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Dom Juan, scène I (1) acte I(1), exposition, Molière, commentaire

Dom Juan, scène I(1), acte I (1), exposition, Molière, 1665.

Sganarelle


Je n’ai pas grande peine à le comprendre, moi ; et si tu connaissais le pèlerin, tu trouverais la chose assez facile pour lui. Je ne dis pas qu’il ait changé de sentiments pour Done Elvire, je n’en ai point de certitude encore : tu sais que, par son ordre, je partis avant lui, et depuis son arrivée il ne m’a point entretenu ; mais, par précaution, je t’apprends, inter nos, que tu vois en Dom Juan, mon maître, le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté, un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique, qui ne croit ni Ciel, ni Enfer, ni loup−garou, qui passe cette vie en véritable bête brute, un pourceau d’Epicure, un vrai Sardanapale, qui ferme l’oreille à toutes les remontrances [chrétiennes] qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. Tu me dis qu’il a épousé ta maîtresse : crois qu’il aurait plus fait pour sa passion, et qu’avec elle il aurait encore épousé toi, son chien et son chat. Un mariage ne lui coûte rien à contracter ; il ne se sert point d’autres pièges pour attraper les belles, et c’est un épouseur à toutes mains. Dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien de trop chaud ni de trop froid pour lui ; et si je te disais le nom de toutes celles qu’il a épousées en divers lieux, ce serait un chapitre à durer jusques au soir. Tu demeures surpris et changes de couleur à ce discours ; ce n’est là qu’une ébauche du personnage, et pour en achever le portrait, il faudrait bien d’autres coups de pinceau. Suffit qu’il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour ; qu’il me vaudrait bien mieux d’être au diable que d’être à lui, et qu’il me fait voir tant d’horreurs, que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où. Mais un grand seigneur méchant homme est une terrible chose ; il faut que je lui sois fidèle, en dépit que j’en aie : la crainte en moi fait l’office du zèle, bride mes sentiments, et me réduit d’applaudir bien souvent à ce que mon âme déteste. Le voilà qui vient se promener dans ce palais : séparons−nous ; écoute au moins : je t’ai fait cette confidence avec franchise, et cela m’est sorti un peu bien vite de la bouche ; mais s’il fallait qu’il en vînt quelque chose à ses oreilles, je dirais hautement que tu aurais menti.

Exemple de commentaire de Dom Juan, acte I, scène I, avec introduction et conclusion., Molière, 1665.

(ceci n’est pas un modèle, mais évidemment un exemple. Votre réflexion personnelle peut mener à d’autres pistes de lecture.)

(attention, les lignes citées se réfèrent à celles de la scène)

Introduction :

Dom Juan ou le festin de Pierre est une tragi-comédie écrite en 1665 par Molière, inspirée du mythe créé par l’Espagnol Tirso de Molina. Cette pièce nous conte les aventures d’un grand aristocrate espagnol et de son fidèle serviteur, inspiré de la comdia dell arte, Sganarelle. En pleine époque classique, Molière crée une pièce baroque sur le sujet du libertinage. Tout comme Tartuffe, Dom Juan subit rapidement la censure après quelques représentations. (accroche avec informations sur l’oeuvre)

L’extrait présenté ici se situe à la fin de la scène d’exposition de la pièce. Sganaralle se lance dans une longue réplique lors de sa discussion avec Gusman, le valet de Done Elvire, dans laquelle il dresse un portrait sans concession de son maître. (présentation de l’extrait)

Comment Molière annonce-t-il à travers cette longue réplique la suite de la pièce ? (problématique)

Tout d’abord, nous détaillerons les éléments traditionnels d’une scène d’exposition du théâtre classique, puis, nous analyserons le portrait de Don Juan, et enfin celui en creux de Sganarelle par lui-même à travers les traits de caractère qu’il laisse transparaître dans son discours.(annonce du plan)

(introduction avec quatre éléments : accroche avec informations sur l’oeuvre et l’auteur, présentation de l’extrait étudié, problématique et annonce du plan).

I- Une scène d’exposition traditionnelle.

( phrase d’introduction de la partie avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Présentation des personnages principaux.

  • le texte est un portrait de Don Juan, héros éponyme de la pièce. A la fin du monologue de Sganarelle, il va faire son entrée sur scène.
  • Procédé traditionnel du théâtre classique de présenter le personnage principal avant son apparition dans la deuxième scène de la pièce.
  • Enfin, le deuxième personnage principal, Sganarelle se présente lui même.

b) Mise en place de l’intrigue.

  • Interlocuteur de Sganarelle, valet de Done Elvire, avec qui un mariage est prévu : « tu me dis qu’il a épousé ta maîtresse » (l.68-69).
  • Sganarelle fait comprendre à Gusman que son maître n’a pas l’intention d’honorer sa promesse :  « Un mariage ne lui coûte rien à contracter »(l.71), la fuite de Don Juan devant cette obligation vis-à-vis de Done Elvire constitue l’intrigue principale de la pièce.
  • Enfin, la tonalité comique apparaît à travers des expressions utilisées par Sganarelle, énumération hyperbolique « un enragé, un chien, un diable, un Turc, un hérétique » (l.63-64), des absurdités « ni loup-garou »(l.64), « épousé toi, son chien et son chat »(l.70)c) Introduction du thème central de la pièce.
  • Le thème du libertinage et de l’envie de séduire de Don Juan est abordé avec insistance dès cette première scène : « pour attraper les belles »(l.72).
  • Un libertinage vécu par des nobles qui devaient montrer l’exemple (Don Juan est issu de la plus grande aristocratie espagnole, la plus riche en Europe à l’époque), décrivant une réalité de l’époque (début du libertinage au XVIIème)
  • critique sociale sous-entendue.

(phrase de conclusion/transition lors de la rédaction)

II- Le portrait du libertin.

(phrase d’introduction avec rappel du thème lors de la rédaction)

a) Le libertinage de mœurs.

  • irrespect de l’institution du mariage, un des sacrements religieux les plus importants : « épouseur à toutes mains » (l.72-73)
  • conventions sociales remises en cause avec la gradation « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne »(l.73), montre que le grand aristocrate ne regarde pas la classe à laquelle appartiennent les femmes qu’il séduit.
  • Libertinage de mœurs marqué encore par la comparaison au règne animal : « véritable bête brute » (l.65), qui met en avant les instincts primaires de Don Juan, qui ne se comporte donc pas comme un homme qui devrait les repousser.

b) Libertinage de pensée.

  • figure d’un athée décrite dans le passage : « qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes »( l. 66-67)
  • accusation forte portée sur son manque de foi, avec l’énumération : « qui ne croit ni Ciel, ni saint, ni Dieu », qui montre son refus total de la religion.
  • Remise en cause des superstitions et des croyances populaires « ni loup-garoup » (l.64), adepte du rationalisme prôné par Descartes (philosophe du XVIème siècle)

c) portrait d’un être diabolique.

  • champ lexical du mal très développé : « le plus grand scélérat que la terre ait jamais porté » (hyperbole), « un diable »(l.63), « méchant homme »(l.84)
  • il est montré comme un ennemi de la foi chrétienne et de la civilisation européenne : « un Turc, un hérétique »(l.63), les Turcs c’est à dire Ottomans étaient les représentants de l’Islam à l’époque, et étaient combattus farouchement par les Chrétiens, les hérétiques étaient ceux qui n’obéissent pas aux règles (dogmes) de l’Eglise, et terminaient bien souvent sur le bûcher.
  • Enfin, personnalité tyrannique et mauvaise : « vrai Sardanapale » (l.66)(roi de Babylone au VIIème siècle avant J-C qui obligea sa cour à mourir avec lui), « grand seigneur méchant homme », pas un gentilhomme modèle de l’époque du noble au comportement et à la vertu irréprochables. Don Juan utilise son pouvoir et son titre pour ses désirs.

(phrase de conclusion/transition de la partie lors de la rédaction)

III- Un portrait en miroir de Sganarelle.

(phrase d’introduction et de rappel du thème lors de la rédaction)

a) Un lâche.

  • il s’exprime en l’absence de Don Juan qui n’apparaîtra que dans la scène II, cherche à se protéger : « par précaution »(l.61)
  • insiste sur le fait que ses révélations doivent être gardées secrètes : « inter nos »(l.61), menace même Gusman : « je dirais hautement que j’ai menti », n’assume pas ses convictions.
  • Hypocrite, peureux et menteur : peur de Don Juan « Le voilà qui vient se promener dans ce palais: « la crainte fat en moi l’office du zèle »(l.85)  « séparons nous »(l.88).

b) Sganarelle au centre de la discussion.

  • il cherche à se faire valoir devant son interlocuteur. Il monopolise la parole comme le montre la taille de sa réplique, aussi bien pour renseigner Gusman, que pour parler de lui-même : « Je » (l.1) et répétition de la première personne du singulier dans le texte.
  • Portrait entièrement à charge de Don Juan afin de susciter l’intérêt, il en fait une caricature, tout en laissant croire qu’il est raisonnable :  « Ce n’est là qu’une ébauche »(l.78)
  • Portrait orienté le montrant comme victime de son maître : « il faut que je lui sois fidèle »(l.84), en rejetant toute responsabilité sur Don Juan , et non sur lui. 

c) Un personnage ridicule mais attachant.

  • Niveau de langage parfois familier : « pourceau »(l.65), « billevesées »(l.67), « épouseur »(l.72)
  • registre pathétique évoquant sa souffrance qui ne provoque pas la pitié mais le rire : « qu’il me fait voir tant d’horreurs que je souhaiterais qu’il fût déjà je ne sais où »(l.82-83), réflexion absurde et peu précise.
  • Foi religieuse reposant sur la peur et non sur l’amour de Dieu : « le courroux du Ciel l’accable »(l.80), Sganarelle croit par crainte d’une punition et non par une foi profonde.
  • Enfin, complicité avec son maître, car il semble le connaître profondément pour apporter ces témoignages et donc l’a accompagné souvent dans ses méfaits sans le contredire. Il se pose plus en gardien et protecteur de Don Juan qu’en ennemi.

(phrase de conclusion de la partie)

Conclusion :

Dans cette première scène de la pièce, Molière introduit rapidement, comme le réclame le classicisme, les personnages principaux, l’intrigue et le thème de l’oeuvre. Il utilise le Sganarelle pour présenter le héros Don Juan. Le blâme du valet sur le comportement de l’aristocrate nous offre un portrait haut en couleurs du libertin. Cependant, il permet aussi au spectateur/lecteur de se faire une idée d’un Sganarelle lâche et sympathique à la fois. (reprise des conclusions partielles, et réponse à l’annonce de plan de l’introduction)

Molière aborde dès le début le thème du libertinage. Il met directement sur le devant de la scène le manque de vertu du grand aristocrate. En parallèle, il ouvre son œuvre avec le caractère comique de Sganarelle. Cette alternance entre gravité et ridicule constitue un élément caractéristique de la pièce, du « plaire et instruire »classique.(réponse à la problématique)

Cette première scène prépare avec insistance l’entrée de Don Juan. Le spectateur possède déjà une opinion bien affirmée du héros. Sa définition de « grand seigneur méchant homme » reste d’ailleurs comme un portrait le poursuivant durant toute la pièce. (ouverture)

(conclusion avec trois éléments : reprise des conclusions des parties, réponse à la problématique et ouverture).