « un petit verre de vin », « voilà de la bougie ».

 

b) Un décor provincial.

    • mode de vie rural avec une activité textile habituelle : « filait », « rouet ».
    • Austérité d’une vie de province sans loisirs, ni amusements.
    • Plusieurs pièces : « la salle », « palier du premier étage », chambre de Charles, « chambre de sa femme ».
    • décor terne : « planchers grisâtres », pas de mobilier évoqué, juste « la cheminée », et « leurs lits ».

      c) La double composition du texte.

 

    • Première partie théâtrale avec des répliques, des « didascalies » (« en se réveillant de ses méditations », « Madame Grandet sur le palier…monta deux marches. »…), une ponctuation expressive : « Hé ! », « Tiens ! », « ton bon Dieu ! ».
    • la deuxième partie du texte est narrative, et argumentative : rédigée au présent de vérité générale, elle véhicule une pensée « Cette réflexion ».
    • Rupture brutale entre la première partie du texte et le dernier paragraphe. Sortie totale de l’histoire, absence des personnages, du décor.
    • Composition comme un apologue : la première partie sert à illustrer la conclusion, la morale du dernier paragraphe. Morale ouverte avec une question prophétique « que deviendra le pays ? », considération générale.

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

 

II- Le jugement de Balzac sur son époque.

(phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Une vision réaliste.

 

    • précisions et détails : « huit millions dans trois ans », « palier du premier étage », « monta deux marches », des comparaisons « comme des amandes pelées », « comme dans les Indes une tasse de thé ».
    • platitude des propos de consolation de Grandet à son neveu « Une père est un père », « Allons, du courage ».
    • portrait moral sans concession du père Grandet, qui fait preuve d’autoritarisme « Couchons-nous », d’avarice dans tout le passage, et d’hypocrisie par intéressement « Je suis un bon parent, voyez-vous ».
    • Balzac n’idéalise pas les rapports humains, au contraire, il met en avant la convoitise de Grandet pour l’héritage de son neveu « voguait sur cette longue nappe d’or ».

 

b) L’omniprésence de l’argent.

 

    • Champ lexical de l’argent dans tout le texte : « huit millions »(l.6), « coûte »(l.12), « trésor »(l.19), « argent »(l.24), « payes »(l.31), métaphore « nappe d’or »(l.6).
    • L’avarice, c’est à dire le désir excessif d’accumuler, est au centre du texte (de l’oeuvre d’ailleurs) : « n’usons point »(l.3), « Ne faut rien user »(l.5), « Les avares »(l.23).
    • L’argent apparaît comme le nouveau maître, le nouveau dieu de la société : « l’argent domine les lois, la politique, et les moeurs »(l.24,25).
    • Victoire du présent, de la vie matérielle sur le futur, sur la vie spirituelle : « paradis terrestre » (l.28). Victoire de l’argent, du capitalisme bourgeois sur le christianisme. Champ lexical de la religion en miroir, en opposition à celui de l’argent : « croyance »(l.25), « requiem »(l.27), « paradis »(l.28), « martyre »(l.30).

      c) La critique d’une époque.

 

    • jugement violent et sans concession de l’auteur sur son époque : « horrible clarté sur l’époque actuelle »(l.23,24). Exclamation montrant son indignation : « est la pensée générale ! »(l.30).
    • Dépréciation de l’idée capitaliste, champ lexical péjoratif : « conspire »(l.25), « vaniteuses »(l.28), « pétrifier »(l28), « se macérer »(l.29). Comparaison désavantageuse pour l’argent avec la religion par un parallélisme : « possessions passagères », « biens éternels »(l.29,30).
    • Regret du recul religieux : « le cercueil est une transition peu redoutée »(l.26,27). Attaque de la pensée positiviste du XIXème siècle : « tout conspire à miner la croyance d’une vie future sur laquelle l’édifice social est appuyé depuis dis-huit cents ans », « tout » renvoie à la philosophie des Lumières et au rationalisme menant à l’athéisme. Le XIXème siècle sera aussi celui des différentes « vie de Jésus » (Ernest Renan, 1863 )remettant en cause l’existence du Christ.
    • Enfin, critique sociale de son époque. Evocation de la corruption : « l’argent domine les lois, la politique »(l.24,25), de la domination des capitalistes, des bourgeois, des arrivistes sur le pays : « Quand cette doctrine aura passé de la bourgeoisie au peuple, que deviendra le pays ? »

 

(phrase de conclusion de la partie lors de la rédaction)

 

Conclusion :

 

L’extrait d’Eugénie Grandet étudié ici possède une construction complexe. La première partie possède des caractéristiques théâtrales avec plusieurs personnages, des répliques entrecoupées de didascalies, et un décor provincial. A l’inverse, la seconde partie semble se détacher de l’histoire, de l’action, et voit l’auteur exprimer directement son opinion sur son époque. Il illustre ,par le réalisme de la scène, le jugement péjoratif qu’il porte sur son temps, sur la victoire de l’argent et de l’arrivisme, des valeurs bourgeoises sur les valeurs morales chrétiennes. (réponse à l’annonce de plan).

Balzac dénonce la médiocrité de l’avarice dans ce passage. Il étend cependant son propos au-delà du Père Grandet, et porte un regard sans concession sur son temps, celui de la Restauration. Sa vision rejoint celle des Romantiques, ses contemporains, qui se rapprochent du catholicisme après la violente remise en cause des Lumières, qui jettent sur leur époque un regard plein de reproches et de regrets. (réponse à la problématique).

Le XIXème siècle est celui des révolutions industrielles, et du triomphe du capitalisme et de la bourgeoisie. La nouvelle place de l’argent et le changement moral invitent tout au long du siècle les auteurs à réfléchir. Ainsi, Bel-Ami de Maupassant, une cinquantaine d’années plus tard, montre l’opportunisme et l’arrivisme d’un homme dans la société capitaliste et bourgeoise parisienne. Maupassant jette un regard critique encore sur l’immoralité de son temps. (ouverture).

 

(conclusion avec réponse à l’annonce de plan, réponse à la problématique et ouverture)

contact:lescoursjulien@yahoo.fr

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